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Pourquoi l’agriculture suisse doit beaucoup aux femmes

Une année 2026: deux Années internationales des Nations Unies qui concernent l’agriculture!
Les femmes jouent un rôle essentiel non seulement dans l'agriculture suisse, mais mondiale.Image: USPF / Imago, montage watson
franc-parler

Pourquoi l’agriculture suisse doit beaucoup aux femmes

2026 est unique dans le paysage agricole international et national, car les Nations Unies ont proclamé deux Années internationales touchant à l’agriculture. La première célèbre les femmes actives dans l’agriculture et leur contribution aux systèmes agroalimentaires, la seconde met en valeur le pastoralisme et l’élevage à travers le monde.
15.02.2026, 07:0315.02.2026, 07:03
Anne challandes

On ne peut pas parler d’agriculture sans évoquer la contribution essentielle des femmes. Et justement, les Nations Unies ont proclamé 2026 Année internationale des agricultrices et paysannes. Pour cette année-ci aussi, les Nations Unies précisent leur but:

«L’Année internationale sera l’occasion de mettre en lumière les rôles essentiels que jouent les femmes dans l’ensemble des systèmes agroalimentaires, de la production au commerce. Une contribution qui tend pourtant à être méconnue.»
Franc-Parler

Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Roger Nordmann (conseiller stratégique, ex-PS), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Claude Ansermoz (ex-rédacteur en chef de 24 Heures), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.

L’ONU ajoute que le travail des femmes de l’agriculture est déterminant pour la sécurité alimentaire, la nutrition et la résilience économique, et qu’il convient de combler les écarts entre les sexes et d’améliorer les moyens de subsistance des femmes dans le monde entier.

Une proportion féminine en constante hausse

En Suisse, les femmes composent 37% de la main-d’œuvre active dans un peu moins de 48 000 fermes. 7,7% d’entre elles sont dirigées par une femme seule, un chiffre en constante progression. Cette proportion est d’un quart chez les plus jeunes, de même que dans la formation agricole initiale, laissant présager encore une augmentation à l’avenir.

Logo de l'Année internationale des agricultrices.
Image: fao.org

29% supplémentaires gèrent une exploitation en partenariat avec une ou plusieurs autres personnes, dans le cadre de la vie commune ou d’une communauté d’exploitation.

Les femmes actives dans l’agriculture sont collaboratrices externes à la famille ou membre de celle-ci, des conjointes, des mères, des filles ou des sœurs. Parmi celles-ci, la part de celles qui sont rémunérées s’est accrue ces dix dernières années et a maintenant passé la barre des 50%.

L’obtention d’un revenu leur permet, entre autres, de cotiser à l’AVS, de toucher l’assurance maternité ou de cotiser au 2e pilier. L’Union suisse des paysannes et des femmes rurales (USPF) s’engage activement pour que la situation des femmes dans l’agriculture continue de s’améliorer, que de soit en matière de statut, de rémunération ou de protection sociale.

Une diversité des profils enfin mise en valeur

C’est une évidence, les femmes jouent un rôle central dans l’agriculture et dans les exploitations familiales. Elles assument la responsabilité et accomplissent des tâches dans des domaines divers: production agricole, transformation des produits, vente directe, comptabilité et finances, agritourisme, économie familiale, gestion et entretien du personnel et encore parfois assistance et prise en charge des (beaux-)parents.

Elles sont également nombreuses à exercer une activité professionnelle hors de l’exploitation agricole (53%) et à accomplir des activités de bénévolat. Enfin, les milieux dont elles sont issues, ainsi que leurs formations sont très variés, constituant une multitude de profils différents et tous autant intéressants les uns que les autres.

A travers la mise en lumière des femmes de l’agriculture pendant cette année internationale, ce sont à la fois leur diversité et les points communs entre elles qui sont mis en évidence.

Depuis près de 100 ans, l’USPF représente les femmes de l’agriculture et les femmes rurales, plus globalement les femmes de l’espace rural. Principale organisation portant la voix des femmes de l’agriculture, elle est une des cinq plus grandes associations faitières féminines de Suisse et compte près de 50 000 membres réparties dans tout le pays au sein de 28 organisations membres.

Elle crée en outre des ponts entre ville et campagne, production et consommation, tradition et modernité et entre les générations et offre un large réseau. C’était donc une évidence aussi que l’USPF célèbre cette Année internationale des paysannes et agricultrices et mette en valeur la diversité, la polyvalence et les compétences des femmes investies dans notre agriculture, quels que soient leur degré de responsabilité, leur provenance, leur formation, et leurs activités.

Encourager à se lancer dans la profession

Des portraits attrayants, images ou vidéos, sont donc diffusés à intervalles réguliers sur le site internet, dans les newsletters et sur les réseaux sociaux de l’association, afin de faire découvrir ces femmes et de valoriser leur engagement.

Ces portraits visent aussi à servir d’exemples pour encourager les femmes, notamment les jeunes femmes, à oser se lancer, à entreprendre une formation dans le champ professionnel de l’agriculture, à reprendre une ferme, à prendre sa place dans la gestion de l’exploitation familiale ou à développer une activité agricole.

Et si vous cherchez une idée d’excursion pour cette année, prévoyez la visite de l’exposition intitulée «Les femmes dans l'agriculture: hier-aujourd'hui-demain» qui se tiendra toute la saison 2026 au Musée en plein air de Ballenberg (BE). Réalisée en collaboration avec le Service d'information agricole LID dans la maison d’Ostermundigen, elle ouvrira le 10 avril et présentera portraits, film et dispositifs audio pour une visite vivante et authentique.

D'autres portraits comme celui-ci sont à découvrir en ligne.
D'autres portraits comme celui-ci sont à découvrir en ligne.Image: paysannes.ch

Année internationale du pastoralisme et des pâturages: les pâturages nous nourrissent!

L’élevage d’animaux compte parmi les plus anciennes formes d’agriculture, c’est à la fois une production vivrière et un mode de vie, très répandu tout autour de la terre. Les paysages pastoraux et les systèmes d’élevage sont par conséquent très variés.

L’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, indique:

«Quelques centaines de millions de pastoralistes gèrent des pâturages recouvrant un tiers de la surface terrestre. Ils vivent dans les environnements les plus rudes et produisent de la nourriture là où les cultures pluviales ne poussent pas.»
«Les pastoralistes se consacrent à l’élevage de bétail, notamment: bovins, moutons, chameaux, yaks, lamas, buffles, chevaux, singes et rennes. Ils produisent de la viande, du lait, des œufs ainsi que des produits non destinés à la consommation alimentaire, tels que peaux, fibres et laine.»

La FAO précise aussi que dans certains territoires, le pastoralisme représente le meilleur moyen d’obtenir nourriture, revenu et emploi.

L'importance méconnue des pâturages

En effet, sur un tiers de la surface terrestre, comme sur les deux tiers du territoire de notre pays, il ne pousse que de l’herbe. Les pâturages assurent donc des fonctions importantes dans l’entretien des terres et la production alimentaire. Ils fournissent divers services écosystémiques en matière de protection du climat et enrichissent directement et indirectement notre identité.

Que ce soit ailleurs dans le monde ou en Suisse, le pastoralisme permet de mettre en valeur les recoins reculés, difficiles d’accès, ne permettant pas une autre forme d’exploitation. Il participe à l’entretien des surfaces et au maintien d’un paysage ouvert.

En grignotant fourrés, buissons et autres ronces, les animaux limitent l’embroussaillement et l’avancée de la forêt. Ils permettent, par exemple, que les prés d’altitude restent dégagés pour offrir une fois la neige tombée des pistes attrayantes et agréables pour les amatrices et amateurs de glisse. En broutant les herbages de montagne pendant l’été, ils maintiennent aussi l’herbe courte, limitant le glissement de plaques de neige et les risques d’avalanches en hiver.

Logo année internationale du pastoralisme.
Image: sbv-usp.ch

Bien plus qu'un simple patrimoine

En plaine, l’élevage est également apprécié et utile. Les surfaces herbagères s’intègrent bien dans la rotation des cultures et permettent au sol de se régénérer. Par leurs déjections, les animaux fournissent une fumure naturelle et renouvelable qui le nourrit et favorise la matière organique. Une sorte de double effet positif.

Enfin, les pâturages n’offrent pas seulement de la nourriture aux animaux de rente, ils constituent également des habitats pour une multitude d’espèces végétales et animales.

Avez-vous déjà aperçu pendant l’hiver, un de ces grands troupeaux de mouton accompagné de chiens bergers et de chiens de protections, d’ânes et d’un berger ou d’une bergère? Cette transhumance est plus qu’une respiration empreinte de poésie dans votre quotidien, plus que l’expression d’une simple tradition. Elle s’inscrit dans la durabilité et la circularité d’un système global. Elle est également un exemple parmi d’autres que de nombreuses pratiques agricoles méritent d’être reconnues, soutenues et maintenues.

Personnes et activités

Là où il y a des animaux, il faut du monde pour s’en occuper. C’est pourquoi pâturages vont de pair avec paysannes, paysans, bergères, bergers et alpagistes. Cette année internationale a donc aussi pour but de souligner le rôle important du pastoralisme pour les près de 200 millions de personnes qui vivent du pastoralisme dans le monde.

En Suisse, les personnes qui élèvent des animaux de rente sont également très nombreuses. Elles contribuent ainsi également de manière significative à la préservation des écosystèmes et des traditions qui y sont associées.

Afin de mieux faire connaître les personnes exploitant des pâturages avec leurs animaux, l’Union suisse des paysans, la Société suisse d’économie alpestre, le Groupement suisse pour les régions de montagne et l’organisation suisse de développement Helvetas se sont associés pour organiser des activités communes. Au cours de cette année, il est donc possible de suivre plusieurs personnes concernées, issues de différentes régions du pays, femmes, hommes, couples ou famille.

Celles-ci racontent régulièrement leur quotidien, comment elles vivent et travaillent, dans le cadre de vidéos publiées sur les pages des réseaux sociaux de Paysannes & paysans suisses. Helvetas donne un aperçu de la vie des bergères et bergers au Kirghizistan et en Ethiopie.

En septembre, une conférence aura lieu à Naters, en Valais, pour discuter des stratégies d’avenir pour l’économie alpestre et pastorale et élaborer une déclaration commune à l’attention du Conseil fédéral.

Suivre les publications et activités prévues tout au long sur ces deux années internationales est l’occasion d’en apprendre plus sur l’agriculture et les personnes qui y sont actives. Pour vous convaincre, s’il en est encore besoin, du caractère essentiel de l’agriculture en Suisse et ailleurs, ainsi que des interactions vitales entre les paysages, la population et les familles paysannes, ainsi que leurs animaux.

Anne Challandes est...
... paysanne et avocate de formation. Présidente de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, et vice-présidente de l’Union suisse des paysans, elle gère également une exploitation familiale en agriculture bio dans le Jura neuchâtelois avec des vaches allaitantes et différentes cultures.
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Image: uspf
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source: sad and useless
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