Le franc suisse flirte avec un seuil critique
L’euro est resté plus ou moins stable face au franc ces derniers mois. Pourtant, depuis le début de l’année, il a déjà perdu environ 2% de sa valeur. Mardi, il est même temporairement descendu en dessous de 91 centimes: il valait exactement 90,95 centimes.
Un tel niveau n’a été observé qu’une seule fois dans l’histoire de la monnaie unique européenne: en janvier 2015, lorsque la Banque nationale suisse (BNS) a abandonné le cours plancher de l’euro, provoquant une chute temporaire de la devise.
Une chute historique pour le dollar
A ce moment-là, l’euro était même tombé à 85 centimes. Il avait cependant rapidement rebondi au-dessus de 100 centimes. Actuellement, l’euro se maintient autour de 91 centimes, un niveau historiquement faible.
La situation est différente pour le dollar: la monnaie américaine s’est dépréciée en deux vagues face au franc depuis début 2025.
- Une première fois après que le président américain Donald Trump, lors de son «jour de libération», a imposé des droits de douane élevés au reste du monde, effrayant ainsi les marchés boursiers.
- Une seconde fois depuis le début de l’année 2026, où le dollar a de nouveau chuté, perdant désormais 3% de sa valeur.
Le dollar coûte ainsi nettement moins de 77 centimes. Depuis le début de l’année 2025, il s’est déprécié de plus de 15%. Un cours aussi bas n’a été enregistré qu’en 2011, lorsque le franc suisse s’était globalement apprécié dans le cadre de la crise monétaire européenne.
Des remous géopolitiques causés par Trump
Mais alors, quelles sont les raisons de la nouvelle envolée du franc? A la banque J. Safra Sarasin, l’expert Claudio Wewel cite une série d’événements géopolitiques qui inquiètent les investisseurs et les poussent vers le franc suisse, valeur refuge. Or, ces événements sont presque tous imputables au président des Etats-Unis.
Ainsi, Donald Trump a fait arrêter le président vénézuélien Nicolas Maduro. Il a voulu acheter le Groenland, risquant pour cela une guerre commerciale avec l’Union européenne et n’excluant pas même des moyens militaires. Et il a en outre laissé planer des doutes sur l’indépendance future de la Banque centrale américaine. Récemment, Trump a aussi démontré à quel point les Etats-Unis sont devenus peu fiables sous sa présidence en déclenchant un conflit avec le Canada. Cette fois, à propos d’un pont.
Il s’agit d’un nouvel ouvrage reliant les deux pays, entièrement financé par le Canada. Selon Trump, il ne devrait être inauguré que lorsque ses conditions seront remplies. Sur sa plateforme Truth Social, Trump a exigé que le Canada fasse preuve de «justice et de respect» envers les Etats-Unis et leur cède «peut-être au moins la moitié» de la propriété du pont. Il justifie cette demande par «tout ce que les Etats-Unis ont donné au Canada».
Ce que la BNS pourrait décider de faire
Ces risques géopolitiques ne sont cependant pas les seuls responsables, précise Wewel. Les perspectives en matière de taux d’intérêt ont aussi joué un rôle. Dans la zone euro, la Banque centrale pourrait encore abaisser son taux directeur, actuellement à 2%, ce qui affaiblirait l’euro et renforcerait le franc. En revanche, il est moins probable que la BNS fasse passer son taux en territoire négatif.
Aux Etats-Unis, Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison-Blanche, a annoncé que la croissance de l’emploi pourrait continuer à faiblir. Dans une économie affaiblie, la probabilité que la Banque centrale américaine baisse davantage ses taux directeurs augmente, ce qui affaiblit le dollar et renforce le franc.
Et comment la BNS réagit-elle à un franc fort? Wewel n’exclut pas qu’elle intervienne sur le marché des devises si le cours de l’euro approche la barre des 90 centimes. La BNS achèterait donc des euros, ce qui augmenterait l'offre de francs suisses et affaiblirait ainsi la monnaie.
