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Pourquoi 200 études Covid ont été mises à la poubelle en toute discrétion

Depuis le début du Covid, 206 articles scientifiques incorrects ont été supprimés des revues dans lesquelles ils avaient été publiés. Parfois plusieurs mois plus tard et après avoir fait beaucoup parler. Ce mode de fonctionnement est-il un problème? L'avis d'Olivier Dessibourg, journaliste spécialisé.
19.01.2022, 05:4819.01.2022, 22:33
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Les revues scientifiques tentent de faire le ménage. Depuis le début de la pandémie, 206 articles sur le Covid ont été rétractés, c'est-à-dire supprimés et considérés comme ne faisant plus partie de la littérature spécialisée, selon un décompte du site Retraction Watch. Parmi ceux-ci, des études qui ont animé le débat public, six d'entre elles abordant la question hautement polémique de l'Hydroxychloroquine et six autres parlant d'Ivermectine.

Selon une analyse menée sur ces données, les raisons évoquées pour ces retraits sont nombreuses: problèmes liés aux données (18%), duplications d’articles déjà publiés (11%), erreur du journal (8%), absence de validation par les pairs (6%), plagiat (4,5%), fausse validation (4%), erreur dans la méthode (2,5%)... Mais, dans la moitié des cas, les revues refusent tout simplement de dire pourquoi elles ont effacé une étude jugée erronée.

La science tourne-t-elle encore rond?

Ces articles publiés, puis supprimés ont-ils influencé la gestion de la pandémie? Représentent-ils un problème pour le monde de la recherche et comment mieux les appréhender en tant que lecteur? Nous avons posé la question à Oliver Dessibourg, journaliste scientifique et directeur de la communication scientifique de la fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator.

Plus de 200 articles sur le Covid ont été rétractés depuis le début de cette crise. Est-ce que cela vous inquiète?
Olivier Dessibourg:
En soi, non. Il y a eu des dizaines de milliers d'études publiées sur le Covid donc, si on fait le ratio, cela ne m'inquiète pas. En revanche, c'est éclairant sur la manière dont la science fonctionne aujourd'hui. Quand une étude intéressante est publiée, d'autres scientifiques vont essayer d’en reproduire le résultat et, s'ils n'y arrivent pas, cela va soulever des questions: cette étude est-elle vraiment valable? C’est là le fonctionnement normal et attendu de la science. Et donc, il arrive qu’après vérification, une étude soit retirée. Où il faut faire plus attention, c'est avec les «preprints».

Les «preprints»? Qu'est-ce que c'est?
La façon «classique» de faire de la science, c'est de mener une expérience, trouver des résultats, les décrire dans un article, le soumettre pour publication à une revue, qui va faire relire votre travail par des experts. Et finalement, si ceux-là jugent l’article valable, l’étude est publiée. Mais ce processus prend parfois beaucoup de temps. Les publications de type «preprints» permettent de publier les résultats dès qu’on les a, sans attendre la relecture par les experts. L’intérêt des chercheurs est de partager rapidement leur savoir. C'est quelque chose que l'on a beaucoup vu au début de la pandémie. Mais parfois, cette manière de faire a malheureusement semé la confusion, parce que l'on prenait trop rapidement pour argent comptant ces résultats encore non vérifiés et validés par la communauté scientifique. Il aurait fallu prendre davantage de précautions.

«Et puis, il y a des choses vraiment anormales comme les papers mills (réd: les usines à papier) qui produisent des articles faux ou frauduleux au nom de certains scientifiques pour les aider à progresser dans leur carrière»

Tous ces phénomènes sont liés au processus d'Open Access, qui a été vraiment lancé il y a une vingtaine d’années. Avant, c'étaient les lecteurs qui payaient très cher leur abonnement pour lire les revues scientifiques, mais on s'est rendu compte que cela créait une inégalité entre ceux qui pouvaient s’offrir l’accès à ces publications et les autres. Alors, un autre processus a été proposé. Désormais, c'est celui qui écrit l'article qui paie pour être publié, tandis que la lecture des publications est gratuite. Le problème, c'est que cela a donné naissance à des revues dites «prédatrices» qui encaissent l'argent pour publier, mais qui ne font pas – ou pas bien – le travail de vérification par les experts. Cela dit, ce problème est en train de changer, car les revues sérieuses d’Open Access font le ménage et n’hésitent pas à rétracter en masse des articles non valables – il en va de leur réputation.

Pour quels motifs un article peut être rétracté?
La plupart du temps, c'est parce qu'il contient des données éronnées ou trompeuses. Cela peut être intentionnel: les données ont été inventées ou falsifiées ou encore choisies parmi d’autres, récoltées lors la même expérience, pour coller à l'hypothèse de départ. Mais il peut aussi s'agir d'erreurs dans la récolte des données qui, ensuite, ont été mal interprétées.

«L'erreur, en elle-même, peut être tolérée, et la personne, pour autant qu'elle l'admette, ne va pas être clouée au pilori. L’article est alors retiré d’un commun accord»

A votre avis, est-ce que le grand public a conscience de tout ça?
Non. Le grand public connaît très mal la «fabrique de la science», comment la science se fait au jour le jour. Du postulat scientifique de départ jusqu’au Prix Nobel, tout le processus suit des mécanismes très précis qui sont très peu connus. Il y a un grand besoin à ce que le public comprenne mieux ce domaine, à commencer par les journalistes.

A vos yeux, ces 200 études, qui ont été publiées avant d'être retirées quelques mois plus tard, ont-elles eu un impact sur le débat public concernant la gestion de la pandémie?
Je vais d’abord vous répondre par un exemple. En 1998, un chercheur du nom d'Andrew Wakefield a prétendu avoir trouvé un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’apparition de l'autisme. Son étude a été publiée dans The Lancet, l'une des revues médicales les plus prestigieuses. Ses recherches ont conduit à une mise en question du vaccin contre la rougeole au sein de la population. Et des pays, notamment la Suisse, ont souffert de ça, avec un taux de vaccination contre la rougeole qui a baissé. Ce n'est qu’en 2010 qu'il s'est avéré qu'une partie des données scientifiques avait été falsifiée. L’article a été retiré et devrait donc être considéré comme simplement non valide. Pourtant:

«Certains complotistes s’y réfèrent encore. Surtout, dans l'intervalle, cette recherche a sans doute fait du tort»

C'est aussi le cas pour les études sur le Covid?
Cela dépend de plusieurs paramètres, il faudrait voir exactement dans quelle revue ces études ont été publiées, mais j'ose penser qu'elles ont eu un impact mineur. Notamment parce que les scientifiques qui accompagnent les décideurs dans la gestion de la crise se basent sur un large spectre d'études pour les conseiller, et pas seulement sur l’une ou l’autre prise isolément.

Mais vous le montriez avec l'exemple du vaccin contre la rougeole, ceux qui ont lu une étude sur l'Ivermectine, un traitement potentiel contre le Covid, quand elle a été publiée, n'ont pas forcément appris qu'elle avait été rétractée...
C'est le point central. Autant, on fait les gros titres quand il y a une découverte importante, autant quand l’étude qui la décrit est retirée, cela fait à peine une brève. C'est le même problème que les fake news: il est très difficile de les contrer avec une «vraie» news, parce que les premières ont beaucoup plus d'impact, notamment sur les réseaux sociaux. Concernant une découverte puis son «annulation», il faudrait donner le même poids aux deux nouvelles, mais, d'un point de vue médiatique, on comprend bien que la rétractation a un poids moins vendeur. Et tout cela laisse des traces, notamment sur Internet. Or, nombre de gens se référeront encore aux «fausses» traces.

Dans la moitié des cas de rétractation, les revues ne disent pas pourquoi les études sont supprimées. Est-ce normal à vos yeux?
Non.

Devraient-elles faire preuve de plus de transparence?
Bien sûr. Mais les revues scientifiques sont souvent des entreprises privées, et je ne suis pas sûr qu'on puisse les forcer à se justifier. C'est un sacré business. Elles n'ont probablement pas envie d'expliquer ce qu'il s'est passé, parce que ce n'est pas une bonne publicité pour elles d’expliquer les conditions dans lesquelles elles ont publié de fausses données.

Alors, comment fait-on pour limiter l'impact?
C'est une bonne question. Comme je l'ai dit, le monde scientifique s'autorégule, car à la longue, il y a peu de fausses études majeures ou révolutionnaires qui passent à travers les mailles du filet. Mais il faudrait mieux expliquer ce fonctionnement de la fabrique de la science:

«Il faut aussi encourager un esprit sainement critique de la part du grand public envers les informations auxquelles il est confronté, notamment scientifiques et médicales»

Il y a aussi un travail à faire du côté des médias pour qu'ils ne relayent pas une étude sans mettre de contexte, sans la faire relire et commenter par d'autres scientifiques. Pour cela, il faudrait davantage de journalistes avec des formations scientifiques dans les rédactions. Cela dit, le monde scientifique n'est pas entièrement innocent: les chercheurs subissent une immense pression pour publier, afin de faire avancer leur carrière – c’est le fameux «publish or perish». Cela peut justement conduire à des dérives. Là aussi, il y a des choses à revoir, même si les processus scientifiques et académiques sont comme un immense paquebot: il n’est pas facile de changer de cap du jour au lendemain.

En tant que lecteur, comment appréhender une nouvelle étude scientifique?
Il y a certaines questions que le citoyen lambda peut se poser. En sciences de la vie par exemple: sur quel organisme l'étude a-t-elle été menée, des souris ou des humains? Et si c'est sur l'homme, sur combien de personnes? Deux? Des milliers? On peut aussi se demander si la découverte en question a été décrite dans un article scientifique publié, ou pas. Et si oui, est-ce dans une revue qui possède un comité de lecture? Enfin, les auteurs de l’étude ont-ils des conflits d'intérêts? En fonction de tout ça, l'étude n'a pas la même importance.


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