Le passé suisse de l'ex-président kosovar condamné pour crime de guerre
Un tribunal spécial pour le Kosovo établi à La Haye a condamné mercredi l'ex-président du Kosovo, Hashim Thaçi, à 25 ans de prison pour des crimes de guerre commis par la guérilla kosovare des années 1990. Il a notamment été reconnu coupable de torture et de meurtre.
La Suisse occupe une place particulière dans le parcours de Hashim Thaçi, condamné mercredi à 25 ans de prison à La Haye. Il y a vécu dans les années 1990 et y a participé à la création de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). La Suisse abrite par ailleurs une importante diaspora: 116 900 ressortissants du Kosovo y vivaient fin 2025, selon l'Office fédéral de la statistique.
Parmi eux, Limon Dervishaj, 40 ans, avait spécialement fait le voyage depuis la Suisse pour participer à une manifestation à Pristina en faveur de l'acquittement des anciens dirigeants de l'UCK. Il a qualifié auprès de l'AFP le procès de «purement politique», affirmant que les accusés étaient innocents et espérant leur libération rapide.
Le rapport de Dick Marty
Les investigations qui ont précédé la création des Chambres spécialisées sur le Kosovo trouvent leur origine dans un rapport présenté en 2010 par le Tessinois Dick Marty, alors rapporteur du Conseil de l'Europe. Il y accusait notamment Thaçi d'avoir dirigé un groupe de type mafieux impliqué dans des enlèvements, le trafic de drogue et des prélèvements d'organes sur des prisonniers, et d'avoir détenu des fonds sur des comptes suisses. Hashim Thaçi a toujours rejeté ces accusations.
Le rapport a contribué à la mise en place du tribunal spécial. Dick Marty a été placé sous protection policière à partir de décembre 2020 en raison de menaces contre sa vie. Décédé le 28 décembre 2023, il avait reproché, tout comme Amnesty Suisse, au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et au Ministère public de la Confédération d'avoir tardé à intervenir dans cette affaire.
Contacts au plus haut niveau
Les autorités suisses avaient noué très tôt des contacts officiels avec Hashim Thaçi. En 1999, celui-ci avait rencontré à Berne le conseiller fédéral Joseph Deiss. La même année débutait l'engagement des soldats suisses de la Swisscoy au Kosovo.
Après la proclamation de l'indépendance du Kosovo en février 2008, la Suisse a reconnu le nouvel Etat. La ministre des affaires étrangères de l'époque, Micheline Calmy-Rey, a inauguré l'ambassade de Suisse à Pristina en mars 2008. En 2014, le président de la Confédération Didier Burkhalter a à son tour rencontré Hashim Thaçi au Kosovo. (jah/ats)
