Neutralité: l'ambassadeur suisse à l'Otan s'oppose à l'UDC
A l’approche de la votation du 27 septembre, la campagne en faveur de l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» est entrée dans le dur malgré la torpeur estivale. Conçu par l’UDC et l’association Pro-Suisse, tous deux en première ligne de ce combat constitutionnel, un slogan percutant s’affiche ces jours-ci dans les gares et dans les rues: «Pas de guerre. Oui à la neutralité suisse». Il est assorti d’une colombe de la paix tenant un rameau d’olivier.
Le slogan de l'initiative de l'UDC👇
Ce mot d'ordre fait penser aux slogans pacifistes des années 1930 comme à ceux de la guerre froide lors de la crise des euromissiles, quand une partie de la gauche refusait l’installation de missiles Pershing Il américains en Allemagne de l’Ouest en réponse au déploiement de SS-20 soviétiques dans des pays du Pacte de Varsovie, la dissuasion nucléaire battant son plein.
La droite identitaire, agent du pacifisme? Ancien président de l’UDC Vaud et coordinateur romand de Pro-Suisse, Kevin Grangier défend le slogan et la colombe:
Manière de rappeler l’ancrage armé de la neutralité, d’où l’opposition du GSSA, le Groupe pour une Suisse sans armée, au texte de Pro-Suisse porté par l'UDC.
Ne pas faire peur
Alors que le «oui» à l’initiative est crédité de deux points de plus que le «non» – 40% contre 38% – dans un sondage YouGov Suisse publié vendredi dernier, ce n’est pas le moment de faire peur aux indécis. Parmi eux, certains pourraient craindre qu’une neutralité renforcée, telle que proposée par l’UDC et Pro-Suisse, nuise à la sécurité de la Suisse. En effet, le pays ne risquerait-il pas d’affaiblir ses capacités de défense en renonçant à ses partenariats avec des armées amies, comme cela se pratique depuis une trentaine d’années?
La formulation d’un des alinéas de l’article 54 de la Constitution modifié par les initiants sonne à ce propos d’une façon plutôt restrictive:
Kevin Grangier a comme anticipé les craintes. Il se veut rassurant:
Le coordinateur romand de Pro-Suisse tient même pour conformes à la neutralité les accords secrets passés par le général Guisan avec la France en vue d’une défense commune de la Suisse dans le cas où l’Allemagne nazie aurait attaqué cette dernière, un épisode historique qui a fait l'objet d’un article cet été dans Le Temps.
L'initiative de l'UDC et de Pro-Suisse ne dit rien au sujet du développement d’armements avec des partenaires étrangers afin de limiter les coûts de production et d’acquisition. Kevin Grangier l'assure là encore:
L'ambassadeur rappelle l'invasion russe aux initiants
Joint par watson, Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan à Bruxelles, opposé comme le Conseil fédéral et le Parlement à l’initiative soutenue par l’UDC , est dubitatif face aux arguments des partisans du texte.
Jacques Pitteloud en réfère ici aux préparatifs de guerre russes aux frontières de l’Ukraine dans les semaines précédant l’invasion de février 2022.
L'ambassadeur de Suisse à l'Otan ajoute: «Certes, il ne s’agissait pas d’une attaque directe contre la Suisse, puisque c’est l’Ukraine qui était attaquée, mais cette attaque n’en a pas moins eu des répercussions en Suisse, aujourd’hui tenue de se préparer davantage à l’éventualité d’un conflit et cette initiative lui met des bâtons dans les roues.»
Les sanctions contre la Russie à l'origine de l'initiative
Ce détour par la Russie et l’Ukraine permet à Kevin Grangier de rappeler pourquoi l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» a vu le jour. Cette raison se trouve sous forme allusive dans le texte qui sera soumis au peuple et aux cantons.
L’UDC avait dit à l’époque tout le mal qu’elle pensait de la reprise de ces sanctions, pareille, selon elle, à un abandon de la neutralité. Le Vaudois Kevin Grangier l'affirme: «L’initiative interdit la reprise des sanctions d’un des belligérants contre l’autre, tout en obligeant notre pays à agir en prenant ses propres mesures de non-contournement. Ainsi, la Suisse respecterait ses obligations d’Etat neutre tout en évitant d’être instrumentalisée par l’un des belligérants.»
Le coordinateur romand de Pro-Suisse n’ignore pas, qu’à l’époque, l’Union européenne aurait pu infliger des sanctions à la Suisse si cette dernière n’avait pas appliqué celles imposées par Bruxelles à la Russie. C’est pourquoi l’initiative de l’UDC et Pro-Suisse dispose que la Suisse n’entend pas être l’Etat qui permettrait à un belligérant d’échapper à des «mesures coercitives non militaires prises par d’autres Etats».
«L’adhésion à des valeurs démocratiques»
L’ambassadeur Jacques Pitteloud ne semble pas plus convaincu par les arguments des initiants au sujet des sanctions.
Le droit de la neutralité, lui, n’est pas remis en cause par les sanctions de la Suisse visant la Russie, «il est respecté», souligne Jacques Pitteloud.
«Il n’y a pas d'accord d’adhésion secret»
A ce propos, l’ambassadeur de Suisse auprès de l’Otan, ancien colonel dans les grenadiers de chars, souhaiterait que les débats sur la votation du 27 septembre puissent se tenir sur des «prémisses claires».
Pour Jacques Pitteloud, le défaut principal de l’initiative sur la neutralité est le suivant:
Pour Kevin Grangier, au contraire:
