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Sommes-nous prêts à vivre sans Covid dès jeudi? «Non, je ne pense pas»

Alain Berset a levé (presque) toutes les mesures. Fini donc le certificat Covid, le télétravail, les quarantaines et peut-être même le masque. Mais sommes-nous prêts pour un tel bouleversement? Les réponses de Patricia Failletaz, psychologue - psychothérapeute en Valais.
16.02.2022, 10:4816.02.2022, 22:42
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Les mesures Covid devraient être levées le 16 février en Suisse dès demain. Sommes-nous prêts à retrouver la vie d'avant?
Patricia Failletaz, psychologue - psychothérapeute: Non, je ne le pense pas. L'un des problèmes majeurs, c'est que c'est très déstabilisant quand les règles changent tout le temps. Avec le va-et-vient permanent du Conseil fédéral depuis le début de la pandémie, les gens auront peur - vu que c'est déjà arrivé - que l'on referme tout dans quelques mois.

«On nous a tellement drillés pour suivre les restrictions qu'il est possible que certains d'entre nous soient très déstabilisés psychologiquement»

Je crains également une perte de confiance car les messages qui ont circulé au sujet de la pandémie ont été tellement contradictoires depuis deux ans. Il peut aussi y avoir des mouvements de colère, les gens risquent de se demander: finalement tout ça, ça a servi à quoi? En tout cas, une chose est sûre, si le Conseil fédéral lâche les mesures, il pourra difficilement revenir en arrière.

Vous pensez que la sortie de crise sera plus difficile à gérer psychologiquement que le début?
Il y a eu tellement de tensions, que ce soit pour protéger les personnes à risques ou âgées, inciter le port du masque en permanence et vacciner un maximum de personnes même des enfants, que nous avons tout été perturbés dans notre quotidien. Il est possible que certains éprouvent une sorte de soulagement au début de la levée des restrictions, alors que d'autres ressentiront une sorte de flottement, voire des angoisses face à l'inconnu car:

«Nous avons depuis deux ans, un sentiment récurrent d'être en phase d'expérimentation»

Il ne faut pas oublier que les gens supportent difficilement les contraintes. Il est possible donc que pour certains, et je pense en particulier aux jeunes qui ont souffert de cette crise sanitaire, la fiesta sera au centre de toutes les préoccupations. Je ne sais pas si les autorités ont anticipé cela et comment elles vont y remédier.

Doit-on s'attendre à une sorte de choc émotionnel?
Probablement. C'est un peu comme après une période d'examens, on a fini de résister, de lutter, d'être sur le qui-vive et il s'ensuit une espèce de «down». C'est la retombée de l'adrénaline qui est dangereuse et qui peut entraîner des séquelles psychologiques à la suite de cette période de crise.

Le débat sur le Covid et le vaccin a fracturé certaines familles. Pensez-vous qu'elles vont se rabibocher naturellement?
Je crains que non. Quand vous vous forgez une opinion sur quelque chose, qu'elle soit positive ou négative, vous passez votre temps à confirmer votre point de vue grâce aux informations que vous trouvez. Dans la recherche, on nomme cela l'effet Rosenthal, qui est un biais de confirmation. Par la suite, il est extrêmement difficile de revenir en arrière.

«C'est une question d'égo, de fierté, mais c'est aussi cognitif: votre cerveau a reçu tellement d'informations allant dans un sens qu'il est très difficile de changer»

Objectivement, la fin de la pandémie est une bonne nouvelle, mais est-ce que certains vont le vivre négativement?
Ceux qui ont vécu dans la peur depuis deux ans ne seront pas si facilement rassurés. Certains ne vont pas croire que c'est enfin fini. De la même manière que l'on a vu surgir un mouvement anti-vaccin, je ne serai pas étonnée de voir apparaître un mouvement anti fin des mesures. Il y a des gens qui ont tellement intégré intellectuellement toutes ces restrictions que cela va être compliqué de leur dire: maintenant, c'est bon, on arrête tout!

Vous pensez que le Covid va nous manquer?
Je ne l'espère pas. Mais ceux qui ont construit leur existence autour du virus depuis deux ans, que ce soit pour s'en protéger ou pour se rebeller contre les mesures, peuvent ressentir une sorte de deuil. Beaucoup de gens qui éprouvaient un vide dans leur existence se sont rassemblés autour de ce thème, notamment les antivax:

«Avec le Covid, ceux qui étaient seuls se sont trouvé une raison de se réunir»

Depuis mars 2020, tous nos problèmes personnels ont été relégués au second plan par la pandémie. Vont-ils nous revenir en pleine face?
L'avantage de cette pandémie sur le plan psychologique, c'est qu'elle nous a remis en phase avec ce qui était essentiel dans nos vies. Ce que j'observe en consultation, c'est que le Covid a agi comme un révélateur. Ceux qui étaient en forme avant se sont épanouis durant la pandémie, car ils ont repensé leur mode de vie, alors que l'équilibre des plus fragiles s'est davantage péjoré. Leur capacité de résilience étant moindre, ils se montrent d'autant plus dépendants envers l'extérieur. Je crains que ces gens-là développent de nouveaux symptômes et qu'ils se sentent encore plus mal malgré le retour de la liberté.

La fin des mesures approche, peut-on s'y préparer pour amortir le choc?
Je n'ai pas l'impression. Tant que les choses ne seront pas officielles, on peut difficilement s'y préparer. C'est comme si une guerre durait depuis deux ans et qu'on vous disait qu'il ne reste plus qu'un mois. Vous allez avoir de la peine à y croire tant que ça ne se sera pas concrétisé.

Cette interview a été publiée pour la première fois le 1er février.

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