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Interview

Drame de Montreux: «Parler d'un suicide collectif est totalement déplacé»

Philip Jaffé, psychologue, professeur à l'Université de Genève et membre du Comité des droits de l’enfant à l'ONU, réagit pour <em>watson</em> à la thèse du suicide collectif, privilégié par les autorités vaudoises.
Philip Jaffé, psychologue, professeur à l'Université de Genève et membre du Comité des droits de l’enfant à l'ONU, réagit pour watson à la thèse du suicide collectif, privilégié par les autorités vaudoises. keystone
Mardi, dans le cadre du drame de Montreux, la police cantonale vaudoise a déclaré qu'elle privilégiait la thèse du «suicide collectif». Peut-on réellement envisager une telle piste quand une fillette de 8 ans fait partie des victimes? On a posé la question à Philip Jaffé, psychologue genevois et membre du Comité des droits de l’enfant à l'ONU.
29.03.2022, 18:5130.03.2022, 18:37
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Les autorités privilégient, pour l’heure, la thèse du suicide collectif. A chaud, il paraît inimaginable qu’une enfant de 8 ans puisse mourir volontairement en compagnie de toute sa famille. Qu’en pensez-vous?
Philip Jaffé: Je partage votre avis. D’autant que chaque mot que vous utilisez ici a une signification précise, et les nuances sont infinies. Volontairement? C’est en effet très difficile à concevoir qu’un enfant de cet âge pense consciemment à l’idée de mourir. Ce cas me dérange beaucoup. Nous sommes aux confins de la maladie mentale d’une seule ou de plusieurs personnes.

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La thèse du «suicide collectif» vous semble peu probable?
En premier lieu, l’expression «suicide collectif» est, ici, tout à fait déplacée. Qui s’est vraiment suicidé? Qui a été aidé, convaincu ou poussé à envisager l’irrémédiable? Un suicide est d’abord une décision, voire une pulsion personnelle. Cette décision peut parfois être partagée par plusieurs personnes adultes qui, au même moment, seraient dans un même délire, une même idéologie ou un même désarroi. Mais, lorsqu’il y a des enfants, c’est absolument improbable de parler de suicide collectif.

«En pleine possession de son libre arbitre, il y a très peu de chances qu’un enfant se donne la mort pour répondre à l’unique désir de l’un de ses parents»

Mais, de manière générale, un parent est en mesure de convaincre facilement un enfant, non?
Malheureusement, je pense effectivement que c’est très facile de convaincre un enfant de faire quelque chose. C’est une question d’autorité et, surtout, de qui la possède. Un étranger va évidemment avoir beaucoup plus de peine à influencer une enfant de 8 ans que son propre père. Encore plus si la famille vivait coupée du monde.

A 8 ans, a-t-on conscience de trouver la mort en sautant d’un balcon?
Je dirais que ça dépend des enfants, mais à huit ans, c’est le début d’une prise de conscience concrète de la finalité de la vie et d’une compréhension du principe de la mort. La hauteur et le vide sont, en tous les cas, synonymes de danger.

Si les parents sont confrontés à des problèmes importants, à quel point les enfants comprennent-ils la gravité d’une situation?
Encore une fois, tout dépend de l’enfant, de son éducation et du cadre familial dans lequel il a évolué. Si l’un des parents souffre d’une maladie mentale, d’un problème de boisson ou d’addiction de manière générale, l’enfant bénéficie généralement d’informations provenant de l’extérieur du foyer. Il a des points de comparaison avec ses copains à l'école. Quand un enfant vit dans des conditions autarciques, isolé du reste du monde, son libre arbitre est passablement affaibli ou peu développé. Si vous contrôlez totalement un environnement, le jugement individuel n’existe plus. Comme des adultes dans une secte, d’ailleurs.

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