Voici où le risque de crue est le plus élevé en Suisse
En juin 2024, des crues soudaines ravageaient le nord du Tessin et le Valais, faisant plusieurs victimes. Trois ans plus tôt, lors d'un été marqué par de précipitations record, les eaux dévastaient le village de Cressier (NE), endommageant 70 habitations et une trentaine de véhicules. Ces quelques exemples montrent à quel point les inondations sont fréquentes en Suisse. Elles constituent même le principal risque climatique auquel notre pays est confronté, selon une récente étude de l'Université de Neuchâtel.
Depuis les années 1970, la fréquence et l’intensité des crues fluviales ont nettement augmenté, et les projections indiquent que cette tendance ne va pas s'inverser. En cause: le réchauffement climatique, mais également des facteurs tels que la croissance démographique ou l’urbanisation, qui renforcent l’exposition de la population à ce genre de dangers.
Les cartes de dangers élaborées par les autorités permettent déjà d'identifier les zones à risque. Pourtant, ces outils ne sont pas systématiquement croisés avec la répartition de la population sur le territoire national, avance l'étude. Le nombre de personnes effectivement concernées est, par conséquent, moins bien connu, ajoute-t-on.
C'est précisément ce que la recherche, réalisée dans le cadre d'un travail de master, vise à découvrir. Pour ce faire, son autrice a croisé deux types de cartes: celle des zones à risque, et celle représentant la distribution spatiale de la population. Six cantons ont été sélectionnés, deux pour chaque grande région helvétique: les Alpes (Valais et les Grisons), le Plateau (Genève et Zurich) et le Jura (le Jura et Neuchâtel).
Toutes les régions sont concernées, mais...
Les résultats restituent une image très contrastée. C'est dans les Alpes que le danger est le plus important. «Cela s'explique en partie par la topographie de ces régions», indique à watson Dania Gerber, l'autrice de la recherche. «En Valais, par exemple, les rivières de montagne descendent vers les vallées et se jettent dans le Rhône, l'alimentant». C'est là où se concentre la majorité de la population et des infrastructures du canton.
Sur la base de ses calculs, Dania Gerber a estimé que près de 24% de la population valaisanne vit dans des zones à risque élevé d’inondation. Cela représente environ 90 000 individus, soit un nombre plus important que dans n'importe quel autre canton analysé. Dans les Grisons, ce pourcentage est d'environ 20%, et le nombre d'individus concernés se monte à quelque 38 000.
Les cantons du Plateau présentent des pourcentages nettement plus faibles, malgré une population totale plus élevée: à Zurich et Genève, seuls 2,7 et 6,6% des habitants sont concernés. Dania Gerber explique: «Les populations vivant le long des grands lacs sont généralement peu concernées par le risque d'inondation», lequel touche principalement les personnes résidant autour de fleuves et rivières. La chercheuse précise:
Le barrage du Seujet, situé à la sortie du Léman à Genève, et celui du Platzspitz à Zurich, permettent notamment de contrôler le niveau des lacs respectifs et de réguler les débits des rivières associées, illustre l'étude. Il est intéressant de remarquer que, malgré des pourcentages faibles, le nombre absolu de personnes vivant dans une zone à risque est assez élevé dans ces deux cantons: il s'élève à 33 000 à Genève et à près de 44 000 à Zurich.
Finalement, les cantons du Jura présentent des valeurs intermédiaires, à savoir 17,4% pour le Jura et 5,6% pour Neuchâtel. «Dans le Jura, le risque est surtout lié aux cours d'eau», précise Dania Gerber. En effet, la population y est majoritairement répartie le long de rivières susceptibles de déborder rapidement.
Les choses vont empirer
En définitive, l'ensemble des grandes régions suisses sont concernées par le risque d'inondation, résume l'étude, bien que la part de population exposée varie largement d'un canton à l'autre. Les différences observées par l'étude pourraient toutefois s'estomper avec le temps.
«A l'heure actuelle, on peut affirmer que les zones alpines soient les plus dangereuses et les premières touchées par le risque d'inondation», relève Dania Gerber. Elle ajoute:
La crise climatique intensifiera ces risques et de nouveaux émergeront, conclut la recherche. «Les événements extrêmes se produiront plus souvent, gagneront en violence et surviendront dans des régions jusque-là épargnées et à des saisons inhabituelles».
