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Pierre Maudet en 2017, alors rayonnant en candidat du PRD au Conseil fédéral.
Pierre Maudet en 2017, alors rayonnant en candidat du PRD au Conseil fédéral.Image: Keystone

Pierre Maudet face au dimanche de sa vie

Condamné le 22 février (il entend faire appel), Pierre Maudet, 43 ans, la politique aux tripes, part ce 7 mars à la reconquête de son siège au Conseil d'Etat genevois. Des proches et une psy se penchent sur son cas et imaginent la suite. Des fois que...
05.03.2021, 12:0416.03.2021, 06:56

L’honneur sali d’un capitaine

Image: KEYSTONE

Pierre Maudet s’approche de ce moment de vérité qui lui aura si souvent souri: le suffrage universel. Mais, qui cette fois-ci, l’enverra peut-être au purgatoire. Son seul échec, en politique, fut sa non-élection au Conseil fédéral, en 2017, devant les Chambres, mais en l’absence du peuple. Maudet, l'ami du peuple. Notre radical genevois, démissionnaire du Conseil d’Etat en octobre dernier, entend jouer l’onction populaire contre la décision judiciaire. Condamné le 22 février à 300 jours-amende avec sursis, ainsi qu’à devoir verser 50 000 francs à l’Etat de Genève pour son voyage en famille en 2015 à Abu Dhabi tous frais payés par le cheikh émirati, l’ex-conseiller d’Etat, qui a dit son intention de faire appel du jugement, se présente à sa succession après une brève interruption de mandat.

Capitaine à l’armée dans les troupes de sauvetage, emploi prédestiné, réussira-t-il à se sauver d’un possible désastre électoral? Son honneur sali par une condamnation, qu’il conteste, sera-t-il en partie lavé dimanche à midi, au plus tard le dimanche 28 mars, dans cette élection complémentaire qui pourrait être le tournant de sa vie?

L'ombre de Sarkozy

Il avait 26 ans. Le 28 novembre 2004, au Parc des expositions du Bourget, membre d’une délégation radicale venue de Suisse, où l’on trouvait à ses côtés le vice-président du PRD Léonard Bender, le futur conseiller d’Etat genevois François Longchamp, ainsi que le président de la radio Rhône FM, Adolphe Ribordy, figure du radicalisme valaisan, décédé le 30 janvier dernier, Pierre Maudet, alors conseiller municipal de la Ville de Genève, assistait admiratif à l’élection triomphale de Nicolas Sarkozy à la tête du parti UMP (devenu LR).

Voilà que celui qui fut un modèle pour le jeune Padawan radical est condamné, dix-sept ans après, en première instance également, à trois ans de prison, dont un ferme, pour corruption. Les cartomanciennes y verront sans doute un signe. Bon ou mauvais? Les runes, pardon, les urnes parleront ce dimanche dans le canton de Genève.

Sa garde soralienne

Le village genevois de Soral. Même pas mille âmes mais, parmi elles, des irréductibles de Pierre Maudet.
Le village genevois de Soral. Même pas mille âmes mais, parmi elles, des irréductibles de Pierre Maudet.

Rien à voir avec Alain Soral, l’idéologue d’extrême droite condamné en France pour antisémitisme. Ici, l'adjectif renvoie au paisible village viticole de Soral, dans la campagne genevoise. «N’écrivez pas de conneries!» C’est Georges, vigneron à la retraite, qui parle. Il appartient à ces irréductibles soutiens de Pierre Maudet, dont Soral, la localité où il demeure, serait un bastion. «C’est un meneur d’hommes, il sait remuer les choses», dit Georges du candidat de la «liste» Libertés et Justice sociale – c’est sous ce label, version revisitée de l’historique devise radicale genevoise Liberté humaine et Justice sociale, que se présente l’ancien chef de la Sécurité et de l’Economie cantonales, et non pas sous l’étiquette libérale-radicale, celle du candidat Cyril Aellen.

La condamnation du 22 février n’a pas fait varier Georges. «Au contraire», dit-il. A l’entendre, la décision rendue ne serait pas si grave. Certes, elle reconnaît Pierre Maudet coupable de l'acceptation d'un avantage le mettant en position influençable, mais elle l’acquitte du même délit pour un sondage financé par deux hommes d'affaires coaccusés au procès.

«Je lui ai dit, quand il s’est présenté en 2017 à l’élection au Conseil fédéral, que ce n’était pas son tour, que c’était le tour des Tessinois. Il n'a pas écouté»
John Dupraz, ancien conseiller national (GE/PRD)

«Les autres, les libéraux, c’est des couilles molles, ils ne lui arrivent pas à la cheville.» John Dupraz, 76 ans, vit aussi à Soral. Agriculteur à la retraite, cet ancien conseiller national radical, assurément une «grande gueule», est un inconditionnel de Pierre Maudet. «C’est le seul à avoir tenu tête à la police, contrairement à Ramseyer et Spoerri (ses prédécesseurs au Département de la sécurité, ndlr)», affirme-t-il. Inconditionnel, John Dupraz, mais pas aveugle non plus. Son préféré, un presque fils, a des faiblesses, les défauts de ses qualités, comme on dit. «Il a peut-être un manque d’humilité, il est trop pressé, concède-t-il. Une élection au premier tour au Conseil d’Etat, son exploit en 2018, ça fait beau dans un palmarès, mais ça ne sert à rien. La seule chose qui compte, c’est d’être élu.»

John Dupraz a déjà accompli son devoir électoral. «C’est fait depuis longtemps, par correspondance», précise-t-il. Son choix s'est porté sans surprise sur Pierre Maudet. «Oui, il a menti sur son voyage à Abu Dhabi, mais au tribunal, il a reconnu sa faute. A tout péché miséricorde.» Ne pas croire que tout Soral «roule» pour le candidat se revendiquant du radicalisme. «Après ce qu’il a fait?», lâche un commerçant.

Le bambino de ces dames

Peu de politiciens ont des fans aussi affichés en Suisse. C'était en 2012: élection complémentaire au conseil d'Etat genevois. Maudet permet, à l'époque, au PLR de conserver son siège.
Peu de politiciens ont des fans aussi affichés en Suisse. C'était en 2012: élection complémentaire au conseil d'Etat genevois. Maudet permet, à l'époque, au PLR de conserver son siège.Image: KEYSTONE

«Ce n’est pas mon genre. Je les préfère plus âgés et plus rebondis.» La question posée n’était pas la plus élégante de ce début d'année, mais Magali Orsini, qui annonce ses 80 printemps, y a répondu avec humour. A la tête d’une fiduciaire, cette ex-élue d’Ensemble à gauche est l’une des signatures ayant permis à Pierre Maudet de se présenter à sa succession.

«Il a fait une bonne campagne, il a la meilleure affiche, je vais voter pour lui, ça va sans dire»
Magali Orsini, ex-élue Ensemble à gauche

Comme beaucoup, telle cette représentante de l'UDC, en délicatesse avec son parti, pour des déclarations favorables au radical dans l'âme plutôt qu'au candidat présenté par son camp, Yves Nidegger, Magali Orsini relativise les déboires judiciaires de son favori avec des arguments abondamment produits ces derniers temps: «Il a été reconnu coupable de choses que des tas d’autres ont faites et qui ne leur ont pas valu de peines», tacle cette entrepreneure. Pierre Maudet lui apparaît comme l'éternel homme providentiel. «C’est le seul qui comprenne l’avenir économique de Genève, lequel repose sur les start-ups et non pas sur le développement des pistes cyclables ou la seule défense des locataires», soutient celle qui dit encore ne pas aimer les «islamo-gauchistes».

Seriez-vous prêt à voter en faveur de Pierre Maudet ce dimanche 7 mars à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat genevois?

Pierre Maudet, qui s’est bâti une image de radical le cœur à gauche, le portemonnaie en partie aussi, dispose d'un bataillon de voix dépassant les frontières du PLR genevois, qui l'a écarté de ses rangs en juillet 2020. Sa candidature est aussi le signe d'une ambiance, sans doute pas au top, dans ce parti issu d'un mariage de raison, conclu en 2011 entre les deux grandes familles de la droite cantonale, la libérale huppée et la radicale gouailleuse, celle des «milieux immobiliers» qu'incarnerait le candidat PLR Cyril Aellen, et celle des petits patrons, censés être défendus par son adversaire Pierre Maudet. Ce dernier peut compter sur un nouveau parti fait à sa main, Elan radical, apparu fin 2020, constitué de déçus du PLR.

S’il venait à perdre...

L'individu blessé, elle connaît, Catherine Vasey, psychologue à Lausanne, spécialiste du burn-out. Que pense-t-elle d'un cas comme celui de Pierre Maudet, confronté à la possibilité du vide? «A ce niveau-là, être sevré de politique, ça peut être une catastrophe intérieure, explique-t-elle. Il y a alors un immense deuil à faire. Emotionnellement parlant, c’est très dur à traverser. Mais quelque chose d’autre peut émerger dans cet intervalle pénible. Pierre Maudet, en cas de défaite, pourra toujours s'investir de façon intense dans un autre domaine.»

Pierre Maudet, lors d'une conférence de presse suite à un audit au Département du développement économique (DDE), le jeudi 29 octobre 2020.
Pierre Maudet, lors d'une conférence de presse suite à un audit au Département du développement économique (DDE), le jeudi 29 octobre 2020.Image: KEYSTONE
«Heureusement, il n’y a pas que le couple comme soutien possible»
Catherine Vasey, psychologue, Lausanne

Le conjoint, fausse évidence. «Parfois, ajoute Catherine Vasey, l’aide de celui-ci ne suffit pas pour remonter la pente. Des enfants, des parents, des amis, des confrères peuvent aussi remplir cet office. Le risque, avec la présence du seul conjoint, c’est que son empressement à venir en aide à la personne en crise, l’empêche d’accepter son état présent. Mais cette situation peut tenir aussi du stéréotype. Mme Maudet au tribunal a pu donner cette impression, en parlant en épouse modèle, un peu à la manière, et dans un tout autre registre, soyons clairs, que Hillary Clinton ou Anne Sinclair défendant leurs maris pris en faute. Nous ne pouvons en effet pas préjuger de ce que Mme Maudet aura pu dire de son mari à une amie proche, par exemple.» Pierre Maudet n’échappera probablement donc pas à un moment de solitude et d’introspection si les électeurs lui font défaut.

La vie, après

Que faire après la politique? Eh bien, par exemple, encore de la politique. Ce ne sont pas les scrutins qui manquent : «Dans deux ans, à nouveau les cantonales, la même année les fédérales, et puis les municipales en 2025», égrène une connaissance du boss. «Il a un master en droit, il pourrait passer son brevet d’avocat», émet un autre proche. Tous le disent armé pour affronter l’adversité. Pas le genre, paraît-il, à quémander un poste auprès d'un ami. Certains le voient à la tête d'une boîte de conseils, aux citoyens bien sûr. Ils insistent sur ses «ressources morales». Il est croyant, impliqué dans le protestantisme genevois, rappelle-t-on. Et puis, matériellement, il n’est pas sans rien. Il dispose d’une retraite à vie de conseiller d’Etat.

Surtout, martèlent ses soutiens, il peut gagner. Non pas déjà ce dimanche au premier tour, soyons raisonnables, mais au second, le 28 mars. Sa peau n’est pas à vendre. Un candidat, le « meilleur » selon la légende en marche, réélu à peine sorti du tribunal, sous la menace d’une condamnation définitive en cas d'appel du jugement rendu en première instance ? Oh là là, quelle Genferei!

Sept candidats, une candidate: le règlement de l'élection complémentaire

L'élection complémentaire au Conseil d'Etat genevois de ce dimanche 7 mars met en lice huit candidats. Les voici, par ordre alphabétique, accompagnés du nom de la liste qu'ils représentent: Cyril Aellen, Les Libéraux-Radicaux Genève; Fabienne Fischer, Les Vert.e.s-Les Socialistes; Morten Gisselbaek, Parti du travail-Jeunes POP; Pierre Maudet, Libertés et Justice sociale; Michel Matter, Les Vert'Libéraux; Yves Nidegger, UDC; Olivier Pahud, Evolution Suisse; Yann Testa, Parti bourgeois-démocratique. Tout candidat, quel que soit son score au premier tour, peut se présenter au second. Toutefois et formellement, les électeurs et électrices votent pour des listes. Ce qui veut dire qu'une formation politique représentée au premier tour peut décider de changer de candidat entre les deux tours. En revanche, le PDC, par exemple, qui n'est pas en lice ce dimanche au premier tour, ne pourra pas présenter un candidat ou une candidate à un éventuel second tour, fixé au 28 mars.

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