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On n'a pas fini de pousser...
On n'a pas fini de pousser...
Image: Shutterstock
Analyse

Mais pourquoi cette fin de Covid paraît sans… fin?

Alors que le vaccin devait nous rendre notre liberté, nous peinons à nous débarrasser pour de bon de cette pandémie. Alors pourquoi ça traîne? Qui nous préviendra que c'est fini? Et, surtout, quand est-ce que ça s'arrête? Éléments de réponse tout en sachant qu'une nouvelle mutation pourrait tout changer.
04.10.2021, 05:48
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Ce Covid-19 ressemble de plus en plus à une histoire sans fin. Il y a un an, alors qu'on en avait déjà tous marre, le vaccin était annoncé comme la lueur au bout du tunnel. Depuis, Moderna, Pfizer et les autres ont débarqué avec leurs doses d'espoir mais, douze mois plus tard, nous sommes toujours coincés dans cette satanée pandémie. Et la sortie ne semble pas être pour tout de suite, à écouter Alain Berset, vendredi dernier:

«Nous n'atteindrons certainement pas un taux d'immunité suffisant d'ici Noël»
Alain Berset

Pourquoi c'est aussi long?

«Ce qui fait qu'on stagne, c'est qu'en Suisse nous n'avons pas anticipé un problème qui est pourtant reconnu par l'OMS comme l'une des dix menaces à la santé globale: la vaccino-hésitation», affirme l'infectiologue et épidémiologiste d'Unisanté, Valérie D'Acremont. À ses yeux, la couverture vaccinale va continuer à augmenter, mais très (trop) lentement pour atteindre l'immunité collective dans un délai raisonnable.

«Nous sommes coincés parce que nous ne voulons pas reconnaître cette situation», déplore la spécialiste en santé publique. Dans le canton de Vaud, par exemple, elle souligne qu'environ 40 000 personnes de plus de 50 ans sont encore non vaccinées.

«Il faut arrêter de croire qu'on va réussir à vacciner tous les hésitants dans les trois semaines»
Valérie D'Acremont, infectiologue à Unisanté

«Qu'elles le veulent ou non, elles vont attraper le virus à un moment ou à un autre. Selon une première estimation, qui demande confirmation, 2 à 3000 d'entre-elles vont encore être hospitalisées.» Un réservoir suffisant pour continuer à créer une surcharge constante de notre système sanitaire. Pour comparaison, Valérie D'Acremont précise qu'environ 30 nouveaux patients sont actuellement hospitalisés chaque semaine dans le canton de Vaud avec le Covid.

«Notre système politique n'est pas adapté, dans sa manière de prendre les décisions, aux situations d'urgence»
René Knüsel, politologue à l'Université de Lausanne

«En Suisse, le gouvernement doit travailler par adhésion. Il faut convaincre la population et face à l'urgence, ce n'est parfois pas possible d'aller assez vite», pointe, de son côté, le politologue de l'Unil, René Knüsel. L'infectiologue Alessandro Diana va dans le même sens, confirmant que la Suisse privilégie l'autodétermination des patients, ce qui peut prendre davantage de temps.

Expert auprès d'Infovac, il observe, par ailleurs, que les gestes barrières mis en place depuis le début de la pandémie ont les inconvénients de leurs avantages. «Ils permettent d'aplatir la courbe du nombre d'infections, mais ils rallongent la durée de la pandémie.»

En effet, en limitant la propagation du virus, les gestes barrières réduisent également nos chances d'atteindre l'immunité collective par voie naturelle. «Si on n'avait rien fait, on n'en serait peut-être déjà sorti, mais il y aurait eu énormément de morts», précise toutefois Alessandro Diana.

«Nous avons la chance de pouvoir accélérer le temps grâce à la vaccination»
Alessandro Diana, responsable du centre de vaccination des Grangettes (GE)

L'apparition du variant Delta a également participé à prolonger la pandémie. «Tout s'arrête quand on atteint l'immunité de groupe», rappelle le spécialiste. Et pour déterminer ce moment, il y a une formule mathématique simple à connaître:

(R0-1)/R0 = le % de personnes devant être protégées (vaccin ou guérison) pour atteindre l'immunité collective

Comme vous l'avez peut-être appris à cause de cette pandémie, R0 est le facteur de reproduction d'un virus. Cela représente le nombre de personnes qu'un individu infecté va contaminer. Pour le variant Alpha, par exemple, R0 était d'environ 2,5. Donc (2,5 - 1)/2,5=60% de la population qui doit être protégée.

Problème, avec le variant Delta, le R0 est monté à 6. Si on procède au même calcul, on se rend compte que désormais, c'est 83% des Suisses qui doivent être immunisés pour que nous soyons tirés d'affaire. Et forcément, cela prend davantage de temps.

Comment on saura que
c'est fini?

«Le retour à la vie normale, c'est quand un décès du Covid n'impactera plus la collectivité», pose Alessandro Diana. En d'autres termes, on pourra dire au revoir à la pandémie et à ses contraintes quand le risque de surcharge hospitalière aura disparu. Le spécialiste précise toutefois: «On ne se débarrassera jamais vraiment du Covid, il y aura toujours des morts qui resteront une catastrophe au niveau individuel.»

C'est là que nos autorités entrent en jeu et prennent le pas sur les scientifiques, selon René Knüsel. «La fin de la pandémie relève d'une décision politique. Bien entendu, il y a des indicateurs sanitaires, mais il faut un chef d'orchestre pour les interpréter.»

«Pour les politiciens, l'important, c'est de pouvoir montrer qu'ils ont bien interprété les indicateurs sanitaires»
René Knüsel, politologue

Sauf que ce n'est pas aussi simple à écouter le politologue: «Il y a un message symbolique derrière la manière dont on lève les mesures. Il faut le faire progressivement, sinon le camp d'en face va nous dire qu'il avait raison depuis le départ, qu'il n'y avait rien et que tout ceci était de l'esbroufe.»

Valérie D'Acremont approuve: «En Suisse, le "retour à la normale" dépend avant tout des décisions politiques qui sont prises.» À titre strictement personnel, voici les pistes que la spécialiste de la santé publique suggère:

  • Conserver le certificat de vaccination et de test, mais supprimer le QR code. «Par principe, nous devons nous opposer à ce que des données sensibles des citoyens puissent être accessibles à un gouvernement», précise celle qui est responsable de la santé numérique et globale chez Unisanté.
  • Supprimer la demande aux étudiants de présenter un certificat COVID et lever toutes les mesures concernant les enfants
  • Rendre la main aux cantons: «La situation est très hétérogène d'une région à l'autre. Chaque canton doit pouvoir décider des mesures encore nécessaires pour ne pas surcharger ses hôpitaux.»
  • Réorganiser avec créativité nos structures de santé pour qu'elles puissent faire preuve de flexibilité face aux petites vagues à venir.
  • Redonner espoir à la population en lui fournissant un calendrier détaillé de levées des mesures
«Sinon, on peut rester comme ça encore deux ans. Et pendant ce temps, on fait des dégâts sur nos enfants et nos jeunes. Ils ne peuvent pas continuer à porter ce fardeau. Maintenant, stop»
Valérie D'Acremont, épidiémologiste

Alors, quand est-ce que
ça s'arrête?

«Bien malin qui pourrait le dire», sourit René Knüsel. L'infectiologue Valérie D'Acremont ne s'avance pas beaucoup plus: «Personne ne sait, mais vu le taux de vaccination mondial, c'est un virus avec lequel on va encore devoir vivre longtemps.»

Son confrère Alessandro Diana accepte de se prêter au jeu des pronostics. «J'ai l'espoir que le printemps prochain marque la fin de la pandémie en Suisse.» Le spécialiste précise toutefois se montrer très humble dans ses prédictions: «Une nouvelle mutation du virus pourrait tout relancer. On croise les doigts pour qu'il n'y ait pas de variant avec un facteur de reproduction de 20, sinon il faudra vacciner 95% de la population.»

«On joue au loto. À chaque fois que le virus contamine quelqu'un, il mute»
Alessandro Diana, Infectiologue

Et l'expert de dresser un scénario d'horreur: «Le pire, ce serait qu'un variant qui échappe au vaccin apparaisse. Ce serait une nouvelle pandémie dans la pandémie. Dans ce cas-là, je crois que je change de métier...»

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