«Ils sont en pleurs»: des milliers de chômeurs privés de revenus en Suisse
En janvier, des milliers de personnes n'ont pas encore reçu leurs indemnités de chômage en Suisse, rappelle la RTS. En cause: le dysfonctionnement, depuis mi-décembre, d'un nouveau logiciel du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). Le responsable de la direction du travail, Jérôme Cosandey, a promis que tous les versements seront effectués d'ici la fin du mois.
Nombreux sont celles et ceux qui sont en difficulté à cause du problème informatique de la Confédération. Jeton Hoxha, président de l'association lausannoise de défense des chômeurs (ADC), dénonce une situation «anxiogène» pour les assurés concernés.
Avez-vous reçu beaucoup de demandes d'aide de la part des personnes qui n'ont pas reçu leurs indemnités de chômage?
Jeton Hoxha: Enormément.
La grogne monte parce que près de deux mois sans versement, c'est long. Ce dysfonctionnement informatique a engendré une panique générale et beaucoup de soucis pour les chômeurs touchés. Ils vivent avec des moyens financiers très limités et des frais de rappels se sont ajoutés aux factures d'assurance maladie, de loyer ou d'électricité impayées.
Que peuvent faire les chômeurs affectés pour limiter les dégâts?
Pour les autres, il faut contacter les créanciers, leur faire part de la problématique, leur demander d'annuler les frais de rappel et essayer d'obtenir un délai de payement. Ces démarches administratives engendrent une charge de travail pour les assurés et pour nous. Rappelons également qu'une partie d'entre eux ne parle pas français; les échanges avec les créanciers sont donc plus compliqués.
Au vu du contexte, est-ce que les créanciers sont compréhensifs?
Certains bailleurs, oui. D'autres, non. En revanche, nous avons observé que, lorsque l'association lausannoise de défense des chômeurs prend contact, les régies réticentes se montrent plus flexibles.
Les chômeurs peuvent-ils actionner la justice pour demander un dédommagement, par exemple?
Malheureusement, dans la loi, aucune sanction n'est prévue pour des problèmes informatiques comme celui en cours depuis décembre. Rien n'indique qu'il faille indemniser ni dédommager les assurés lésés.
Avez-vous déjà été confronté à une telle situation?
Vous savez, les gens sont bien éduqués. Ils s'acquittent d'abord de leurs factures avant de penser à ce qu'ils vont manger. Pour se nourrir, ils se débrouillent, demandent de l'aide à leurs proches ou se rendent dans des associations, malgré le fait qu'en temps normal, ces aides ne sont pas réservées aux chômeurs.
Et puis, ce scénario inédit a un impact social auquel on ne pense pas forcément, comme le déclenchement de tensions dans le couple. Nous avons aussi des employés des caisses de chômage qui viennent nous voir pour nous dire qu'ils ne se sentent pas bien. Les assurés leur demandent des comptes. Mais l'assurance chômage est fédérale; les caisses sont donc obligées d'utiliser le nouveau logiciel de payement dysfonctionnel du SECO.
Selon le SECO, toutes les indemnités seront versées d'ici la fin du mois. Une partie de celles-ci a d'ailleurs déjà été payée entre décembre et janvier. Etes-vous en contact avec les autorités?
Non. Nous ne savons pas qui recevra l'argent ni quand. Les informations que nous avons nous viennent directement des assurés. Ce que je reproche à la Confédération est qu'elle n'avait pas de plan B. Il y a eu un manquement. J'espère vraiment que d'ici fin janvier, tout sera réparé.
