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«Non» à la loi Netflix: les Jeunes PLR ont-ils un pois chiche dans la tête?

En se contentant de réciter leur crédo anti-étatiste, comme ils le font en s'opposant à la «loi Netflix», les Jeunes Libéraux-Radicaux s'empêchent de peser sur ce qui fonde les valeurs d'une société: la culture.
04.05.2022, 11:4916.05.2022, 08:27

Contre l’avis majoritaire de leur propre parti, ils avaient soutenu l’initiative «No-Billag», qui entendait supprimer la redevance audiovisuelle, finalement maintenue par décision populaire le 4 mars 2018. Fidèles à leur conception du moins d’Etat possible en matière économique, les Jeunes libéraux-radicaux récidivent en appelant à voter le 15 mai contre la «loi Netflix». Cette fois-ci en accord avec leur formation mère.

Porté principalement par la gauche, le texte qu’ils combattent, prévoit que les services de streaming (Netflix, Amazon, Disney, d’autres plateformes encore) devront investir 4% de leur chiffre d’affaires réalisé en Suisse dans la production de films et de séries suisses. Ce qui équivaudrait à 18 millions de francs par an.

On ne peut pas reprocher aux partis politiques de jouer leur partition, direz-vous. Les socialistes font du social, les libéraux font du libéralisme: les premiers prônent le recours à l'Etat comme agent régulateur, les seconds estiment qu'il n'a pas à s'immiscer dans la vie des entreprises – d'où leur hostilité de principe à la loi Netflix. Et comme le politologue Pascal Sciarini nous le rappelait au téléphone, au sein des mêmes écuries politiques, les juniors ont tendance à adopter des positions plus tranchées que celles des seniors. Peu portées au compromis, les jeunesses des partis ne fuient pas la radicalité, pour employer un terme bien actuel.

Bataille culturelle

Le penseur marxiste italien du début du 20e siècle, Antonio Gramsci, est redevenu à la mode ces dernières années, tant à gauche que chez les identitaires de droite, qui reprennent tous à leur profit le concept gramscien d’«hégémonie culturelle». En vertu duquel les idées dominantes découlent d’un rapport de force, dont la culture, qui produit un ensemble de valeurs, forme l’enjeu central.

Autrement dit, à ânonner leur catéchisme libéral, les Jeunes PLR pensent peut-être gagner un jour la bataille culturelle en coupant les vivres à l’Etat. Or ils s’égarent. Les «idées de gauche», qu’ils n’aiment pas et qu’ils considèrent hégémoniques dans la culture mais aussi dans les médias, d'où leurs attaques, à l'occasion, contre l'audiovisuel public, n’ont pas besoin de l’Etat pour exister, voire s’imposer. Le marché, avec ses valeurs matérielles et immatérielles procédant de rapports de force, suffit amplement à faire vivre les idées, les tolérantes comme les moins tolérantes.

Wokes à l'Uni, jeunes PLR au tapis

C’est donc en investissant, par leur présence et leur intérêt, la production culturelle, non en censeurs, mais en créateurs, que ce soit à l’université, dans les boîtes de prod privées ou dans les ministères, que la jeunesse libérale-radicale, pour ne citer qu’elle à droite, aura des chances d’influer sur des contenus, plus largement de faire entendre sa voix. En s’en prenant il y a quatre ans à la redevance audiovisuelle, à présent à la loi Netflix, les Jeunes PLR desservent leurs intérêts et laissent la place libre à d’autres, tels ces activistes wokes qui, vendredi à l’Université de Genève, ont interrompu une conférence sur la médicalisation précoce des enfants trans.

Le pois chiche, c’est bon en houmous ou dans le couscous, c’est tout.

World of Watson: Netflix & pas chill

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