Ce phénomène alpin menace déjà l’accès à 89 cabanes suisses
Le 23 août 2017, huit randonneurs qui avaient passé la nuit à la cabane de Sciora ont perdu la vie dans l'éboulement de Bondo, dans les Grisons. Ce matin-là, ils redescendaient dans la vallée par le chemin habituel menant à la cabane lorsqu'ils ont été emportés. Alors que la commune doit aujourd'hui répondre de cette affaire devant la justice, une autre question se pose: le chemin aurait-il été fermé depuis longtemps s'il n'avait pas été le seul moyen de rejoindre la cabane de Sciora et la cabane Sasc Furä?
«Il est évident qu'une cabane ne peut pas fonctionner sans chemin d'accès», explique Ulrich Delang, responsable du secteur Cabanes au Club alpin suisse (CAS). L'objectif est de maintenir les cabanes ouvertes et, par conséquent, les chemins qui y mènent. Mais tracer un nouvel itinéraire demande beaucoup de travail. Pour la cabane de Sciora, on avait donc préféré conserver l'ancien. Après l'éboulement, un nouvel itinéraire a finalement été planifié, puis ouvert en 2025. La cabane est restée fermée pendant huit ans.
De l'autre côté de la vallée, la cabane Sasc Furä a pu rouvrir dès 2019. Mais il faut désormais cinq heures au lieu de trois pour l'atteindre et le parcours est nettement plus exigeant. Conséquence: le nombre de visiteurs a chuté de moitié.
Le val Bondasca après l'éboulement
La cabane Fründen, au-dessus du lac d'Oeschinen, dans le canton de Berne, a connu le même sort lorsque, en 2020, la voie d'accès habituelle a dû être fermée en raison du risque d'éboulement. «Ce genre de situation va se multiplier», estime Delang. Il faudra alors réduire la capacité de certaines cabanes, voire les transformer en simples bivouacs sans gardiennage.
Une cabane valaisanne fermée cet été
Cet été, c'est la cabane de Saleinaz, au-dessus d'Orsières, dans le canton du Valais, qui a été touchée. Le 29 juillet, deux chutes de pierres ont enseveli la voie d'accès habituelle depuis la vallée. La commune a fermé le chemin et la cabane restera ouverte, mais sans gardien, jusqu'en mars prochain.
Elle n'est désormais accessible que par des itinéraires alpins difficiles depuis d'autres vallées et zones glaciaires. «Un survol a montré que 20 000 mètres cubes de terrain sont encore instables plus haut sur le versant», explique Michel Abplanalp, responsable de la cabane.
Ces dernières décennies, aucune cabane n'a, toutefois, été définitivement fermée sans être remplacée. Seul le petit bivouac de Mittelaletsch a été abandonné par le CAS en 2025, après avoir été détruit par une avalanche durant l'hiver 2018-2019. Mais les communes et des guides de montagne tentent désormais de le reconstruire.
A l'inverse, deux cabanes ont été inaugurées sur de nouveaux sites en 2026: la cabane du Mutthorn, dans le canton de Berne, parce que la fonte du permafrost avait rendu son ancien emplacement instable, et la cabane de Trift, après qu'une avalanche a détruit l'ancien bâtiment.
«A chaque fois, nous nous demandons s'il faut reconstruire une cabane ou l'abandonner», explique Delang. «Bien sûr, la vocation première du CAS est de rendre la montagne accessible. Mais nous nous demandons souvent s'il est encore judicieux de maintenir une infrastructure à cet endroit malgré les changements liés au réchauffement climatique.» Jusqu'à présent, la réponse a toujours été oui.
En 2024, le CAS a montré dans une étude que, pour 89 de ses cabanes, les chemins d'accès normaux sont potentiellement menacés sur au moins 5% de leur longueur par des coulées de boue provenant de zones de permafrost. Par ailleurs, les voies d'accès à 22 cabanes passent aujourd'hui par des glaciers. Selon l'étude, elles ne seront plus que six dans ce cas en 2050 et trois seulement à la fin du siècle. L'étude conclut:
En revanche, le CAS exclut de construire de nouvelles cabanes dans des régions encore dépourvues d'infrastructures, un principe inscrit dans ses lignes directrices. Aucune nouvelle cabane n'a d'ailleurs été construite ces 25 dernières années.
La capacité des cabanes évolue
Lors de la rénovation d'une cabane, sa capacité est elle aussi systématiquement réévaluée. La cabane de Carschina, dans le canton des Grisons, entièrement rénovée et rouverte cette année, compte désormais 20 places de moins. La cabane du Mutthorn est quant à elle passée de 100 à 60 lits. A l'inverse, la nouvelle cabane Bordier passera de 44 à 60 places, tandis que la cabane de Salbit, dans le Göscheneralptal, sera agrandie l'année prochaine et passera de 57 à 70 places. «Là-bas, les transformations liées au climat sont déjà achevées», explique Delang.
L'entretien des chemins menant aux cabanes incombe généralement aux communes, sur mandat des cantons. Elles sont responsables de tous les chemins de randonnée officiels, y compris ceux balisés en rouge et blanc. Mais ce n'est pas toujours le cas. Alors que le canton de Berne entretient lui-même la plupart des chemins de montagne, le Valais confie plus souvent l'entretien d'un accès au gardien de la cabane ou à la section du CAS qui en est propriétaire. Au-dessus des cabanes, ce sont souvent les gardiens et les guides de montagne qui balisent en bleu et blanc les itinéraires alpins, construisent des cairns ou installent des cordes fixes.
«La plupart des chemins d'accès aux cabanes sont en très bon état et le resteront à moyen terme», affirme Ulrich Delang. «Mais il est clair qu'avec le réchauffement climatique, la montagne va continuer à se transformer profondément. A long terme, garantir un accès sûr à certaines cabanes deviendra un véritable défi.» (trad.: mrs)
