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C'est enfin prouvé, les Suisses ne réclament pas de fraises en hiver

C'est la grande distribution qui impose les fraises en hiver et non pas les consommateurs qui les demandent. Voilà le résultat d'une longue enquête de la FRC. Malgré une sensibilité affichée pour le local, les Suisses pensent aussi avec leur porte-monnaie, confie un producteur.
15.03.2021, 12:0615.03.2021, 15:35
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«Ce sont les consommateurs qui réclament des fraises en hiver.» Voilà l'excuse que la grande distribution dégaine à chaque fois qu'elle doit justifier pourquoi elle vend massivement des fraises étrangères - notamment espagnoles - dès le mois de janvier. Lassée par cette rengaine, la Fédération romande des consommateurs (FRC) a décidé d'en avoir le cœur net.

Et vous, les fraises en hiver?

Quinze mois d'enquête, 36 clients mystères et plus de 430 relevés chez Migros, Coop, Denner, Manor, Lidl et Aldi plus tard, le résultat est là. «Les distributeurs utilisent divers stratagèmes pour rendre ce fruit incontournable dès les premières semaines de l’année», écrit la FRC dans son long rapport. Pour cela, plusieurs techniques sont mises en œuvre. Entre mi-février et avril (soit avant la saison des fraises suisses), les baies étrangères sont notamment très fortement mises en avant à grand renfort de promotions dans les magasins.

«C'est malheureux que l'on fasse autant de publicité pour des fraises d'importation», réagit Christophe Stadler, producteur de fraises depuis trois générations à Meyrin (GE).

«Dans le discours, on a tous une sensibilité pour le local. Mais, dans le rayon, la réalité du porte-monnaie n'est pas la même.»
Christophe Stadler

Paradoxalement, une fois la saison des fraises helvétiques arrivée (mi-mai), celles-ci sont moins mises en avant dans les grandes surfaces, pointe la FRC. Une stratégie qui sabre le marché pour les producteurs locaux selon Christophe Stadler. «Si les gens mangent des fraises étrangères durant deux mois avant, forcément ils sont moins attirés par les nôtres. S'ils en avaient vraiment envie, ils seraient prêts à mettre un peu plus d'argent au mois de mai.»

Car le nœud du problème est sans doute là. Avec un prix moyen de 16 frs/kg, les fraises locales coûtent deux fois plus cher que les baies espagnoles. «On a déjà mis en œuvre tout ce qu'on pouvait pour rationaliser les coûts. Faire moins cher, on n'y arrive plus», assure le maraîcher genevois.

«Le gros problème en Suisse, c'est la main d'œuvre qui représente 60 ou 70% de nos coûts. Ceux qui ramassent les fraises chez nous gagnent environ 3300 frs/mois. C'est dix fois plus qu'en Espagne, je pense. Et encore, c'est presque malhonnête parce que c'est un travail difficile mais c'est juste impossible de donner plus.»
Christophe Stadler, maraîcher et producteur de fraises.

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