«Les hackers russes sont rentrés comme dans une Migros à 10h le matin»
C'est une des parties de la guerre secrète de Vladimir Poutine dont Berne aimerait ne pas entendre parler: les actions russes sur le sol suisse. Les méthodes? De l'espionnage par drones, des cyberattaques et de la désinformation.
Selon un récent documentaire de Temps Présent de la RTS, le régime russe a fait de notre pays un de ses terrains de jeux favoris pour sa «guerre hybride». Car pour Poutine, la neutralité suisse n'est rien d'autre qu'un mythe et notre pays, aligné face à lui avec le reste de l'Occident, est devenu une cible.
Les drones
Une «centaine de vols de drone suspects» ont été recensés en 2025, note l'émission phare de la RTS. L'année dernière, l'aviation civile a également reçu 104 appels de «citoyens inquiets» concernant des survols de drones dans le ciel suisse. Le chiffre réel est donc certainement beaucoup plus élevé.
Le canton d'Argovie a notamment été visé. Une importante installation électrique à Laufenbourg, «plaque tournante du réseau électrique européen», a ainsi été survolée par plusieurs drones non identifiés en octobre 2025. Le site, d'importance stratégique, relie plusieurs pans des réseaux électriques suisses, français et allemands. Le survol de cette «infrastructure critique» est normalement interdit.
D'autres drones ont été aperçus dans la région. La police argovienne relate huit incidents en deux ans qui sont «reliés à des services de renseignement étrangers».
Il faut dire qu'il est difficile d'empêcher ces survols: les drones militaires ou certains drones modulés peuvent passer les détecteurs conçus pour les drones civils. Résultat: un site d'importante comme Genève-Aéroport a même renoncé à disposer d'un radar anti-drones, considérant que celui-ci était inutile.
«Déni plausible»
Des drones entre «deux et trois mètres d'envergure» ont été aperçus dans le ciel argovien et pris en photos par un civil. Ils pourraient avoir été lancés depuis la frontière allemande, située non loin. Problème?
Et même quand c'est le cas, il est souvent impossible de remonter à la source. Selon Michael Leupold, plusieurs individus ont été attrapés, mais leur employeur n'a pas pu être formellement identifié.
S'il s'agit sans doute des renseignements russes et chinois, il est impossible de le savoir avec certitude. On parle alors de la méthode du «déni plausible», estime Temps Présent: sans preuve directe de sa présence, Moscou peut nier toute action à l'étranger et continue à agir sous le radar.
Les cyberattaques
L'année dernière, au moins une dizaine de serveurs informatiques suisses ont été mis hors d'état par des hackers russes. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a ainsi évoqué à Temps Présent qu'une «guerre hybride» était en cours sur notre territoire et que les infrastrucures sensibles suisses étaient visées, notamment par des cyberattaques. Sans citer de nom, il évoque simplement la «partie adverse».
Depuis août 2025, plus de «260 attaques contre des infrasctures critiques ont été signalées à l'Office fédéral de la cybersécurité». Les cibles? La finance, les médias, les administrations publiques, le secteur du transport, mais aussi des hôpitaux.
Ces deux dernières années, les municipalités de Vevey, Sierre et Davos ont ainsi été touchées, mais aussi l'aéroport de Zurich. Certaines infrastructures, comme les barrages, désormais contrôlées à distance via le net, constituent également des cibles pour un possible hacking.
Plusieurs pans des autorités suisses, tant cantonales que fédérales, se préparent à une possible cyberattaque, un blackout, ou une attaque sur une infrastructure sensible. Mais la Suisse n'est toutefois pas forcément la première visée:
(acu)
