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L’école sans notes échoue à cause du système de sélection Suisse

Image: Keystone
Alors que les pédagogues se demandent si les notes sont vraiment utiles à l’école, on assiste à un assouplissement progressif du système d’évaluation rigide. Mais le système éducatif suisse ne pourra probablement jamais se passer complètement des notes.
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16.06.2021, 17:3517.06.2021, 06:59
Sarah Serafini
Sarah Serafini
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C’est un sujet qui occupe toujours la politique de l'éducation: l’école sans notes. Ne serait-ce pas mieux de libérer les élèves de la pression de la performance et de les motiver à apprendre en jouant? L'apprentissage axé sur la performance est-il toujours adapté à notre société actuelle ou s'agit-il d'un concept dépassé?

Il existe depuis longtemps des exemples d'écoles privées qui fonctionnent sans notes ni bulletins de notes. Parmi les plus connues figurent les écoles Montessori et Rudolf Steiner. Les progrès d'apprentissage ne sont pas évalués par des chiffres, mais par des discussions et des rapports écrits. Certaines écoles primaires publiques expérimentent également de nouvelles formes d'évaluation. Dans l'école secondaire de Seehalde, les élèves fixent leurs propres objectifs d'évaluation. Ils essaient de les atteindre à leur propre rythme et avec tout le soutien dont ils ont besoin de la part des enseignants. Ce modèle s'appelle «SOL» (selbstorganisierte Lernen) et se concentre sur l'apprentissage organisé individuellement par les élèves.

«Les notes ont une influence négative sur le processus d'apprentissage»

Philippe Wampfler aimerait voir plus de projets comme celui-ci. Le professeur d'allemand à l'école cantonale d'Enge et chargé de cours en didactique des disciplines à l'Université de Zurich est un défenseur engagé de l'enseignement sans notes. Pour lui, c'est «la clé pour améliorer les écoles à long terme». Il écrit actuellement un livre sur le sujet, qui sera publié en automne.

«Les notes font que les enfants et les adolescents se désintéressent du sujet, choisissent des tâches plus faciles et deviennent superficiels dans leur apprentissage»
Philippe Wampfler, professeur et chargé de cours à l'Université de Zurich

L'année dernière a justement montré que l'on pouvait se passer des notes et des bulletins, affirme Wampfler. Étant donné qu’une grande partie de l’enseignement s’est déroulée à distance, de nombreuses écoles ont renoncé aux notes. Comme il se rend souvent en Allemagne, il a pu constater la pression exercée sur les élèves, contrairement à la Suisse: « Lorsque les cours en présentiel ont repris, les évaluations ont immédiatement été rattrapées». Il trouve regrettable que les évaluations représentent le cœur du système, un simple chiffre par lequel une performance est déclarée.

La science nous apprend que les notes ont une influence négative sur le processus d'apprentissage. «Les notes font que les enfants et les adolescents se désintéressent du sujet, choisissent des tâches plus faciles et deviennent superficiels dans leur apprentissage», déclare Wampfler. Alors qu'en fait, l'apprentissage est quelque chose d'humain et de simple. «L’apprentissage a une fonction de récompense interne. C’est en pouvant faire quelque chose de mieux par après ou en pouvant changer mon comportement que je suis motivé pour apprendre». Mais à l'école, l'apprentissage est associé au stress, à l'anxiété et à la pression. Les enfants apprennent parce qu'ils doivent apprendre pour avoir de bonnes notes. C’est pourquoi Wampfler est d’avis qu’il faut supprimer les notes pour un meilleur apprentissage.

De grosses différences au niveau cantonal: à partir de quand faut-il noter?

Le thème des notes et de l'évaluation est toujours présent à l'esprit des enseignants, déclare Dagmar Rösler, présidente de l’organisation des enseignants suisses. La question n'est pas seulement de savoir si les notes sont utiles ou non, mais aussi de savoir comment elles sont établies.

«Par exemple, il est généralement peu judicieux, d'un point de vue pédagogique, de se contenter de prendre la moyenne des notes des évaluations pour la note du bulletin», explique Rösler. D'autres formes d'évaluation devraient également pouvoir être incluses dans le bulletin. «Mais les discussions à ce sujet sont toujours très controversées et on n’arrive jamais à trouver un accord», dit-elle. En fin de compte, il en va moins de la méthode la plus sensée d’un point de vue pédagogique, il s’agit plus de politique. «La décision concernant le niveau auquel les notes doivent être établies est généralement prise par les parlements ou gouvernements cantonaux.»

Cela entraîne des différences importantes dans les écoles primaires suisses. Dans les cantons d'Argovie, d'Appenzell Rhodes-Intérieures, de Fribourg, de Saint-Gall, de Schwyz, du Valais, de Zoug et de Zurich, les enfants reçoivent des bulletins scolaires dès la deuxième année. Dans d'autres cantons, à partir de la troisième ou quatrième année, et dans le canton de Neuchâtel, pas avant la sixième année. C’est à Glaris et à Soleure que les écoliers sont évalués le plus tôt. Là-bas, les bulletins de notes sont déjà distribués aux élèves de première année.

Le canton de Soleure supprime les notes pour les élèves de 1ère et 2ème année

Cependant, le canton de Soleure n’a pas eu que des bonnes expériences à ce sujet ces dernières années. C'est pourquoi il envisage de supprimer les notes des première et deuxième années primaires dès l'année prochaine. Mathias Stricker, président de l'association des enseignants de Soleure, est fortement impliqué dans ce changement. «On doit voir le changement sur dix ans», dit-il. En 2010, les notes ont été introduites à l'école primaire après une proposition de l'UDC. La décision a été prise contre la volonté du corps enseignant.

«Nous avions un système qui a fait ses preuves, avec des objectifs d'apprentissage et nous nous sommes bien débrouillés sans notes à l'école primaire.»

«Le fait que la proposition ait été approuvée par le conseil cantonal nous a surpris et déçu», déclare Stricker. Selon lui, de nombreuses personnes ne sont pas satisfaites depuis ce changement. C’est pourquoi il a choisi de revenir sur cette décision. Stricker est content que l'objectif soit maintenant à portée de main. Il pourrait également imaginer de supprimer les notes aux niveaux supérieurs. «Parce que je pense que l'on peut évaluer de manière plus attentive et plus encourageante sans notes», affirme-t-il. Mais une école sans notes est un souhait qui reste lointain. Et qui se heurterait à beaucoup de résistance.

«Les notes sont associées à une grande injustice», déclare Katharina Maag Merki, professeure de pédagogie à l'Université de Zurich. L'un des problèmes est de comparer des évaluations entre une classe, une école ou un canton. «Voici un exemple: à l'école A, une élève reçoit la note 4 en mathématiques dans son bulletin; à l'école B, un élève reçoit la note 5 dans la même matière, alors qu'ils ont tous les deux les mêmes résultats dans l’évaluation. L'élève de l’école A a donc moins de chances que l'élève de l'école B. Bien que cette élève ne soit pas capable de faire plus, son résultat dépend des critères d'évaluation de sa classe, plus sévères.»

Tant qu’il y aura une sélection, on aura besoin de notes

Selon Maag, c’est la raison pour laquelle la suppression des notes est une demande sans espoir.

«Le système scolaire suisse se base sur la sélection. Et tant qu'il y aura une sélection, on aura un besoin de notes. Elles sont la monnaie de ce système»
Katharina Maag Merki, professeure de pédagogie à l'Université de Zurich

Cependant, les évaluations ont encore une autre fonction: elles donnent aux élèves une indication de ce qu'ils maîtrisent et de ce qu’ils doivent apprendre davantage. Mais des retours différents sont importants, ils devraient indiquer aux élèves ce qu’ils peuvent améliorer. «Si les enfants sont simplement notés sur un chiffre sans leur dire ce qu'ils ont bien fait et où il y a des erreurs, le processus d'apprentissage ne fonctionne pas», dit-elle. Les notes ne doivent pas être considérées uniquement comme un moyen de sélection, mais aussi comme une aide aux élèves pour progresser dans leur apprentissage.

Maag est convaincue que beaucoup de choses pourraient déjà être accomplies si la sélection se faisait plus tard. «Actuellement, c'est après la 6ème année que l'on décide de la voie que prendront les enfants. Dans d'autres pays, cette transition se fait plus tard.»

L'accent mis sur la sélection est très fort en Suisse, et la décision prise à l'âge de 12 ans a un impact important sur le reste de la vie de l'enfant. De nombreuses études l'ont montré. «Si nous pouvions repousser de deux ou trois ans seulement le passage de l'école primaire à l'école secondaire, cela permettrait d'accroître l'égalité des chances», affirme-t-elle.

Article traduit de l'allemand par Anne Castella

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