«La nuit, la police redescend, on est seuls»: ce village romand s'inquiète
Que faisait un jeune de 14 ans dans la rue en pleine nuit? Où étaient ses parents? Dejan, un Serbe de 46 ans, plâtrier de profession, établi depuis six ans à Sainte-Croix (VD), n’a pas de réponses aux deux questions qu’il se pose à l’endroit même où le drame s’est produit, une semaine plus tôt. Mercredi 29 juillet, un garçon de 14 ans aurait frappé un homme de 72 ans, qui aurait chuté lourdement au sol, restant inconscient. Il est depuis entre la vie et la mort.
Ce que l'on sait de l'agression
L’agression a eu lieu peu après minuit, alors que le septuagénaire fêtait l’anniversaire d’un ami à l’une des deux terrasses du café-restaurant El Latino, situé à proximité de la gare. Selon les faits rapportés par 24 Heures, les nombreux passages d’une voiture auraient excédé l’un des convives, qui aurait jeté son verre en direction du véhicule. Une bande serait venue en renfort. C’est à ce moment-là que l’homme de 72 ans aurait reçu deux coups au visage, assénés par l’adolescent en question, depuis incarcéré sur décision du tribunal des mineurs.
Les images enregistrées cette nuit-là par la vidéosurveillance de l'établissement El Latino, confisquées par la police pour les besoins de l’enquête, devraient permettre de répondre à de nombreuses questions.
Ce jeudi 6 août avant midi, Dejan prend un verre sous le toit en bois de la petite terrasse octogonale où étaient attablés la victime et ses amis. Dans un Sainte-Croix un peu éteint par les vacances en cours, le quadragénaire serbe est l'une des figures les plus jeunes aperçues dans la commune. Comme à peu près à tout le monde, le profil de l'agresseur présumé lui échappe. On sait qu'il est de nationalité française et qu'il habite Sainte-Croix.
«La victime est une bonne personne»
«Je connais très bien la victime», assure Jacques, 63 ans, tôlier en carrosserie, rencontré à la terrasse principale du El Latino.
Vêtu d’un maillot du SC Bastia, le club de foot corse, Jacques est assis en face de Stéphane, 54 ans, ancien responsable des conducteurs de bus à Yverdon. La violente agression dont leur localité a été le théâtre sept jours plus tôt les met hors d'eux. Jacques le premier:
Stéphane, physiquement du répondant, élargit le propos au phénomène de la violence:
Ces paroles réveillent un souvenir chez Jacques. «Il y a trois ou quatre ans, un type qui me menaçait d'un couteau a cassé le pare-brise de ma voiture parce qu’il me reprochait de porter le maillot du SC Bastia.» Jacques montre sur son téléphone portable une photo du pare-brise défoncé.
Située à 1000 mètres d'altitude dans le Jura vaudois, Sainte-Croix la périphérique et ses 5139 habitants ne respirent pas la richesse de la riviera vaudoise. La commune attirerait les «cassos», comme s’en désolent Jacques et Stéphane. Entre autres causes, entend-on, des loyers moins chers qu’à Yverdon, et bien moins chers qu’à Lausanne. Bref, abordables pour toutes les bourses, y compris celles qui vivent de l’aide sociale.
«On a tous les cassos sur place»
Croisé à la sortie du café-restaurant du Centre, qui propose ce midi un ragoût d’Argovie aux pruneaux, Paul, 79 ans, ancien restaurateur, fait le même constat: «On a tous les cassos sur place.» Paul pense avoir une partie de l'explication en même temps qu’un début de solution.
Ancien mécanicien de 74 ans, Charly, qui tient compagnie à Paul, repasse par la case «violence».
Christine, droite, élégante, des courses dans le fond d’un cabas, rejoint son appartement situé dans un quartier populaire de Sainte-Croix. Cette femme de 70 ans ne s’en cache pas. Elle vote UDC, le parti du syndic. Et parfois PS, sur les questions sociales. Elle a dit «oui» à la 13e rente AVS, elle dira «oui» à l'initiative sur la neutralité soutenue par l'UDC. Elle aussi se plaint que la police n’est plus là tout le temps.
Mais elle nous parle de sa vie et de sa vision de Sainte-Croix:
Joint par téléphone depuis le parc où des «cassos» viennent paraît-il dès la fin de l'après-midi passer le temps, le syndic Yvan Pahud annonce qu’il va présenter cette année encore une demande de financement pour équiper Sainte-Croix en caméras de vidéosurveillance, conformément à une demande du législatif de la commune. Après avoir exprimé publiquement, ce mercredi, le souhait de voir sa petite ville à nouveau dotée d’un poste de police permanent, il dit n’avoir toujours pas obtenu de réponse de Vassilis Venizelos, le chef du Département cantonal de la sécurité.
