«Il faut agir vite»: ce fabricant d'armes met la pression sur la Suisse
L'entrée ressemble à la procédure d'avant un match de football important. Chaque visiteur et visiteuse doit ouvrir son sac à dos. Ensuite, ils subissent une fouille corporelle complète à la recherche d'objets interdits.
Une fois le contrôle d'entrée passé, on se retrouve à l'intérieur d'Eurosatory, le plus grand salon mondial de la défense terrestre et aérospatiale à Paris où 2600 entreprises de 68 pays exposent sur 185 000 mètres carrés. On peut notamment y voir le système de défense antiaérienne franco-italien Samp/T New Generation de longue portée, dont la Suisse examine actuellement l'acquisition en complément ou même en remplacement des cinq systèmes Patriot provenant des Etats-Unis.
Pour rappel, la livraison de ces derniers est retardée jusqu'en 2034, et de plus, le prix a doublé, passant de 2,3 à 4,6 milliards de francs.
Si la décision n'est pas encore mûre, des représentants de l'Office fédéral de l'armement (Armasuisse) se sont informés sur le Samp/T mercredi et jeudi à Eurosatory lors de «discussions actives». Mais ils discutent également avec les fabricants des quatre autres systèmes de défense antiaérienne encore en lice
La question centrale avec le Samp/T pour la Suisse
L'élément décisif pour la Suisse est: quand Eurosam peut-il livrer les premiers Samp/T? Car le temps presse. Avec la guerre des Etats-Unis en Iran, les conditions ont fondamentalement changé et les Etats-Unis font face à des difficultés de livraison massives pour les systèmes Patriot. Ce qui a conduit aujourd'hui plus d'une douzaine d'Etats européens à vouloir se rabattre sur le système de défense antiaérienne Samp/T.
Jérôme Dufour, secrétaire général d'Eurosam, explique:
Si Armasuisse signait le contrat en octobre 2026, la Suisse recevrait donc ses premiers systèmes à partir de novembre 2029.
L'homme laisse clairement entendre qu'il y a urgence. Celui qui signe en premier sera livré en premier:
C'est aussi l'avis de Cyprien Canivenc, directeur commercial d'Eurosam. Il ouvre cependant une porte intéressante: «Si la Suisse conclut un contrat encore cette année, nous pourrions garantir les premières livraisons en 2028 ou 2029.» Il serait alors envisageable qu'un système arrive en Suisse dès 2028.
Pour les profanes, il n'est pas facile de comprendre quelle entreprise est responsable du Samp/T. Trois groupes sont coresponsables: MBDA, le plus grand fabricant européen de missiles, et Thales, le fabricant de radars, ont fondé Eurosam spécifiquement pour le développement du système de défense antiaérienne Samp/T. Via MBDA, cinq Etats européens sont impliqués industriellement.
Chaque système Samp/T se compose de trois éléments: le système d'engagement, le radar et le lanceur pour les missiles guidés.
Le système d'engagement
L'élément central du Samp/T réside dans le module de commandement et de conduite. Il est issu de chez Thales. Le système d'engagement signale les menaces et suggère comment les combattre. «La décision finale appartient toutefois toujours à un être humain», précise Arnaud Rousset, vice-président au sein du groupe d'armement MBDA et responsable pour l'Europe. «C'est essentiel pour nous.» Le système peut gérer plusieurs dizaines de menaces simultanément: missiles balistiques, missiles de croisière, avions de chasse et hélicoptères.
Le module radar
Thales fournit également la technologie radar. Le radar a une portée de surveillance de 350 kilomètres. Il peut détecter et suivre simultanément 1000 cibles potentielles.
Le lanceur et les missiles
Le lanceur et les missiles guidés proviennent de MBDA. Un système se compose de six lanceurs mobiles qui propulsent les missiles Aster dans l'espace aérien. Les Aster sont des missiles de défense antiaérienne européens avec propulsion par fusée et systèmes de guidage, développés pour intercepter des avions, des drones, des missiles de croisière et des missiles balistiques. Le nouveau missile Aster B1 NT est considéré comme le fleuron du groupe.
L'autodirecteur identifie précisément une cible spécifique, même lors d'une attaque complexe impliquant plusieurs cibles. Ils seront prochainement introduits au sein des troupes françaises et italiennes.
L'aptitude au système de milice de l'armée suisse
Il n'est pas nécessaire d'avoir une armée de métier pour utiliser le Samp/T. Le système est «explicitement adapté aux forces armées dans lesquelles servent des soldats de milice», souligne le responsable pour l'Europe. De plus, le système fonctionne aussi bien par grande chaleur que par températures très basses. Enfin, le déploiement et l'exploitation ne nécessitent que peu de personnel: quinze militaires installent une unité relativement rapidement. Trois personnes contrôlent ensuite l'espace aérien durant un tour de service
Eurosam, Thales et MBDA entrent dans une nouvelle ère avec le Samp/T, affirme Arnaud Rousset. «Il y a actuellement de très nombreuses demandes et un grand intérêt.» Est-ce parce que de plus en plus d'Etats européens veulent s'éloigner des systèmes Patriot?
Le Danemark en est un exemple. Le pays a choisi le Samp/T au détriment du produit étasunien Patriot. «La décision était fondée techniquement et opérationnellement.» La Belgique, le Luxembourg, la Roumanie et la Grèce sont également intéressés par le Samp/T, comme nous le confirme le responsable de MBDA.
En raison de la demande, MBDA augmente actuellement massivement ses capacités de production. Reste la question de savoir si les systèmes Samp/T pourraient soudainement coûter deux fois plus cher, comme les systèmes Patriot? Sur ce point, Arnaud Rousset est catégorique:
Et qu'en est-il de l'inflation? «Si l'on exige de nous un prix ferme qui couvre aussi l'inflation, nous assumons ce risque», affirme-t-il. «Nous savons comment calculer l'inflation.» Une remarque du secrétaire général Jérôme Dufour interpelle toutefois:
Puis, après des heures, les portes d'Eurosatory se ferment pour la journée. A nouveau, la scène ressemble à celle d'après un match de football important: des foules de gens obstruent l'accès à la gare du Parc des Expositions. La raison est triviale: la canicule à Paris paralyse les transports régionaux. (trad. hun)
