Le passé trouble de Credit Suisse avec les nazis revient hanter UBS
Ce chiffre continuera de susciter beaucoup de discussions dans les jours à venir. Credit Suisse aurait possédé au moins 890 comptes «avec des liens potentiels avec le nazisme», dont certains appartiendraient à la Waffen-SS, une unité qui a joué un rôle central dans le génocide des Juifs européens durant la Seconde Guerre mondiale.
Cette déclaration a été faite lundi par le sénateur républicain Chuck Grassley, lors d'un entretien avec des journalistes sélectionnés.
Une pression pour plus de transparence
Le sénateur préside la commission judiciaire de la petite chambre du Congrès et dirigera ce mardi, à 16h15 (heure suisse), à Washington, une audition sur le thème de la place financière suisse et du nazisme.
L'invité vedette est Neil Barofsky, avocat américain et actuellement «Médiateur indépendant» auprès d'UBS. Ce redoutable enquêteur fouille depuis deux ans les archives de Credit Suisse à la recherche de documents qui pourraient prouver les liens d'anciennes institutions bancaires avec le régime nazi.
Bien que Barofsky soit rémunéré par UBS depuis la chute de Credit Suisse, ses véritables commanditaires sont à Washington. En effet, Grassley et le démocrate Sheldon Whitehouse font pression sur la Suisse depuis 2023 pour exiger une transparence totale. Le sénateur de 92 ans aime à répéter que «la lumière du soleil est le meilleur désinfectant».
Un rapport très attendu
Barofsky présentera un rapport intermédiaire avec de nouvelles découvertes lors de l’audition du Sénat, a indiqué un membre du personnel de la commission judiciaire lundi. Son but est de démontrer que la Suisse n’a pas mené d’enquêtes complètes sur les comptes nazis dans les années 1990. Credit Suisse était déjà au courant de ces relations bancaires à l'époque, mais n’a pas rendu l’information publique, devrait conclure Barofsky.
Cette déclaration pourrait entraîner la renégociation de l’accord signé en 1999 entre les deux grandes banques suisses et 17 organisations juives. Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, a déclaré à l’agence de presse Bloomberg il y a quelques mois:
Lauder est un allié politique de Donald Trump; il soutient le président républicain par des conseils et des dons financiers. La semaine dernière, Trump a en retour nommé le gendre de Lauder, Kevin Warsh, à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui supervise également les grandes banques mondiales.
Un retour sur l'accord initial contesté
L'UBS entend cependant rejeter la demande de renégocier l'accord historique des années 1990. Rob Karofsky, membre de la direction et co-responsable de la division gestion de patrimoine, qualifie l’accord de «définitif et contraignant». Les parties prenantes étaient conscientes que tous les faits n’étaient pas connus à l'époque, peut-on lire dans son discours, qui a été communiqué à CH Media (éditeur de watson).
Robert Karofsky, qui est cité comme potentiel successeur de Sergio Ermotti, le patron de la banque, qui quittera ses fonctions en 2027, compte également s’opposer à la demande de Neil Barofsky devant le Sénat. Ce dernier exige en effet un accès immédiat à la communication confidentielle entre la direction de Credit Suisse et les avocats de la banque dans les années 1990.
Cette demande de l’Ombudsman, qui ne concerne pas plus de 150 documents, est «regrettable», déclarera Karofsky. Il estime que cela détourne l’attention de l’objectif principal de ses recherches. Ces documents font également partie d'une procédure en cours.
Ces déclarations éclairent un conflit juridique tenace, qui, selon les documents judiciaires, dure maintenant depuis deux ans et demi. Un conflit dont le public n’avait, jusque-là, pas connaissance. A ce jour, il semble que le différend concerne la demande de l'institut de recherche sur l'Holocauste, le Centre Simon Wiesenthal, d’accéder aux archives entourant l'accord entre les grandes banques. Credit Suisse puis UBS ont rejeté cette demande, en rappelant que l’organisation caritative avait approuvé l’accord en 1999.
Récemment, UBS a demandé au juge fédéral américain Edward Korman de trancher et de préciser le champ de l’accord entre les grandes banques. Korman, qui a validé l’accord en 1999, connaît bien le dossier. Cependant, le juge n’a pas encore rendu de décision définitive; il a annoncé qu’une audience aurait lieu à la mi-mars.
Des soupçons de pressions
L'affirmation selon laquelle UBS tenterait, par le biais d’une procédure judiciaire, de faire taire un opposant de longue date devrait être rejetée par Karofsky cette après-midi.
Cependant, il est vrai que c’est le Centre Simon Wiesenthal qui est à l'origine des remous actuels sur la place financière suisse. En 2020, l’organisation a fait sensation en affirmant que jusqu’à 12 000 anciens employés du régime nazi auraient entretenu des relations commerciales avec la Schweizerische Kreditanstalt (futur Credit Suisse) après la guerre.
En 2021, Credit Suisse a donc chargé l’expert bancaire Barofsky d’enquêter sur ces rumeurs. En 2022, il a été licencié après des tensions internes, bien que ses recherches aient partiellement disculpé Credit Suisse. Il est apparu que le chiffre de 12 000 comptes nazis était exagéré. Après la chute de Credit Suisse, UBS a décidé de rouvrir les archives et de permettre à l’Ombudsman indépendant de poursuivre ses recherches en Suisse, sur indication de Washington.
Deux cadres d'UBS seront présents au Sénat
Mardi, le rabbin Abraham Cooper, un haut responsable du Centre Simon Wiesenthal, participera à l’audition du Sénat. Barbara Levi, directrice juridique de la UBS, est également conviée à témoigner.
Levi et Karofsky sont bien familiers avec le milieu politique américain. Ils savent que les auditions au Congrès ne visent pas toujours à éclairer la vérité, mais sont parfois un simple jeu politique. Mardi ne fera probablement pas exception.
