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Image: KEYSTONE

Des opérations sont reportées à cause du Covid. Combien? Mystère...

Selon l'Office fédéral de la santé publique, 30 000 opérations chirurgicales ont à ce jour été reportées depuis le début de la pandémie. Sauf qu'il ne s'agit là que d'une estimation.
01.10.2021, 05:5801.10.2021, 17:09
Helene Obrist
Helene Obrist
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Actuellement, 189 personnes sont hospitalisées aux unités de soins intensifs (USI) à cause du Covid. En cumulant ce nombre avec les patients non infectés par la maladie, les services sont remplis à 77,2%. Une situation qui fait que lorsque le taux d'occupation de l'USI est élevé, les opérations chirurgicales programmées doivent être reportées. Selon Patrick Mathys, chef de la section Gestion de crise et collaboration internationale de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), cela survient notamment lorsque plus de 30% des unités de soins intensifs sont occupées par des patients atteints du Covid.

L'OFSP ne fournit aucune information sur le nombre d'interventions effectivement repoussées. Il compte plutôt sur les hôpitaux pour le faire. Le seul chiffre donné par l'organisation est de 30 000. Ce chiffre renvoie en fait à la quantité d'opérations reportées l'année dernière, selon Patrick Mathys.

Lorsque l'on demande à l'OFSP comment une telle situation est possible, il ne semble pas plus perturbé que cela: «C'est une estimation des journées - et non des cas - d'hospitalisation, qui a globalement été calculée sur la base des données des années précédentes».

Pour obtenir des informations plus précises sur ces interventions retardées, il reste la possibilité de s'adresser à «H+», l'organisation faîtière des hôpitaux suisses publics et privés, ou alors à la Société suisse de médecine intensive (SSMI). Problème, là aussi, on ne sait pas comment on est arrivé à cette estimation et on opte pour les chiffres délivrés par les hôpitaux.

Le nombre d'opérations reportées n'est pas clair

Aujourd'hui, des interventions chirurgicales sont remises à plus tard alors que la proportion de patients Covid en USI est de 22,1%. Le nombre total de reports effectifs reste difficile à quantifier.

«Nous savons que de nombreux hôpitaux universitaires ont à nouveau commencé à reporter des opérations programmées en raison de la situation tendue dans les unités de soins intensifs»
Agnes Nienhaus, directrice générale d'Unimedsuisse, l'association des hôpitaux universitaires

Toutefois, la situation n'est pas aussi précaire qu'il y a un an, lors de la deuxième vague.

L'hôpital universitaire de Zurich (USZ) confirme: «Ces dernières semaines, nous avons, par exemple, dû mettre en pause des opérations de tumeurs, de cœur ou de cerveau en raison de la charge de travail élevée dans les unités de soins intensifs». Les chiffres exacts n'ont pas pu être fournis.

«Nous travaillons quasiment tous les jours à temps plein», déclare la clinique Hirslanden St. Anna à Lucerne, dans le Luzerner Zeitung. Depuis le début du mois de septembre, l'établissement affirme avoir dû reporter, plusieurs fois par semaine, les interventions chirurgicales prévues. Même si, jusqu'à présent, il ne s'agissait que de reports temporaires, et non d'annulations complètes, comme ça a certaines fois été le cas au cours de l'hiver dernier.

A l'hôpital cantonal de Zoug, les choses sont différentes. Ils n'ont pas encore eu à reporter des opérations, d'après les informations récoltées par watson.

Augmentation du personnel absent

Même si le nombre d'opérations reportées n'est pas aussi élevé qu'au début de l'année, chez Unimedsuisse, on s’inquiète de la situation actuelle: «Le personnel médical est épuisé et de plus en plus absent. Il y a moins d'employés disponibles en comparaison à l'année dernière».

Même schéma à l'Inselspital de Berne où les opérations moins urgentes sont également reportées. «Il faut soutenir les équipes d'anesthésie et de chirurgie ainsi que compenser l'augmentation des absences pour cause de maladie», précise le porte-parole des médias.

Une autre charge s'ajoute pour le personnel soignant, celle de devoir décider quel patient doit être opéré et lequel doit rester dans l'attente. Et cela crée un cercle vicieux. «Plus on retarde une opération, plus la probabilité qu'un patient doive être opéré en urgence s'élève. Ce qui signifie des risques supplémentaires pour les personnes concernées», ajoute Agnes Nienhaus.

Nouvelles directives éthiques concernant le tri

Certaines des interventions reportées impliquent des séjours en unité de soins intensifs: «Pour certaines opérations du cancer ou du cœur, par exemple, les hôpitaux doivent surveiller les patients pendant quelques jours, jusqu'à ce qu'ils soient stables», indique la directrice générale d'Unimedsuisse.

Pour le moment, les unités de soins intensifs accueillent de plus en plus de jeunes patients atteints de Covid, qui nécessitent davantage de soin. Et cela, pendant plusieurs semaines. Décider si ce sont les patients atteints du Covid ou d'autres patients gravement malades qui sont prioritaires est une tâche difficile sur le plan éthique, déclare Agnes Nienhaus.

Par ailleurs, la semaine dernière, l'Académie suisse des sciences naturelles (ASSM) a mis à jour ses directives sur le tri en médecine de soins intensifs. Il est désormais explicitement mentionné que le temps et les efforts nécessaires au traitement en soins intensifs doivent être pris en compte dans le processus de décision. Concrètement, cela signifie qu'un patient qui doit être opéré d'urgence du cœur et qui ne doit passer que trois jours en soins intensifs jusqu'à sa guérison a la priorité sur un patient atteint du Covid dont on ne saura qu'après un traitement long et intensif s'il se rétablira.

Les opérations reportées mettent les patients à rude épreuve

Mais le personnel médical n'est pas le seul à avoir des problèmes à cause du retard dans les opérations. C'est également stressant pour les patients. «Si une opération est reportée, cela entraîne également une pression psychologique sur le malade. Comme lorsqu'ils doivent attendre une opération du cancer. Ce facteur ne doit pas être sous-estimé», déclare Daniel Tapernoux, responsable du conseil à l'Organisation suisse des patients (OSP).

Il est compréhensible que l'état mental des patients ne puisse pas toujours être pris en compte en raison de la situation compliquée dans les hôpitaux. «Ce qui prévaut alors, c'est l'urgence médicale.» Ce dilemme ne sera résolu que «si nous travaillons ensemble en tant que société et que nous prenons le dessus sur la pandémie», conclut Daniel Tapernoux.

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source: keystone / jean-christophe bott
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