Suisse
Justice

Danse: l'ex-directeur d'Interface prend deux ans de prison

Le Tribunal de Sion a jug
Le Tribunal du district de Sion.Keystone

L'ex-directeur d'une compagnie de danse suisse prend deux ans de prison

L'ancien directeur de la compagnie de danse valaisanne Interface a été condamné mardi à 24 mois de prison, dont six mois ferme. Le Tribunal du district de Sion l'a jugé coupable de contrainte sexuelle et tentative de viol, mais pas de séquestration et d'enlèvement.
31.03.2026, 20:4731.03.2026, 20:47

Le prévenu, désormais âgé de 62 ans, est contraint de lui verser 12 000 francs d'indemnités à une jeune femme, âgée de 16 ans à son entrée dans la compagnie, qui a été victime de contrainte sexuelle et de tentative de viol, en lien avec plusieurs épisodes remontant à 2013. La cour a décrété que ceux-ci étaient «avérés» et que les deux victimes concernées par les faits jugés étaient «parfaitement crédibles.»

«Cela m'a fait beaucoup de bien d'entendre les mots de la présidente, de me sentir entendue et crue, surtout, a déclaré à l'issue du verdict la seule victime à s'être portée partie plaignante. C'est le début d'un nouveau chapitre»

L'autre volet de l'affaire, soit l'altercation survenue entre l'ex-dirigeant et une ancienne collaboratrice en 2011 – durant laquelle il l'a enfermée pendant plusieurs minutes dans une salle sans lui permettre de sortir – a donc elle aussi été assimilée à un récit véridique. En revanche, les motifs juridiques ne sont pas suffisants pour les chefs d'accusation de séquestration et d'enlèvement, ont estimé les juges.

Cinq ans de procédure

De nombreux témoins ont été entendus dans le cadre de la procédure, démarrée il y a cinq ans. Les juges ont ainsi relevé le «courage» des victimes et salué la libération de la parole qui s'opère actuellement en matière de violences sexuelles, notamment dans les milieux artistiques.

Il y a, certes, une liberté artistique, mais elle trouvera ses limites, «ce qu'a ignoré l'accusé» qui ne s'est «jamais soucié de l'accord des autres», a estimé la cour. Elle a ainsi reconnu la «lourde responsabilité» du sexagénaire« et souligné «l'absence totale de prise de conscience de la gravité de ses agissements». Entendu en ouverture d'audience la veille, l'ancien directeur avait rejeté l'ensemble des accusations faites à son encontre.

«C'est une affabulation»
L'ancien directeur

Son avocat Guillaume Grand s'est, lui, dit «déçu» du verdict prononcé mardi en soirée. «Le tribunal n'a pas analysé de manière assez détaillée les contradictions» du dossier, a-t-il estimé. La veille, le défenseur avait dénoncé la «sacralisation de la parole des victimes» et opté pour une lecture alternative des témoignages convoqués.

La cour n'a, en outre, pas accordé à l'accusé les 50'000 francs demandés pour tort moral. Son avocat a déjà annoncé que son client ferait recours au jugement.

Un manipulateur «obsédé par la sexualité»

Le procureur Olivier Elsig, qui avait requis 24 mois de prison ferme, s'est dit «extrêmement satisfait» du verdict, gage de «reconnaissance de ce qui a été dénoncé par les victimes». Et ce, malgré que les faits se soient tenus à huis clos. Les juges ont également reconnu qu'une emprise psychologique est suffisante pour retenir la contrainte, sans qu'une menace physique ne soit nécessaire.

Le Ministère public avait dressé lundi le portrait d'un homme non violent, mais manipulateur, obsédé par la sexualité et dont l'emprise psychologique sur ses collaborateurs et collaboratrices étaient au coeur du dossier.

La cour s'est donc majoritairement alignée sur ce portrait de l'ancien directeur, en reconnaissant notamment qu'il a agi «avec consience et volonté de pression» et usé de sa position dominante, «tirant parti de l'adolescente» qui s'est constituée partie plaignante.

Les rêves de la jeune femme ont été «anéantis» et les conséquences des actes de son directeur sur elle sont «extrêmement graves», avait appuyé son avocat Guillaume Salman lundi, en réclamant 22 000 francs d'indemnités.

Révélations du Nouvelliste

C'est en 2021 que le Nouvelliste avait mis en avant le fonctionnement sectaire de l'institution sédunoise, pointé du doigt les comportements de son directeur et dénoncé les agressions sexuelles qui y avaient cours. La procédure pénale avait été ouverte dans la foulée.

Depuis, une partie des faits ont été classés pour prescription ou absence de preuve. En 2022, le Ministère public avait classé le pan financier de l'affaire.

Subventions de la ville de Sion

Créée en 1990 par l'ancien directeur, Interface était subventionnée par la Ville de Sion. Rapidement après les révélations du quotidien valaisan, cette dernière avait réagi en gelant ses subventions (70 000 francs par an) et résilié le bail des locaux loués par la compagnie.

Désormais condamné, le cofondateur de l'institution vivait déjà en retrait de la société ces dernières années, malgré le soutien moral et financier offert par ses proches. A son arrivée à Sion lundi, il avait d'ailleurs déclaré n'être «plus grand chose», même s'il maintenait certaines de ses activités en tant que compositeur.

(sda/ats)

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