La Suisse a pris une mesure inédite pour protéger ses soldats des espions
Lorsque des soldats apparaissent aujourd’hui dans des vidéos officielles de l’armée ou à la télévision, leur plaquette nominative reste désormais généralement vierge. L’armée va encore plus loin avec les pilotes de drones. Une illustration en a été donnée le 18 mai, lorsque les médias ont pu assister, sur la place de tir de Wichlen, à Elm (GL), à une démonstration de l’intégration de drones d’attaque dans les formations de combat de l’armée suisse. Tous les pilotes de drones avaient le visage dissimulé sous un masque de camouflage.
La guerre en Ukraine a renforcé l’importance de telles mesures de protection. Elle a montré que les sources ouvertes et la reconnaissance faciale assistée par l’intelligence artificielle pouvaient fournir des informations exploitables aux services de renseignement adverses. Les noms figurant sur les uniformes peuvent par exemple être lus sur des photos ou des vidéos, puis recoupés avec les réseaux sociaux. Les pilotes de drones sont, quant à eux, considérés comme du personnel particulièrement sensible, car ils constituent des cibles privilégiées pour les services de renseignement ennemis.
Autrement dit, les militaires identifiables et les pilotes de drones peuvent devenir la cible de menaces, de tentatives d’hameçonnage ou de campagnes de propagande. C’est précisément ce que l’armée cherche à empêcher avec ces mesures. Mathias Volken, porte-parole de l’armée, explique:
L’armée a toujours accordé une certaine importance à la protection de ses infrastructures, de ses moyens et de ses troupes. Depuis des décennies, elle applique à cette fin la règle mnémotechnique militaire Tozza. Celle-ci impose de traiter avec retenue les informations concernant les troupes, les lieux, les horaires, les effectifs et les missions. «Cette règle reste pleinement valable», précise Mathias Volken. Lors de manifestations publiques, certains moyens d’engagement ou systèmes informatiques ne sont par ailleurs pas présentés pour des raisons de sécurité.
Des mesures sur 60 sites militaires suisses
La menace s’étant aggravée, la protection des infrastructures militaires, des moyens et des troupes revêt «une importance accrue», souligne Mathias Volken. Le Conseil fédéral en est lui aussi conscient. Il prévoit ainsi d’investir 100 millions de francs l’an prochain afin de renforcer la sécurité sur plus de 60 sites militaires. Il est notamment prévu d’améliorer les clôtures, la vidéosurveillance et les contrôles électroniques des accès, ainsi que d’aménager des locaux sécurisés.
Autre mesure: mercredi, le Conseil fédéral a décidé d’améliorer la protection de l’armée contre l’espionnage et le sabotage. La police militaire doit désormais pouvoir prendre des mesures préventives et urgentes afin de déterminer, lors d’incidents survenus dans des circonstances peu claires, si des faits susceptibles de relever du droit pénal ont été commis. Ces modifications de la loi militaire doivent permettre de préserver des éléments de preuve, de mener de premières auditions et de réunir les conditions nécessaires à l’ouverture d’une procédure pénale militaire. (trad. hun)
