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Commentaire

Un UDC me remercie de me sacrifier pour mon ménage, je préférais qu'il la ferme

Pour une fois qu’une décision du Tribunal fédéral sur l’égalité hommes-femmes mettait (presque) tout le monde d’accord… Il a fallu qu'un conseiller national UDC, Jean-Luc Addor, vienne expliquer aux femmes leur rôle au sein de la société. Commentaire ronchon.
03.05.2022, 18:55
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Ah, l’égalité hommes-femmes… Un thème délicat à l'origine de bien des crispations et de disputes désagréables. Deux camps se dressent, a priori irréconciliables: les féministes en colère à la sensibilité exacerbée et les vieux mâles blancs garants d'un modèle patriarcal encroûté. Au milieu: le reste du monde (dont le commun des mortels, Chantal, Bernard et moi-même faisons partie), souvent perplexe au milieu de ces considérations sociétales complexes.

Mais! Il arrive parfois que l'une ou l'autre décision fasse son chemin au milieu de ces polémiques tourmentées. C'est le cas d'un arrêt fraîchement émis par le Tribunal fédéral ce printemps, qui a tenu à ancrer l'égalité entre les genres un peu plus concrètement dans la loi, en restreignant l'accès aux pensions alimentaires après le divorce.

Cette décision, qui impacte surtout les femmes, avait toutes les chances de s'attirer le courroux de la gauche. Et pourtant! L'intention a été saluée par plusieurs avocats et parlementaires, y compris au sein des partis de la gauche et du centre. Une approbation quasiment inespérée.

Dans les faits
Il s'agit d'appliquer un principe inscrit de longue date dans la loi sur le divorce: «Clean Break». Le concept est simple. Une fois divorcés, Monsieur et Madame doivent pouvoir s'assumer financièrement chacun de leur côté, de manière totalement indépendante. Ce qui implique: de retrouver du travail, si l'un des partenaires avait interrompu son activité professionnelle pour s'occuper du ménage. Et donc de ne pas avoir à verser de pensions alimentaires pour la personne qui a continué de bosser à temps plein.

L'objectif de cette jurisprudence est de s'inscrire dans «une vision plus moderne du travail et de la répartition des tâches» au sein d'une famille. Un noble objectif, salué par de nombreux observateurs... quoiqu'il peine encore à coller à la réalité du terrain. Dans les faits, les femmes sont encore 70% à assurer seules l'éducation des enfants et les tâches ménagères (ce n’est pas moi qui le dis, mais l'Office fédéral de la statistique). Plus compliqué, dans ce cas, d'augmenter son taux de travail pour subvenir à ses besoins en cas de séparation.

Heureusement, un homme est venu à la rescousse

Mais que serions-nous sans l'intervention d'un vieux mâle pour nous porter secours et prendre notre défense? Rien, de toute évidence. C'est en tout cas ce dont le conseiller national Jean-Luc Addor semble persuadé.

Image: sda

Un soutien quelque peu inattendu... si ce n'est carrément à côté de la plaque. L'élu UDC, plus connu pour son goût des saillies polémiques, n'est a priori pas le mieux placé pour se faire le garant de la défense des femmes - ce dont il ne s'est pourtant pas gêné. Interrogé par la RTS, l'avocat valaisan s'est permis de donner son avis au sujet de ce nouvel arrêt du Tribunal fédéral:

«Cet arrêt remet en cause un modèle social auquel je suis personnellement attaché»

Un modèle dans lequel les femmes sont encore majoritaires à délaisser «totalement» carrière et ambitions pour s'occuper de leur foyer. Un «sacrifice» qu'il juge «irremplaçable et extrêmement précieux pour leurs enfants et pour la société».

En guise de conclusion, notre défenseur autoproclamé a regretté qu'un telle décision ne «décourage» les femmes tentées de faire le «sacrifice» d'abandonner leur vie professionnelle pour s'occuper de leur progéniture:

«Je pense que c’est mauvais pour l’avenir de notre société que de ne pas apporter cette reconnaissance à ce sacrifice que font beaucoup de femmes encore aujourd’hui»

Merci, mais non merci.

Je ne sais pas vous, mais je me serais bien passée de ce discours qui fleure bon le retour aux années 50. Comme si nous avions encore besoin qu'un homme mûr frisant la soixantaine nous dispense la bonne parole sur le destin de nos ovaires et de nos plans de carrière. Jusqu'à preuve du contraire, aucune élue n'a jamais enjoint Jean-Luc Addor à «sacrifier» quoi que ce soit pour élever sa marmaille.

Bref, que chacun et chacune se fasse librement son propre avis sur les arrêtés du Tribunal fédéral. Mais messieurs, Dieu du Ciel, par pitié: laissez-nous seules juges du choix de nous consacrer à notre famille, notre carrière, notre potager ou notre chat selon notre bon plaisir - comme nous vous laissons déjà le faire.

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