Suisse
UDC

Neutralité: l'ambassadeur Jacques Pitteloud s'oppose à l'UDC

L'ambassadeur de Suisse à l'Otan, Jacques Pitteloud, et Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse.
L'ambassadeur de Suisse à l'Otan, Jacques Pitteloud, et Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse.image: watson

Neutralité: l'ambassadeur suisse à l'Otan s'oppose à l'UDC

La Suisse votera fin septembre sur l'initiative sur la neutralité de l'UDC. watson a demandé leurs arguments à un partisan, Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse, et un opposant, Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse à l'Otan.
03.08.2026, 18:5404.08.2026, 09:15

A l’approche de la votation du 27 septembre, la campagne en faveur de l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» est entrée dans le dur malgré la torpeur estivale. Conçu par l’UDC et l’association Pro-Suisse, tous deux en première ligne de ce combat constitutionnel, un slogan percutant s’affiche ces jours-ci dans les gares et dans les rues: «Pas de guerre. Oui à la neutralité suisse». Il est assorti d’une colombe de la paix tenant un rameau d’olivier.

Le slogan de l'initiative de l'UDC👇

Image

Ce mot d'ordre fait penser aux slogans pacifistes des années 1930 comme à ceux de la guerre froide lors de la crise des euromissiles, quand une partie de la gauche refusait l’installation de missiles Pershing Il américains en Allemagne de l’Ouest en réponse au déploiement de SS-20 soviétiques dans des pays du Pacte de Varsovie, la dissuasion nucléaire battant son plein.

La droite identitaire, agent du pacifisme? Ancien président de l’UDC Vaud et coordinateur romand de Pro-Suisse, Kevin Grangier défend le slogan et la colombe:

«La Suisse est un pays pacifique, elle offre ses bons offices. Jean Jaurès, le grand penseur socialiste français assassiné à la veille de la guerre 14-18, faisait d'ailleurs l’éloge de l’armée suisse»
Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse

Manière de rappeler l’ancrage armé de la neutralité, d’où l’opposition du GSSA, le Groupe pour une Suisse sans armée, au texte de Pro-Suisse porté par l'UDC.

Ne pas faire peur

Alors que le «oui» à l’initiative est crédité de deux points de plus que le «non» – 40% contre 38% – dans un sondage YouGov Suisse publié vendredi dernier, ce n’est pas le moment de faire peur aux indécis. Parmi eux, certains pourraient craindre qu’une neutralité renforcée, telle que proposée par l’UDC et Pro-Suisse, nuise à la sécurité de la Suisse. En effet, le pays ne risquerait-il pas d’affaiblir ses capacités de défense en renonçant à ses partenariats avec des armées amies, comme cela se pratique depuis une trentaine d’années?

La formulation d’un des alinéas de l’article 54 de la Constitution modifié par les initiants sonne à ce propos d’une façon plutôt restrictive:

«La Suisse n’adhère à aucune alliance militaire ou défensive. Est réservée la coopération avec une telle alliance en cas d’attaque militaire directe contre la Suisse ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque.»
Extrait du texte de l'initiative

Kevin Grangier a comme anticipé les craintes. Il se veut rassurant:

«Le texte de l’initiative et cet alinéa en particulier n’empêcheraient pas la Suisse de poursuivre des exercices communs avec des armées étrangères dans le cadre du Partenariat pour la paix de l’Otan, comme elle le fait actuellement.»
Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse

Le coordinateur romand de Pro-Suisse tient même pour conformes à la neutralité les accords secrets passés par le général Guisan avec la France en vue d’une défense commune de la Suisse dans le cas où l’Allemagne nazie aurait attaqué cette dernière, un épisode historique qui a fait l'objet d’un article cet été dans Le Temps.

L'initiative de l'UDC et de Pro-Suisse ne dit rien au sujet du développement d’armements avec des partenaires étrangers afin de limiter les coûts de production et d’acquisition. Kevin Grangier l'assure là encore:

«Si le texte ne dit rien, c’est qu’il ne change pas la pratique actuelle, ni n’interdit une nouvelle pratique en la matière»
Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse

L'ambassadeur rappelle l'invasion russe aux initiants

Joint par watson, Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles, opposé comme le Conseil fédéral et le Parlement à l’initiative soutenue par l’UDC , est dubitatif face aux arguments des partisans du texte.

«Je doute que la formulation "en cas d’actes préparatoires à une telle attaque", s’agissant d’une des deux conditions posées par le texte de l’initiative à la coopération de l’armée suisse avec une "alliance militaire", n’ait aucune incidence sur nos capacités de coopération avec des pays amis. Qui définira ce que sont des "actes préparatoires" à une "attaque"?»
Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles

Jacques Pitteloud en réfère ici aux préparatifs de guerre russes aux frontières de l’Ukraine dans les semaines précédant l’invasion de février 2022.

«Les milieux qui soutiennent l’initiative diraient-ils aujourd’hui qu’une telle concentration de forces constitue des actes préparatoires à une attaque? Ils ne le disaient pas à l’époque»
Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles

L'ambassadeur de Suisse à l'Otan ajoute: «Certes, il ne s’agissait pas d’une attaque directe contre la Suisse, puisque c’est l’Ukraine qui était attaquée, mais cette attaque n’en a pas moins eu des répercussions en Suisse, aujourd’hui tenue de se préparer davantage à l’éventualité d’un conflit et cette initiative lui met des bâtons dans les roues.»

Les sanctions contre la Russie à l'origine de l'initiative

Ce détour par la Russie et l’Ukraine permet à Kevin Grangier de rappeler pourquoi l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» a vu le jour. Cette raison se trouve sous forme allusive dans le texte qui sera soumis au peuple et aux cantons.

«L’initiative a été lancée en octobre 2022, après que le Conseil fédéral eut repris en mars les sanctions économiques de l’Union européenne contre la Russie, consécutivement à l’invasion de l’Ukraine»
Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse

L’UDC avait dit à l’époque tout le mal qu’elle pensait de la reprise de ces sanctions, pareille, selon elle, à un abandon de la neutralité. Le Vaudois Kevin Grangier l'affirme: «L’initiative interdit la reprise des sanctions d’un des belligérants contre l’autre, tout en obligeant notre pays à agir en prenant ses propres mesures de non-contournement. Ainsi, la Suisse respecterait ses obligations d’Etat neutre tout en évitant d’être instrumentalisée par l’un des belligérants.»

Le coordinateur romand de Pro-Suisse n’ignore pas, qu’à l’époque, l’Union européenne aurait pu infliger des sanctions à la Suisse si cette dernière n’avait pas appliqué celles imposées par Bruxelles à la Russie. C’est pourquoi l’initiative de l’UDC et Pro-Suisse dispose que la Suisse n’entend pas être l’Etat qui permettrait à un belligérant d’échapper à des «mesures coercitives non militaires prises par d’autres Etats».

«L’adhésion à des valeurs démocratiques»

L’ambassadeur Jacques Pitteloud ne semble pas plus convaincu par les arguments des initiants au sujet des sanctions.

«La neutralité de la Suisse, c’est aussi l’adhésion à un système de valeurs démocratiques. En appliquant, sur le continent européen, dont la Suisse fait partie, des sanctions communes à un Etat agresseur, le Conseil fédéral se situe pleinement dans les limites de la neutralité politique.»
Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles

Le droit de la neutralité, lui, n’est pas remis en cause par les sanctions de la Suisse visant la Russie, «il est respecté», souligne Jacques Pitteloud.

«Les choses sont très claires en ce domaine. La Suisse n’adhère pas à une alliance militaire, elle ne fournit pas d’armes de sa fabrication à un belligérant plutôt qu’à son adversaire»
Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles

«Il n’y a pas d'accord d’adhésion secret»

A ce propos, l’ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan, ancien colonel dans les grenadiers de chars, souhaiterait que les débats sur la votation du 27 septembre puissent se tenir sur des «prémisses claires».

«Contrairement à ce que laissent entendre ou affirment des partisans de l’initiative, il n’y a aucun accord d’adhésion secret de la Suisse à l’Otan, ni aucune discussion en vue d’un tel objectif. Prétendre cela, c’est dire le contraire de la vérité. Et si la question de l’adhésion devait un jour être posée, ce serait au peuple et aux cantons d’en décider, et non à je ne sais quel comité occulte d’élites complotant contre le peuple, comme on l’entend parfois de la part de personnes qui savent pourtant que c'est faux.»
Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles

Pour Jacques Pitteloud, le défaut principal de l’initiative sur la neutralité est le suivant:

«Elle ôterait des marges de manœuvres et d’appréciation au Conseil fédéral dans un environnement devenu incomparablement plus dangereux depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022»
Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles

Pour Kevin Grangier, au contraire:

«Notre initiative permet de protéger la neutralité, notre bien commun, dans des temps devenus plus incertains»
Kevin Grangier, coordinateur romand de Pro-Suisse
Bienvenue aux «Drag Olympics» à Amsterdam
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Huit blessés dans un grave accident de la route à Steinen (SZ)
Un grave accident de la route s'est déroulé dimanche soir dans le canton de Schwyz. Un enfant se trouve entre la vie et la mort.
Huit personnes ont été blessées dimanche soir dans un accident impliquant deux voitures et une moto à Steinen, dans le canton de Schwyz. Un enfant âgé de neuf ans a subi de graves blessures et ses jours sont en danger.
L’article