Des milliers d'emplois ont disparu en Suisse: que se passe-t-il?
La croissance de l’emploi en Suisse s’est tassée. Entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, seuls 13 850 postes à plein temps nets ont été créés, soit le niveau le plus bas depuis cinq ans et le deuxième plus faible des dix dernières années.
Quelles en sont les raisons? Pour le savoir, nous avons plongé dans les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS) qui publie les chiffres de l’emploi par grandes régions, regroupant plusieurs cantons.
Les suppressions de postes chez UBS
Exprimé en postes à plein temps, le nombre d’emplois a reculé dans trois des sept grandes régions: l’Espace Mittelland (cantons de Berne, Fribourg, Jura, Neuchâtel et Soleure), le canton du Tessin et le canton de Zurich. C’est dans ce dernier que la baisse la plus forte a été enregistrée en chiffres absolus: le nombre de postes à plein temps y a diminué de près de 6100, pour s’établir à un peu moins de 870 000.
Une grande partie de cette perte concerne la ville de Zurich, qui affiche une baisse nette de 4400 postes en l’espace d’un an. Le premier trimestre de cette année a été particulièrement rude: la commune la plus peuplée du pays a enregistré la suppression de 6000 postes à plein temps.
Près de trois ans après l’effondrement de Credit Suisse et son rachat par UBS, les suppressions d’emplois dans la dernière grande banque du pays produisent désormais leurs effets. Et elles devraient se poursuivre ces prochaines semaines et ces prochains mois. Reste à savoir si elles seront compensées par des créations de postes dans d’autres secteurs.
A plus long terme, ce recul ne paraît pas particulièrement dramatique. Entre le premier trimestre 2016 et le premier trimestre 2026, le nombre d’emplois dans la ville de Zurich a progressé de 39,2%. Seule la région lémanique a fait mieux, avec une hausse de 43,5%.
Dans le canton du Tessin et dans la grande région de l’Espace Mittelland, les droits de douane étasuniens ont probablement contribué aux pertes d’emplois. Ils pénalisent notamment l’industrie des machines, très tournée vers l’exportation. A cela se sont ajoutées d’importantes suppressions de postes dans certaines entreprises.
Quels secteurs souffrent le plus en Suisse?
Par rapport au même trimestre de l’année précédente, certains secteurs se distinguent nettement. Pour la première fois depuis 24 ans, le domaine social — par exemple l’animation jeunesse, le conseil en matière d’addictions ou l’aide aux réfugiés — n’a pas enregistré de hausse nette de l’emploi, mais un léger recul. Le secteur de l’hébergement, notamment les hôtels, a lui aussi légèrement réduit ses effectifs.
Le secteur de l’information et de la communication, en plein essor ces dernières années, a diminué son personnel pour le deuxième trimestre consécutif. Cette évolution s’explique notamment par des programmes d’économies dans les filiales de grands groupes américains, comme Meta et Alphabet, mais aussi par la délocalisation de postes vers des pays moins coûteux, comme le pratique Swisscom. Après avoir atteint un niveau record en 2025, les services financiers et d’assurance ont eux aussi inversé la tendance, notamment en raison des suppressions de postes chez UBS.
Le nombre d’emplois continue en revanche de croître sans ralentir dans le secteur de la santé. Depuis 2024, celui-ci compte davantage de postes à plein temps que la construction. Ses effectifs devraient continuer d’augmenter en raison du vieillissement de la population et de la hausse des besoins en soins.
L’administration publique emploie elle aussi toujours plus de personnes et a dépassé en 2025 le secteur informatique et de la communication. La tendance est également à la hausse dans l’éducation et l’enseignement, par exemple chez les enseignants et les employés des universités. A l’avenir, une baisse est toutefois plutôt à prévoir. Depuis 2021, le nombre d’enfants âgés de 0 à 4 ans recule chaque année en Suisse en raison du faible taux de natalité, une évolution que l’immigration ne compense plus. Il devrait donc falloir moins d’écoles à l’avenir.
Quels cantons attirent les entreprises?
L’OFS fournit des données sur le nombre total d’entreprises par canton jusqu’en 2024 inclus. Sur dix ans, un gagnant se distingue: le canton de Vaud a enregistré la plus forte hausse en chiffres absolus, avec un gain net de 10 375 entreprises (+23,0%), pour atteindre 55 534 sociétés. Le canton de Zurich arrive en deuxième position, avec 9585 entreprises supplémentaires (+9,5%), à 109 597, devant le canton de Genève, qui a gagné 6827 entreprises pour atteindre 40 638 (+20,2%). Genève a ainsi dépassé le canton d’Argovie.
Sur dix ans, un seul canton a reculé: Appenzell Rhodes-Extérieures comptait 3991 entreprises en 2024, soit 34 de moins qu’en 2014. En pourcentage, les cantons où le nombre d’entreprises a le moins progressé sont aussi les Grisons (+4,1%), Nidwald (+4,6%) et Obwald (+5,1%). A titre de comparaison, la croissance a atteint 7,0% dans le canton de Berne, 7,5% à Saint-Gall, 8,6% en Argovie et 10,9% à Bâle-Ville. Les cantons de Lucerne (+14,8%), Zoug (+16,4%) et du Valais (+20,8%) ont, eux, progressé plus fortement que la moyenne.
Comment évolue le PIB des cantons?
En 2022, le canton de Zurich a apporté la plus grande contribution au produit intérieur brut (PIB) suisse, avec 21%, dont environ la moitié générée par la ville de Zurich. Venaient ensuite les cantons de Berne, avec 11%, et de Vaud, avec 8%.
La prochaine mise à jour des chiffres aura lieu en octobre. Sur le long terme, les parts des cantons restent toutefois étonnamment stables, et des données plus récentes, notamment zurichoises, laissent penser que la répartition ne devrait guère avoir changé. (trad. hun)
