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Interview

«Alain Berset était obligé de lâcher un peu de lest»

Le Conseil fédéral rouvre quelques vannes de la vie sociale dès le 19 avril, en prenant un «risque calculé». Un risque qui ressemble à un exercice de communication et de gestion des pressions politiques. Réaction à chaud du politologue René Knüsel.



Le Conseil fédéral parle d'une «prise de risque calculée» en décidant d'alléger les mesures contre le virus. Ça veut dire quoi concrètement?
René Knüsel: Que c'est d'abord un exercice de communication. Le Conseil fédéral satisfait un certain nombre de revendications, mais pas complètement. On est à mi-chemin. Et le calcul du risque, c'est ça. On ouvre un certain nombre de possibilités, tout en sachant que ça aura une incidence en termes épidémiologiques. Mais l'équation est difficile: il faut communiquer par rapport à une situation sanitaire qu'on ne contrôle pas, tout en cherchant l'adhésion de la population qui est aujourd'hui indispensable.

Pourtant, quand on écoute les spécialistes sanitaires, notamment l'Office fédéral de la santé publique de Suisse (OFSP), c'est tout sauf le moment d'ouvrir les vannes...
Oui. Rappelons quand même que quand l'Etat intervient, il assume une responsabilité collective complète. Le Conseil fédéral continue d'ailleurs d'imposer tous les gestes barrières connus à ce jour et de renvoyer encore plus qu'hier à la responsabilité individuelle. Parce qu'il ne s'agit plus de ne faire que du contrôle unique et total de l'épidémie quand on ouvre les vannes. Et puis, Alain Berset, avec ces assouplissements modérés, garde tout de même une certaine marge de manœuvre.

D'ailleurs, Alain Berset était obligé de lâcher du lest non?
Oui. Surtout parce qu'il s'y était engagé il y a quelques semaines. Je pense malgré tout que la population aurait pu adhérer aujourd'hui à des assouplissements moins prononcés si le Conseil fédéral n'avait pas fait l'erreur dans le passé de lui promettre des réouvertures précises.

Si dans 15 jours il y a une flambée de cas ou de décès, c'est une catastrophe politique?
Ce serait évidemment le pire des scénarios pour nos dirigeants. On en revient finalement au calcul du risque, communiqué par Alain Berset. Et il est tout à fait possible, étant donné que la responsabilité individuelle est à nouveau au cœur des mesures, que le Conseil fédéral nous dise à ce moment-là «On vous l'avait annoncé». Il faudra trouver des boucs émissaires, c'est certain.

«Tout retour en arrière est un désaveu de la politique que l'on a menée»

René Knüsel, politologue à l'Université de Lausanne

Le Conseil fédéral croulait sous les critiques et les pressions politiques de toutes parts. On va lui lâcher un peu la grappe grâce à ces nouveaux assouplissements?
Non, pas vraiment. Que ce soit l'Union suisse des arts et métiers (USAM) ou l'UDC, il y a fort à parier que ceux qui mettaient la pression diront très vite que c'est très insuffisant, que le Conseil fédéral commence à les écouter, mais qu'il peut faire beaucoup mieux. La pression ne va pas retomber. Notamment culturelle et économique, et ce malgré la réouverture. Mais je trouve que le Conseil fédéral est plutôt cohérent aujourd'hui par rapport à la ligne qu'il s'était fixée, qui était «On va y aller prudemment». Une cohérence qui a clairement manqué en deuxième partie d'année dernière, notamment.

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