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Un militant d'Extinction Rebellion lors de l'action «Rebellion of One» à Genève le 8 mai dernier.
Un militant d'Extinction Rebellion lors de l'action «Rebellion of One» à Genève le 8 mai dernier.Image: KEYSTONE
Interview

Climat: «On n’a plus d’autre choix que de paralyser une ville»

Le mouvement XR passe à la vitesse supérieure et somme le Conseil fédéral de dire la vérité sur l'urgence climatique et d'agir en conséquence. Sinon? Le mouvement va paralyser Zurich dès lundi. Le chantage, nouvelle arme des défenseurs du climat? On a posé la question à l'une des porte-paroles.
26.10.2021, 18:0626.10.2021, 18:10
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Le 22 juin, Extinction Rebellion a fait parvenir une missive au Conseil fédéral intitulée «Dernier appel avant la rébellion». Une lettre qui n'a rien d'un poème puisque le mouvement sommait nos ministres fédéraux:

  1. De dire la vérité: Déclarer l’urgence climatique et écologique.
  2. D'agir maintenant: Mettre fin immédiatement à la destruction des écosystèmes, et réduire les émissions anthropiques de gaz à effet de serre à zéro net d’ici à 2025.
  3. De dépasser les divisions et blocages politiques: Mandater des assemblées citoyennes tirées au sort pour décider de la marche à suivre.

Le Conseil fédéral avait jusqu’au 20 septembre pour donner «une réponse adéquate» à Extinction Rebellion. Sinon? Le mouvement paralyse Zurich. Alors que le mouvement se déploie aujourd’hui, on a voulu creuser ce durcissement militant avec Anaïs Tilquin, membre de l'équipe média.

Le chantage, c’est la nouvelle arme des défenseurs du climat?
Anaïs Tilquin: Si par chantage, vous parlez de menaces, qui menace qui et de quoi, en réalité? Des citoyens qui ont peur pour leur avenir et qui ont raison puisque plusieurs décennies de sciences leurs donnent raison? Des gens désespérés au point de n’avoir plus rien à perdre? En face, on a des personnes au pouvoir qui nous menacent toutes et tous d’une planète invivable et d’une extinction de notre espèce. Sans oublier les famines, les guerres et les crises migratoires qui en découlent.

Ce n’est pas la première fois qu'Extinction Rebellion bloque le trafic en Suisse, avec des résultats concrets plutôt timides, voire inexistants. Pourquoi ça fonctionnerait cette fois à Zurich?
Jusqu’ici, les blocages n’avaient jamais vraiment servi à obtenir quelque chose. Ce n’était pas des campagnes, mais des manifestations et des cris d’appel dans l’espace public. C’était des entraînements aussi.

«On ne s’improvise pas "bloqueurs de route" comme ça. Nous étions en phase d’apprentissage. Et je crois que ça a permis de rendre l’urgence climatique tangible pour beaucoup de monde»

Critiquer les décisions prises par un gouvernement, c'est une chose. Là, vous brandissez des représailles si le Conseil fédéral n'agit pas comme vous le désirez.
Je crois qu'on est simplement transparents sur nos craintes. On est désespérés et on n’a plus d’autres choix que de paralyser une ville pour que nos demandes vitales soient enfin entendues. Les militants se sentent contraints et forcés de le faire. On préférerait ne pas avoir à bloquer des villes. C’est une déclaration de désespoir, mais aussi d’espoir que le Conseil fédéral écoute enfin les scientifiques.

La Suisse possède un système politique imparfait, mais envié par de nombreux pays. L'urgence climatique justifie-t-elle de s'asseoir sur les fondements de cette démocratie suisse en exigeant et en menaçant?
On ne s'assoit pas du tout sur la démocratie! Les manifestations, a fortiori non violente, font partie des droits démocratiques. Les rebelles d'Extinction veulent à tout prix éviter de tomber dans une guerre civile ou dans le totalitarisme, qui sont des dangers réels dans un monde où les ressources se feront de plus en plus rares et les catastrophes climatiques plus fréquentes! C’est pour ça que les rebelles préfèreraient que les gens qui pensent différemment se parlent plus, par exemple dans des assemblées citoyennes.

«Si le gouvernement décidait d'une transition vers le zéro carbone à la vitesse requise déjà par l'Accord de Paris, il se retrouverait dans l'obligation d'imposer des solutions drastiques»

La Rébellion ne veut rien imposer aux gens, elle demande qu'on instaure des assemblées citoyennes composées de, par exemple, 150 personnes tirées au sort. Ce n'est pas un truc qui sort de nulle part, ça existe déjà ailleurs et ça s'intègre très bien dans les institutions démocratiques.

Reste que les votations du 13 juin (la loi sur le CO2 et les pesticides) démontrent que les Suisses ne sont pas prêts à tout abandonner pour sauver la planète.
On peut sortir de grands concepts et dire que le peuple s'est exprimé. On peut aussi se demander si le système actuel est le meilleur à disposition pour que la collectivité s'exprime et soit entendue. Les lobbies et le marketing sont évidemment très présents et on sait aujourd'hui qu'il y a une corrélation entre l'argent dépensé par les partis durant les campagnes et les votes des citoyens.

Vous voulez dire que sans le marketing et les lobbies, le peuple serait naturellement plus proche de vos idées?
Pas nécessairement. Mais le concept de l'assemblée citoyenne, et ça a déjà été démontré en France ou en Angleterre, c'est de pouvoir s'approcher de l'avis le plus éclairé que pourrait avoir le peuple. Grâce notamment à l'information donnée par des experts, c'est la première étape, et ensuite la délibération: l'assemblée échange sur le sujet, se confronte parmi et fait évoluer ses connaissances.

Vous avez la conviction que la population suisse rêve aujourd'hui d'être représentée par une assemblée tirée au sort?
Si l'assemblée citoyenne se trouve être une si terrible idée une fois en place, je pense que les personnes qui représenteront la population diront très vite que c'est de la merde. Et dans le cas contraire, c'est une auto-validation plutôt saine.

Revenons à vos revendications: il y avait peu de chances que le Conseil fédéral entre totalement en matière. Au fond, vous savez déjà que vous alliez bloquer Zurich, non?
Encore une fois, personne n'ira bloquer des routes de gaieté de coeur. Mais les rebelles sont prêts à se faire arrêter, oui. Ils sont prêts à aller en prison. Ce sont des gens normaux, qui n'ont jamais enfreint la loi et qui aimeraient qu'on pense à leur avenir.

Plus le nombre de citoyens arrêtés sera grand, plus la justice aura fort à faire, notamment face à l'opinion publique. C'est un électrochoc moral que vous cherchez à créer?
Exactement. On ne peut pas mettre en prison des milliers de citoyens qui ont peur pour leur survie sans se confronter à quelque chose qui va bien au-delà des textes de loi.



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