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«Personne n’a jamais attendu de Poutine qu’il croise les jambes»

Quelques minutes au sommet des marches de la Villa La Grange suffisent pour se pencher sur la communication non-verbale de Poutine, Biden et Parmelin. Spoiler: notre président a assuré, selon le spécialiste des sciences du langage Pascal Singy.
17.06.2021, 06:0117.06.2021, 08:37
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La question un peu chauvine (et taquine?) qu'on s'est immédiatement posée mercredi au moment de l’accueil des deux chefs d'Etats devant la Villa La Grange c'était: est-ce que Guy Parmelin a bien fait son job hier? Pascal Singy, spécialiste des sciences du langage, est assez sûr de lui au moment de jeter un œil sur cette première photo:

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Oui, Le président de la Confédération a fait ce qu'on pouvait attendre de lui. Ses mots étaient en harmonie avec sa gestuelle. Sur cette image, on voit qu'il a une volonté d'équilibre. Les deux mains sont à la même hauteur, il y a cette notion de balance qui rappelle notre neutralité historique. Les bras ainsi ouverts sont aussi une invitation qui dit simplement «bienvenue dans notre pays». Toute la crédibilité de la Suisse s'est d’ailleurs jouée durant ces quelques secondes.
Pascal Singy, spécialiste des sciences du langage à l'Unil.

Bien sûr que tout avait été rigoureusement millimétré. Des quelques syllabes en russe prononcées (de manière scolaire) par Guy Parmelin, aux signaux corporels donnés par les deux patrons du monde au moment de la fameuse poignée de main. Mais une gaffe diplomatique est toujours possible. «Ils sont probablement coachés de très près. Mais, attention, il n'y a pas de langage non-verbal universel et lorsqu'on observe des protagonistes, on ne peut faire que des suppositions. D'autant que la culture et les mœurs de chaque pays peuvent perturber notre perception de la situation

Voilà pour l’avertissement d’usage. On peut maintenant dessiner grossièrement le portrait-robot de nos deux protagonistes:

  • L’un est américain, plus âgé, plus grand, plus élégant et plus fin dans sa gestuelle.
  • L’autre est russe, plus jeune, bien bâti et a un rapport au corps beaucoup plus animal.
Image: keystone

«Joe Biden n’a pas la stature de Vladimir Poutine. Quand ils se rapprochent avant de se serrer la main, on constate que le dos de l'Américain est courbé. Sa posture rappelle plus volontiers un grand-papa. Il y a un petit côté rassurant. On le voit aussi avec la fin de sa chevelure fragile au niveau de la nuque. Une chevelure qui jure d’ailleurs avec sa dentition parfaite d’Américain puissant et aisé.» D’accord, mais ça avantage qui toutes ces considérations physiques?

«Il faut toujours définir à qui s’adresse le langage corporel. Ici, en préambule du sommet et face à la presse du monde entier, il est fort probable que chacun des présidents s’adresse à son pays, son électorat. Il doit montrer qu’il maîtrise parfaitement l’instant.»

Pascal Singy a aimé relever le petit sourire de Poutine. «Ses sourires sont rares. Il reste néanmoins dans le contrôle, on ne voit pas ses dents, contrairement à Biden.»
Pascal Singy a aimé relever le petit sourire de Poutine. «Ses sourires sont rares. Il reste néanmoins dans le contrôle, on ne voit pas ses dents, contrairement à Biden.»Image: keystone
«Au moment de la poignée de main, Joe Biden domine en taille et semble plus serein, mais on note que Vladimir Poutine ne lève pas la tête pour soutenir le regard de son homologue américain. Ça aurait pu être considéré comme de la soumission»
Pascal Singy

Le spécialiste de la langue s'empresse de préciser que le contexte dans lequel a été organisé ce sommet influence directement l’attitude de l’un et de l’autre. «C’est Biden qui a voulu cette rencontre. C’est important. Poutine l’a simplement acceptée et n’a donc pas à dominer cette première confrontation et peut se permettre une certaine passivité physique sans que ça vienne affaiblir son image. Biden, au contraire doit assumer mais aussi mener le début du sommet.»

Image: Keystone

On avoue enfin au spécialiste des sciences du langage de l'Unil que sur cette dernière photo, Poutine semble s'ennuyer ferme et ne dévoiler aucune volonté de prestance. Il douche immédiatement notre a priori:

C'est notre regard d'Occidental qui voudrait nous le faire croire! Poutine avachi et Biden élégant. Or, je rappelle que tous deux s'adressent prioritairement à leur peuple respectif. Et personne en Russie n'a jamais attendu du président russe qu'il croise les jambes. Sur cette photo, il fait d'ailleurs du manspreading. C'est très mâle, très guerrier. Il s'impose à sa manière.

Bon, mais avec tout ça, qui a gagné la bataille du diplomatique non-verbale? «Les trois chefs d'Etat ont rempli leur mission, sans faux-pas. Jusqu'à Parmelin qui s'est vraiment montré à la hauteur, détendu et accueillant.»

Pour savoir comment ça s'est déroulé derrière les portes de la Villa:

Le sommet Biden-Poutine à Genève

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Le sommet Biden-Poutine à Genève
source: sda / saul loeb
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Joe Biden a atteri à Genève

Video: watson
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