Le patron de Nestlé change de cap pour éviter «une énorme erreur»
«Enfin», a sans doute pensé le Français Laurent Freixe. A l'automne 2024, il avait finalement été nommé directeur général de Nestlé, après une longue attente puisqu'il avait effectué pratiquement toute sa carrière au sein du géant suisse de l'alimentation. Pendant plus de 30 ans, il avait gravi les échelons à bord du paquebot Nescafé et Kitkat. Lorsque le directeur général Mark Schneider, pourtant longtemps encensé, n'a plus répondu aux attentes du président du conseil d'administration de l'époque, Paul Bulcke, Laurent Freixe a été appelé à lui succéder.
Il a alors rapidement pris les commandes et lancé un vaste programme d'économies. L'objectif était de réduire les coûts de 2,5 milliards de francs d'ici à 2027. Il a également réduit la taille de la direction générale et retiré les domaines de la communication et du développement durable de cet organe dirigeant. «Les responsables de nos principales divisions me rendent directement compte.» En somme, selon la devise implicite: «Nestlé, c'est moi.» Mais un an plus tard à peine, le Français a chuté à la suite d'une liaison amoureuse interne. Le patron de Nespresso, Philipp Navratil, lui a succédé à la tête de Nestlé dans ce qui s'est apparenté à une opération menée en toute discrétion.
Neuf mois plus tard, le dirigeant suisso-autrichien de 50 ans revient sur l'une des décisions de son prédécesseur. Dès le mois de septembre, la communication d'entreprise et le développement durable retrouveront leur place au sein de la direction générale. Cette responsabilité sera confiée à Antonia Wanner, qui travaille chez Nestlé depuis 1996 et y a occupé plusieurs fonctions dirigeantes.
La direction générale comptera ainsi de nouveau douze membres, nous a confirmé le porte-parole de Nestlé, Christoph Meier. Selon Philipp Navratil, cette décision vise à renforcer «un dialogue crédible» avec les différentes parties prenantes ainsi que «la création de valeur à long terme».
Philipp Navratil joint ainsi les actes à la parole. Comme l'a rapporté le quotidien britannique Financial Times au début de l'année, le patron de Nestlé avait déclaré lors d'une rencontre avec des collaborateurs en décembre que le président américain Donald Trump portait une part de responsabilité dans le fait que son groupe et d'autres entreprises communiquent désormais moins sur les questions de développement durable. L'administration américaine s'efforce de démanteler les réglementations environnementales et qualifie le réchauffement climatique de «supercherie».
Il y a trois à cinq ans, les investisseurs posaient encore de très nombreuses questions sur le développement durable, a expliqué Philipp Navratil, selon le journal britannique. Mais, a-t-il ajouté:
Ne plus accorder suffisamment d'importance au développement durable serait «une énorme erreur», a estimé Philipp Navratil. Il a assuré aux collaborateurs que Nestlé maintenait ses objectifs environnementaux. «Nous n'y avons pas renoncé, mais nous devons en parler davantage.»
Autre conséquence de cette décision: avec l'arrivée d'Antonia Wanner, la part des femmes au sein de la direction générale de Nestlé passe de 36 à 41%. (trad. hun)
