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Le logo de la RTS photographie lors d'une conference de presse de la Radio Television Suisse, RTS, sur les resultats d'audience radio, tv et web 2016 et sur les nouveaux programmes 2017, ce jeudi 2 mars 2017 a Lausanne. (KEYSTONE/Laurent Gillieron)

La Radio Télévision Suisse (RTS), dans la tourmente pour des affaires de harcèlement, se prend les pieds dans des tapis de controverses sur le langage inclusif. Image: KEYSTONE

Commentaire

Quand la RTS n’a pas d’autres chat-te-s à fouetter

Un débat de «Forum» était consacré à l'écriture inclusive, au moment où le langage épicène secoue l'audiovisuel public. Qui attend par ailleurs toujours les résultats de l'enquête sur les cas de harcèlement à l'interne. Ambiance.



«Bonsoir à toutes et à tous»: le ton est donné d’emblée par l’animateur, qui appuie bien sa première phrase. «Voilà une bonne introduction rédigée selon les règles de l’écriture inclusive», poursuit-il, «ce qui n’aurait pas été le cas si je m’étais contenté d’un simple "Bonsoir à tous". Alors, vous me direz qu’il n’y a pas grand-chose de révolutionnaire là-dedans, et pourtant l’écriture inclusive reste un sujet ultra-sensible, y compris politiquement.»

Hier lundi 1er mars, surprise: le débat de l'émission «Forum» est consacré à l'écriture inclusive. Il va donc y avoir un débat RTS qui, on le sent bien, a déjà été tranché par... la RTS.

Imaginez la même chose sur un autre sujet, au hasard celui-ci: «La burka, un vêtement, vous me direz, qu’il faut évidemment interdire, mais bon, certains sont contre, alors on va les inviter à discuter.» Quelles indignations n'entendrait-on pas à l'égard du présentateur!

Maladresse et confusion

Mais il y a plus piquant: la formule «Bonjour à toutes et à tous» n’est qu’un exemple de langage épicène – on l’utilise à l’oral, comme le Général de Gaulle le faisait avec son «Françaises, Français!» Or on voit bien que ce qui fait parler et suscite des critiques est surtout l’écriture inclusive à proprement parler. «Bonjour à tou-te-s nos chers-ères lecteurs-trices» dans un texte, voilà ce qui peut inquiéter et qui doit faire l’objet d’un débat citoyen.

Harcèlement: récolte de témoignages au sein de la RTS

Rappelons-nous. Après les témoignages relayés par Le Temps en novembre dernier dénonçant des comportements inappropriés à caractère sexuel s'étant produits au sein de la Radio Télévision Suisse (RTS), l'entreprise médiatique de service public avait mis en place une grande campagne de récolte de plaintes pour les présumées autres victimes de collègues aux agissements condamnables.

Les résultats devaient être rendus en janvier, puis fin février; ils ne sont toujours pas là. Ce retard s'explique apparemment par une avalanche de doléances traitées par le bureau d'avocats mandaté par la SSR – plus de 200 selon les anciens collaborateurs de la RTS Eric Burnand et Michel Zendali, qui signaient récemment une tribune dans Le Temps dénonçant un climat de «présomption de véracité» accordée aux victimes.

Une charte juste après sur le langage inclusif

Voilà que, début février, la RTS envoie par e-mail à ses employés une charte de bonne conduite à l'oral en ce qui concerne les genres: les collaborateurs sont fortement invités à utiliser un langage inclusif. Une vidéo explicative distribue les bons et les mauvais points sur la base d'extraits d'interventions d'employés de l'entreprise en pleine émission:

Vidéo: RTS

Selon nos informations, ça commence à chauffer à l'interne. Une part non-négligeable d'employés (difficile à dire combien) affirment que la charte en question a été établie par une poignée de militantes et regrettent la manière dont elle a été transmise au personnel, «par le haut». Surtout, ils ne veulent pas «baragouiner» avec des «celles et ceux» et écrire avec des points médians, qui vont rendre les contenus indigestes.

Vidéo: RTS

Si l'on résume:

  1. La RTS dépense de l'énergie, du temps et de l'argent (public) pour établir une charte sur le langage inclusif.
  2. Elle le fait dans un contexte où l'on attend toujours son rapport sur les cas de harcèlement en son sein.
  3. On thématise le langage inclusif sous forme de débat RTS qui, en ce qui concerne la même RTS, est déjà scellé.
  4. Ce débat part sur une confusion entre langage inclusif et écriture inclusive.

Conclusion fort personnelle: la RTS n’a-t-elle pas d’autres «chat-te-s» à fouetter? Dans un contexte d'accusations en masse de harcèlement, notamment sexuel, remettant en cause sa culture d'entreprise et sa structure hiérarchique, le langage inclusif entre dans la catégorie du cache-sexe (non-genré). Espérons que la blague s'arrête bientôt et que la vérité soit établie sur des accusations graves. Il en va de la justice pour les présumées victimes comme pour les accusés.

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