Cette étude romande ne va pas plaire aux partisans du nucléaire
Alors que les responsables politiques débattent encore de l’opportunité d’abroger l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, des scientifiques ont déjà calculé les conséquences possibles pour l’énergie hydraulique, si importante dans notre pays. Les résultats ne devraient guère rassurer les exploitants d’installations hydroélectriques.
Concrètement, avec leur étude, Stéphane Genoud et Carlo Maino, respectivement professeur et collaborateur scientifique à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) à Sion (VS), voulaient répondre à deux questions:
- Des centrales nucléaires peuvent-elles être exploitées de manière rentable sur des marchés de l’électricité libéralisés, avec une forte part d’énergies renouvelables?
- Quelles seraient les conséquences du développement du nucléaire pour les installations hydroélectriques existantes?
Sur la base de leurs analyses empiriques, les deux auteurs répondent par la négative à la première question: les prix de l’électricité n’atteindraient un niveau nécessaire à une exploitation rentable que pendant 26% au maximum des heures de fonctionnement des centrales nucléaires. Cela signifie que les nouvelles centrales devraient être sécurisées par des garanties de recettes de l’Etat.
Conséquence: l’offre d’électricité de base, avec des coûts marginaux très bas, augmenterait, ce qui ferait à son tour pression sur les prix à court terme des autres formes d’énergie. Car le marché de l’électricité fonctionne selon le principe du «Merit Order», qui définit en fin de compte un «ordre de mérite économique». En simplifiant: on recourt toujours à la source d’électricité pour laquelle la production d’un kilowattheure supplémentaire est la moins chère.
Les conséquences pour l’hydraulique sont considérables: selon les calculs de Genoud et Maino, avec une ou deux nouvelles centrales nucléaires, les revenus des centrales au fil de l'eau diminueraient de 29 à 42%, et ceux des centrales à accumulation de 15 à 19%. Selon les chercheurs, l’effet sur les centrales de pompage-turbinage n’est pas clair, notamment parce que celles-ci profiteraient en même temps de prix plus bas pour l’électricité utilisée lors du pompage.
La conclusion de l’étude est claire: avec de nouvelles centrales nucléaires, la rentabilité de l’hydraulique diminuerait. «Et cela réduit l’incitation à réaliser de nouveaux investissements dans l’hydraulique», assure le conseiller national soleurois du Centre Stefan Müller-Altermatt. Il s’oppose donc à la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires.
Les deux chercheurs ont effectué leurs calculs avec des données de 2024 issues du «Day Ahead Market» espagnol, c’est-à-dire le marché sur lequel l’électricité est négociée pour le jour calendaire suivant. Leur choix s’est porté sur l’Espagne parce que le pays produit déjà plus de 60% de son électricité grâce au vent et au soleil, et qu’il peut donc être considéré comme un «précurseur réaliste des futures conditions de marché européennes». (adapt. dal )
