Les conseillers fédéraux ont perdu un privilège et ça les irrite
Le barbu à la coiffure de feuilles de chêne est de mauvaise humeur. Son regard est sévère, pour ne pas dire franchement menaçant. Il rappelle le Saint-Nicolas dans ses plus mauvais jours.
Pas de doute: quiconque doit passer sous ce vieux grincheux pour rejoindre le Palais fédéral depuis la Place fédérale a intérêt à ne pas avoir d'idées farfelues en tête. Et encore moins de mauvaises intentions. Qui voudrait finir, frappé par la foudre, en petit tas de cendres devant l'entrée principale du Parlement?
Des dispositifs de sécurité renforcés
En principe, cela devrait suffire à décourager les malfaiteurs de tout poil. Mais le service de sécurité du Parlement, lui, n'en est pas convaincu. Il a verrouillé l'accès au cœur du pouvoir avec des détecteurs de métaux, des portiques de sécurité et, vraisemblablement, de nombreux autres dispositifs couverts par le secret de fonction.
Pour les simples mortels, pas question de passer. A moins d'avoir été officiellement homologué inoffensif et muni d'un badge qui, après un contrôle minutieux, donne accès aux lieux.
Seuls les représentants du peuple élus peuvent franchir la porte principale du Palais fédéral, et ce, durant des plages horaires strictement limitées: «pendant la session, à l'ouverture et à la clôture des séances», précisent les Services du Parlement sur demande. Et non par déférence envers le corps parlementaire, mais «pour permettre aux membres des conseils d'entrer et de sortir plus rapidement». La sécurité reste garantie: tant que la porte est ouverte, «l'entrée est sécurisée par un dispositif Fedpol».
Le danger dans le sillage des magistrats
Un groupe restreint, mais influent, avait toutefois jusqu'à récemment la possibilité d'ouvrir cette porte à toute heure et à sa guise: les membres du Conseil fédéral. Leurs huissiers disposaient d'un badge permettant de commander l'entrée du Parlement. Autrement dit: Parmelin et consorts pouvaient franchir, à leur guise et la tête haute, sas et dispositifs de sécurité pour rejoindre le hall d'entrée.
C'était là, avec le forfait de représentation pour cravates et foulards, la voiture de service et le jet du Conseil fédéral, l'un des rares privilèges que la Suisse pragmatique concède à ses membres du gouvernement. C'était, car le privilège de la porte ouverte a été supprimé en début d'année.
Mais pourquoi donc?
Notre enquête le révèle: la porte centrale n'était pas toujours correctement refermée par certains huissiers. Du point de vue du service de sécurité, cela signifiait que, dans le sillage de Rösti, Parmelin et Keller-Sutter s'ouvrait une béante faille sécuritaire.
L'autorité a donc réagi promptement:
C'est ainsi que les Services du Parlement décrivent la situation.
Mécontentement au sein du gouvernement
En d'autres termes: depuis le Nouvel An, l'entrée principale du Palais fédéral est verrouillée pour Ignazio Cassis, Elisabeth Baume-Schneider et leurs collègues. Pendant les sessions, ils peuvent certes se glisser dans la mêlée des parlementaires pour franchir le portail ouvert, mais, en dehors de ces moments, il ne leur reste qu'à passer par le portique de sécurité ou à emprunter les entrées latérales du Palais fédéral Ouest et du Palais fédéral Est.
Au sein du gouvernement, cela aurait suscité une certaine irritation.
Le barbu à la coiffure de feuilles de chêne au-dessus du portail symbolise, selon les documents officiels de la Confédération, la sagesse. Pas sûr que ces vaudevilles administratifs lui plaisent beaucoup.
