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«Journalistes en ligne de mire» raconte l'enfer de Gaza

journaliste en ligne de mire
«Journalistes en ligne de mire», réalisé par Shrouq Aila, sera projeté ce samedi 29 novembre au festival Palestine filmer c'est exister à Genève.

Des journalistes racontent comment ils sont «pris pour cibles» à Gaza

Journalistes en ligne de mire, réalisé par la Gazaouie Shrouq Aila, sera projeté ce samedi 29 novembre au festival «Palestine filmer c'est exister» à Genève, suivi d'une table ronde. Tourné en 2024, le documentaire rassemble les témoignages de quatre journalistes palestiniens sur leur quotidien en temps de guerre.
29.11.2025, 18:5129.11.2025, 18:51

Les premières images de «Journalistes en ligne de mire» ne trompent pas, des bombardements, puis une succession de personnes portant les gilets de presse sur des brancards, des cris, des pleurs, des corps d'enfants dans des linceuls et l'omniprésence des gilets presse abîmés voire ensanglantés sur les images. Le ton est donné, exercer le métier de journaliste à Gaza n'est pas seulement dangereux, c'est aussi une condamnation à mort. Que vivent les journalistes à Gaza? Pourquoi continuent-ils à couvrir cette guerre? Qu'ont-ils perdu?

Shrouq Aila témoigne face caméra. Veuve du journaliste Rushdi Sarraj, collaborateur entre autres du Monde et de Radio France, tué dans leur maison, elle raconte comment sa vie a basculé après le 7 octobre 2023. Elle donne aussi la parole à la photographe Mariam Abu Daqqa, morte en août 2025 lors d’une frappe sur l’hôpital Nasser à Khan Younis, à la journaliste Shorouk Shaheen, correspondante pour la télévision syrienne et au réalisateur Fayez Qreqea. Leurs récits dressent le portrait d’un quotidien devenu insoutenable après plus de deux ans de guerre.

«Dans ce génocide, j'ai perdu ma source de sécurité et de sureté, mon ami, compagnon et mari, le journaliste Rushdi Sarraj. Nous avons été pris pour cible dans la maison familiale»

C'est par ses mots que Shrouq Aila, mère d'une petite fille et veuve du journaliste Rushdi Sarraj, s'exprime face caméra. La réalisatrice, assise, portant un gilet de presse balistique, raconte les événements marquants de sa vie après le 7 octobre 2023.

Palestine, filmer c'est exister
Depuis 2012, le festival Palestine: Filmer c’est exister se tient chaque année à Genève. Son objectif est de donner une visibilité au cinéma palestinien, que cela soit à travers de films documentaires ou de fiction. Le festival veut offrir un regard sur la réalité, l’histoire et les luttes du peuple palestinien. Il entend stimuler le dialogue et la compréhension en Suisse romande sur des thèmes comme l’occupation, l’exil, la mémoire, la culture palestinienne, la résistance et les questions sociales.
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Dans le documentaire se succèdent les témoignages de trois de ses compatriotes, assis face caméra, avec, en arrière-plan, les ruines de Gaza. Contrairement aux images d'accroche, on comprend que seul leur récit constituera ce film. Les visages sont dignes et les paroles sont claires. Interrogé sur ce qu'il a perdu, Fayez Qreqea prend le temps de réfléchir:

«La première chose que nous avons perdue, c'est une grande partie de nous-mêmes, de nos âmes»
Fayez Qreqea, réalisateur gazaoui

Tous décrivent une insécurité constante : hôpitaux bombardés, tentes de déplacés frappées, maisons détruites, civils visés par des drones.

«Quand il y a des bombes qui tombent à proximité, tu sens que ta présence ne suffit pas à protéger tes enfants»
Shrouq Aila, réalisatrice
Shrouq Aila, réalisatrice
Shrouq Aila, réalisatrice et veuve du journaliste Rushdi Sarraj

Les mots sont parfois difficiles à trouver pour ces professionnels des médias. La photographe Mariam Abu Daqqa se laisse submerger par l'émotion en évoquant le départ de son fils de 13 ans pour les Emirats arabes unis «pour fuir Gaza» et la mort de sa mère.

«Elle s'inquiétait toujours pour moi, surtout à cause du ciblage des journalistes. Mais après son décès, j'ai cessé d'avoir peur pour moi-même, parce que celle qui se souciait de moi n'était plus là.»
hommage de MSF à une journaliste gazouie tuée
Mariam Abu Daqa a témoigné en 2024, elle a été tué en août 2025 dans un bombardement israélien. MSF lui a rendu hommage.

«Je ne photographiais pas vraiment»

Les récits s'enchaînent et les souvenirs traumatiques aussi, le réalisateur Fayez Qreqea évoque la vision du corps d’une jeune fille aux mains liées, exécutée d’une balle dans la tête. Puis l’explosion de l’hôpital Al-Ma'madani, où s’était réfugiée une grande partie de sa famille :

«J'ai jeté ma caméra dans la voiture. J'ai couru à travers les flammes pour sauver ce qui restait de ma famille. Je découvrais mes cousins gisant sur le sol»
Fayez Qreqea

Mariam Abu Daqqa, raconte, elle, être hantée par la mort des enfants et la douleur de leur mère. Elle explique qu'elle a pris de nombreuses fois des photos de mères endeuillées.

«J'ai beaucoup pleuré, mais en tant que journaliste, je dois me maîtriser, j'ai mis l'appareil photo devant mes yeux, mais je ne photographiais pas vraiment»
Mariam Abu Daqqa, photographe

Le documentaire ne montre pas d'images de victimes, laissant les récits suffirent à eux-mêmes.

Où est la presse internationale?

Interrogée sur la couverture médiatique, Shorouk Shaheen lance un appel:

«Nous avons besoin des médias arabes et internationaux pour continuer à couvrir les évènements et à dénoncer les crimes israéliens et le comportement de l'armée israélienne»

Son confrère Fayez Qreqea est beaucoup plus direct, dénonçant «le manquement important dans la couverture de la presse internationale à Gaza», il poursuit en expliquant que c'est le reproche majeur qu'il fait à la presse étrangère. «Nous, journalistes, sommes ciblés et tués, nos familles, nos bureaux et nos voitures sont ciblés. Si la presse internationale était avec nous, il pourrait y avoir une certaine protection», précise-t-il.

La réalisatrice du documentaire Shrouq Aila conclut son documentaire en souhaitant que la couverture médiatique sur Gaza ne s'arrête pas avec le cessez-le-feux, mais qu'elle s'intéresse aussi aux conditions de survie de la population après la guerre.

«La fin des massacres ne signifie pas la fin du siège ou de l'occupation, cette lutte est existentielle, jusqu'à ce que la Palestine soit libre»

Shrouq Aila enlève alors son gilet presse, comme pour se libérer d'un fardeau symbolique. Le générique rend hommage à Maryam Abu Daqa, tuée le 25 août 2025 lors de bombardement israélien sur l'hôpital Nasser à Khan Younis, laissant son fils orphelin. S'en suit une longue liste des femmes journalistes gazaouies tuées sur le terrain ou chez elles avec leur famille.

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