Guy Parmelin sent la colère monter.
Guy Parmelin sent la colère monter. Image: sda

Sanctions contre les Russes: Parmelin accusé de laxisme

Le Parti socialiste presse le Département fédéral de l'économie de passer à la vitesse supérieure contre les avoirs russes. Visé: le Secrétariat à l'économie, accusé de jouer la montre.
06.04.2022, 19:0107.04.2022, 08:35

Le Conseil fédéral prend-il son temps pour geler les comptes des oligarques russes? Le Parti socialiste le pense et cela l'agace au plus haut point. Mardi, il a adressé une lettre recommandée au gouvernement, avec plainte contre le Département de l’économie (DEFR), accusé de traîner les pieds dans sa traque aux avoirs russes émargeant à la liste des 800 propriétaires visés par les sanctions européennes, reprises par la Suisse.

Dans leur lettre, les coprésidents du PS, Mattea Meyer (ZH) et Cédric Wermuth (AG), s’appuyant sur l’article 71 de la loi sur la procédure administrative, qui dispose que chacun peut dénoncer les carences d'une administration, affirment que le DEFR manque à ses devoirs en ne prenant pas suffisamment le taureau des sanctions par les cornes.

Les deux signataires de la plainte en veulent surtout au Seco, le Secrétariat à l’économie, rattaché au DEFR de Guy Parmelin et chargé de cette vaste campagne de blocage de fonds. Ils lui reprochent entre les lignes de «jouer la montre» d'entente avec les cantons. Ceux-ci, invoquant le secret fiscal, renâcleraient à transmettre des informations capitales au Seco. Guy Parmelin a, paraît-il, donner de la voix pour qu'il soit mis fin à cette étrange interprétation du fédéralisme dans un moment d'une telle urgence.

«Cela n'a pas de sens»

Le conseiller national socialiste genevois Carlo Sommaruga affirme pour sa part que seuls quatre biens immobiliers appartenant à des Russes ont été saisis en Suisse. «Cela n'a pas de sens, lorsqu'on sait le grand nombre d'oligarques russes ayant des liens avec notre pays», nous dit-il.

Joint par watson, Cédric Wermuth, l’un de deux coprésidents du PS, situe la base du problème, selon lui:

«Le Seco applique une ligne officielle datant de 2014, l’année où l’Europe a pris des sanctions contre la Russie suite à l’annexion par cette dernière de la Crimée. Il s’agissait alors de ménager le plus possible les avoirs russes présents en Suisse ou sur des comptes suisses, dans une sorte de fidélité à la grande tradition bancaire helvétique.»
Cédric Wermuth, coprésident du PS

Ce que demande le PS, c’est la constitution d’une «task-force» au sein du Seco. Une sorte de brigade d'incorruptibles, dont la mission serait d’aller chercher des avoirs appartenant à des Russes placés sur la liste des 800, qui n’apparaissent pas sous leur nom, mais sous celui d’une fondation, d’un tiers ou d’un trust (une société gérant les biens et la fortune d’un ou plusieurs bénéficiaires).

Le Seco se défend des accusations de quasi-sabotage portées contre lui. «Le PS dit ce qu’il veut, mais il faut savoir que nous avons déjà bloqué 6 milliards d’avoirs russes. C’est beaucoup. C’est presque autant que la Belgique», réplique un fonctionnaire du Seco, contacté par watson. Il poursuit:

«Et ce ne sont pas quatre, mais dix biens immobiliers appartenant à des Russes qui ont été saisis par nos soins»

Le fonctionnaire ajoute: «Les grands cantons, là où se trouvent les grosses fortunes russes, savent très bien ce qu’ils ont à faire.» La Banque nationale suisse estime à 10 milliards de francs le montant des avoirs russes en Suisse. Mais le journal alémanique Neue Zürcher Zeitung pense que cette somme pourrait s’élever à 150 milliards de francs.

Selon nos informations, d’autres chiffres devraient être rendus publics jeudi par le Seco. Le coup de pression du PS sur le département de Guy Parmelin semble avoir produit l’effet recherché.

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