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Accusé de crimes de guerre en Ukraine: le cas de ce Suisse piétine

Jona Neidhart en Ukraine en 2022.
Jona N. en Ukraine en 2022.Image: Ryan Collins

Ce Suisse a tiré dans la tête d'un Russe: l'affaire prend une tournure inattendue

Le ministère public de la Confédération veut classer la procédure visant le Suisse Jona N. pour crimes de guerre commis en Ukraine. L'un d'eux implique un tir à la tête.
03.11.2026, 05:2903.11.2026, 08:21
Andreas Maurer

Dans la salle d’audition du ministère public de la Confédération (MPC), Jona N. se couche à plat ventre sur le sol. Il plie la jambe gauche et tourne légèrement le corps vers la droite. C’est ainsi, explique-t-il au procureur, que le soldat russe était à moitié allongé sous un buisson. Des feuilles lui cachaient la tête et le haut du corps, son dos était tourné vers Jona et ses collègues, précise-t-il. Le Suisse se serait approché à deux mètres de lui, avant de lui tirer dans la tête.

La scène figure dans un procès-verbal d’audition. Celui-ci avait pour but de statuer sur d’éventuels crimes de guerre.

Une enquête qui touche à sa fin​

Jona N., 38 ans, est originaire de Zurich et souhaitait autrefois devenir enseignant. Après l’attaque russe, il a rejoint en mars 2022 la Légion internationale de l’armée ukrainienne. De janvier à juin 2025, il a servi au sein de la 3e brigade d’assaut. Il a raconté son engagement au Blick, avant de se présenter aux autorités suisses.

La justice militaire a ouvert une procédure pour service militaire étranger. Sans l’autorisation du Conseil fédéral, les citoyens suisses ne peuvent pas rejoindre les forces armées d’un autre pays.

Au cours de son audition, Jona a tenu des propos susceptibles de l’incriminer: il a raconté des faits pouvant constituer des violations des Conventions de Genève. Le MPC a repris le dossier et ouvert une enquête pour crimes de guerre.

L’autorité de poursuite pénale a désormais terminé ses investigations et entend classer cette partie de la procédure. Elle avait enquêté sur deux épisodes suspects.

Jona Neidhart ici en 2025, sur la Place fédérale.
Jona ici en 2025, sur la Place fédérale.Image: Annette Boutellier

Le tir dans la tête et ses conséquences

Le soir du 2 mai 2025, deux soldats russes ont attaqué une position ukrainienne à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Izioum, dans la région de Kharkiv (sud). Ils ont pénétré dans une tranchée, tiré sur un abri enterré et lancé des grenades à main. Deux Ukrainiens ont lancé une contre-attaque. Ils ont tué un assaillant. Le second s’est enfui dans la forêt.

Le lendemain matin, Jona, un Australien et un chef de groupe ukrainien sont partis à sa recherche. Ils ont d’abord trouvé un casque, un gilet pare-balles et un fusil, avant de tomber sur le soldat russe sous un buisson. Ils ont vu du sang sur son pantalon.

Selon les déclarations de Jona, le chef de groupe a fait signe de tuer le Russe. L’Australien ne l’a apparemment pas compris tout de suite. Jona lui a soufflé de s’assurer que l’homme était mort. L’Australien a d’abord tiré des coups isolés, puis en rafale. Au total, il a tiré une trentaine de fois sur le corps. Le Russe a eu un soubresaut, puis est resté immobile.

Jona et l’Australien se sont approchés de lui. Il a décidé lui-même de tirer encore une fois. Les soldats russes feignent souvent d’être morts et amorcent une grenade au dernier moment. Il avait donc voulu écarter tout danger pour son groupe.

Après une trentaine de tirs, l’homme était «très probablement mort», a-t-il expliqué. Dans le cas contraire, son tir avait fait office de «coup de grâce». Jona estime encore aujourd’hui avoir agi correctement, alors que les Conventions de Genève interdisent de tuer un adversaire hors de combat.

Kharkiv.
carte: watson

Les prisonniers russes et le blessé

Le second incident s’est produit en 2023 dans la région de Louhansk (est). Environ 70 soldats russes ont attaqué de nuit une position ukrainienne. Après un combat de six heures, quatre Russes se sont rendus.

Sur ordre de leur commandant, des soldats ukrainiens ont retiré leurs casques et leurs gilets pare-balles aux quatre prisonniers. Le groupe de Jona a pris les détenus en charge plus tard. L’un d’eux gisait, grièvement blessé, dans la forêt.

Jona savait qu’en vertu du droit international humanitaire, son groupe aurait dû transporter lui-même le blessé. Mais les six hommes n’étaient pas assez nombreux pour le faire tout en surveillant les trois autres prisonniers. Il a donc demandé aux Russes de porter leur camarade.

Sur le chemin du retour, l’armée russe a pris le groupe pour cible avec des obus de mortier. Une explosion a tué un prisonnier et en a blessé deux autres. Le groupe a laissé le blessé grave sur place et s’est mis à l’abri. D’autres soldats ukrainiens l’ont secouru par la suite.

La Police judiciaire fédérale a examiné les unités, les secteurs du front et les combats mentionnés par Jona. Ses recherches ont corroboré son récit concernant le contexte militaire.

Les enquêteurs suisses n’ont cependant pas pu vérifier les deux épisodes eux-mêmes. Les seules informations disponibles sur ces possibles crimes de guerre provenaient donc de Jona. Devant le MPC, il a décrit son rôle plus précisément qu’il ne l’avait fait face à la justice militaire. Ces explications semblent avoir permis de lever les soupçons d’une violation du droit international humanitaire. Son cas montre combien les principes du droit de la guerre peuvent être difficiles à appliquer sur le terrain.

Jona risque néanmoins toujours une condamnation dans la procédure initiale. Le procureur lui a demandé s’il continuait de reconnaître sa culpabilité pour avoir servi dans une armée étrangère. Le Suisse a répondu:

«Je suis très fier d’avoir accompli ce service militaire»
Jona Neidhart, devant le Palais fédéral.
Jona, devant le Palais fédéral.Image: Annette Boutellier

Il vit dans la pauvreté et veut retourner au front

Jona vit chez son père dans le canton de Berne et travaille à temps partiel comme extra pour une société de traiteur. Après son retour, il a touché l’aide sociale pendant un temps. Depuis fin 2025, il s’en passe. Son revenu serait toutefois inférieur au minimum vital.

Son passeport reste bloqué en raison de la procédure pénale. Il a pourtant tenté à trois reprises, en mai 2026, de se rendre en Ukraine via la Pologne pour combattre de nouveau. Des gardes-frontière l’ont refoulé. Jona a raconté ces tentatives au cours de son audition et annoncé qu’il essaierait à nouveau de franchir clandestinement la frontière par un point non surveillé. Le procureur l’a alors averti qu’il risquait d’être placé en détention provisoire.

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Jona avait déserté son unité pour se rendre en Suisse au chevet de sa mère mourante. Il souhaite désormais retourner en Ukraine et honorer son contrat avec l’armée ukrainienne. (trad. ysc)

Ici, le carnet de service et le contrat de Jona Neidhart avec l'armée ukrainienne.
Ici, le carnet de service et le contrat de Jona Neidhart avec l'armée ukrainienne.Image: Annette Boutellier
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