La Suisse se prépare à la guerre, mais néglige une autre menace
Sans surprise, depuis la guerre en Ukraine et les guerres au Moyen-Orient, la sécurité est redevenue un sujet de préoccupation majeure en Europe en particulier, mais aussi dans le monde plus généralement. Et quand on pense sécurité, d’aucuns pensent armée et réarmement.
Mais cette vision de la sécurité est une vision myope. Certes, une armée bien équipée est un outil de défense indispensable. Mais nous ne devrions pas ignorer ce qui se passe déjà au sein de notre propre pays, au sein de la Suisse.
Un combat difficile, mais nécessaire
Mafias, trafics de drogue, traite d’êtres humains pour ne mentionner que quelques exemples, ne contournent pas la Suisse, ils l’infiltrent de toutes parts. Les règlements de compte en pleine rue et les attaques au couteau entre gangs opposés ne caractérisent pas que les pays qui nous entourent, ils peuvent se passer en Suisse également, dans le pays du propre en ordre. D’ailleurs, nous en avons déjà eu quelques manifestations.
Franc-Parler
Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS) et Ivan Slatkine (président de la FER).
Dans ce contexte, il est primordial d’agir conjointement à tous les niveaux de l’Etat: communes, cantons et Confédération. Et il s’agit là d’un travail de longue haleine, parsemé d’embuches, mais indispensable. Prenons un exemple concret.
Il y un an, le PVL avait lancé une offensive pour lutter contre la drogue et le deal de rue, un fléau qui gangrène de nombreuses villes suisses. Lutter contre le deal de rue implique un équilibre délicat entre répression et travail social. Emprisonner le simple dealer de rue et laisser courir le «client» fortuné coûte cher à l’Etat, mais ne solutionne pas grand-chose.
D’un autre côté, penser qu’on peut faire de l’intégration sociale et insérer, sur le marché du travail, des dealers qui n’ont plus rien à perdre et qui gagnent plus en revendant de la drogue, c’est souvent voué à l’échec. Alors que faire?
Un obstacle politique majeur
Une solution consisterait à assécher le marché de la drogue, en visant plus haut. Les dealers de rue ne sont que la pointe de l’iceberg de multinationales illicites souvent détenues par la mafia. Des mafias liées au blanchiment d’argent, et qui sont parfaitement intégrées en Suisse, y compris dans des organisations officielles telles que Fedpol.
Selon de nombreux experts, la clé pour lutter contre ces mafias, c’est l’inversion du fardeau de la preuve. De nombreux pays autour de nous ont mis en place depuis longtemps de tels outils, permettant de confisquer, à des personnes, des valeurs patrimoniales dont l'origine licite ne peut être prouvée.
Et ce, s'il existe, et il est important d’insister là-dessus, des indices sérieux et concordants d'origine délictueuse des fonds.
La Suisse ne connaît pas de tel instrument pour les individus, et risque ainsi de devenir encore davantage une plaque tournante du blanchiment d’argent… et des règlements de compte. Agir à ce niveau paraît donc être une évidence. Mais là, on ne se heurte plus à la complexité de la lutte sur le terrain, mais au Parlement. Pour de nombreux parlementaires, l’inversion du fardeau de la preuve serait contraire à l’Etat de droit. A en oublier qu’un Etat de droit est celui qui protège les honnêtes citoyens, et non les individus du crime organisé.
Bref, le combat est long et la route sinueuse. Mais, pour la sécurité du pays, ce combat n’est pas moins important qu’une armée fonctionnelle et bien équipée.
