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Alcool à la Migros? Pourquoi c’est tout le pays qui va en parler

Migros pourrait bien faire le choix d’intégrer dans son assortiment des produits alcoolisés. Le débat sera national, et les milieux de la prévention tirent la sonnette d’alarme.
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20.07.2021, 05:5020.07.2021, 17:57
Petar Marjanović
Petar Marjanović
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Le supermarché en ligne de Migros est déjà plein d'alcool. La pandémie nous l’a bien rappelé à un moment où pâtes, sauces, lait, bière et vin ont été allègrement commandés sur internet. Dans les magasins «physiques», toutefois, l’alcool est absent des rayons depuis la fondation de l’enseigne orange, en 1925.

Cela a donc toujours été le cas et tout le monde le sait. Peu toutefois se souviennent des raisons de cette inhabituelle abstinence: le fondateur de Migros, Gottlieb Duttweiler, affectueusement surnommé «Dutti», l'avait voulu ainsi pour promouvoir la santé publique à un moment où l’alcool était perçu comme une plaie. Cet automne, la règle historique pourrait disparaître, des membres individuels de la coopérative ayant proposé de voter sur la question de l'alcool, si l’on en croit la Sonntagszeitung et Le Matin Dimanche.

«Dutti»
«Dutti»
photopress-archiv

Si l’on rembobine un peu, ce n’est de loin pas la première fois qu’il y a des interrogations sur cette interdiction que s’auto-inflige Migros. Depuis des décennies, de nombreux experts interrogent la pertinence de la logique idéologique – la promotion de la santé – qui contredit toute logique économique. Depuis des décennies aussi, on relève cette petite odeur d’hypocrisie qui se dégage du géant orange, lui qui invite d’autres enseignes à vendre de l’alcool à deux pas de l’entrée de ses magasins.

Le débat est aussi revenu il y a près de 25 ans, quand Migros s’est offert l’enseigne de luxe Globus (revendue en 2020). Au grand jour, s’affichait alors le tiraillement entre une nouvelle génération de dirigeants et une espèce de vieille garde, faite de disciples de Gottlieb Duttweiler. A l’époque, on critique l’entrée de l’alcool et du tabac par la petite porte. On parle de violation des statuts de la coopérative. On parle de coup de canif dans les principes historiques de la Migros.

keystone

Entre 2003 et 2004, l’alliance entre le supermarché en ligne LeShop et Migros ouvrait une nouvelle brèche dans les statuts. Dernier coup de tonnerre en 2017, quand Migros acquiert Denner, enseigne bien connue pour sa large offre alcoolisée. Enfin, il y a eu les magasins «Voi», en Suisse alémanique, et Migrolino qui proposent sans sourciller les produits que Migros s’interdit.

Qu’importe l’époque, la réponse a toujours été la même: tant que les enseignes vendant clopes et alcool n’arborent pas le nom Migros ou la lettre M, c’est OK. Sauf que depuis la mue de LeShop en Migros Online l’an dernier, le flou s’est renforcé.

Une dizaine de votes

Selon les journaux dominicaux, la prochaine tentative de réorientation de Migros sur la question de l'alcool est donc pour tout bientôt. Mais contrairement à d'autres détaillants, ce n'est pas une direction ou un conseil d'administration qui décidera «par le haut»: en tant que coopérative, ce sont les plus de deux millions de membres de cette dernière qui choisiront l’orientation de l'entreprise.

Actuellement, l’interdiction de vendre de l’alcool figure dans les statuts juridiquement contraignants des dix coopératives régionales et de la fédération des coopératives, au niveau national.

Des membres de la coopérative, à l’heure d’un vote.
Des membres de la coopérative, à l’heure d’un vote.
Image: KEYSTONE

Concrètement, une motion veut supprimer cette interdiction, une seconde veut la conserver, alors qu’une troisième veut supprimer l'interdiction de l'alcool uniquement. Un premier vote aura lieu en novembre, lors de l'assemblée des délégués.

Si ces derniers se prononcent en faveur d'un assouplissement, un scrutin sera organisé, et les deux millions de membres de la coopérative y participeront. Si c’est un oui qui sort de cette votation, les coopératives régionales pourront décider elles-mêmes de l'orientation qu'elles souhaitent.

Alcoolisme: un risque supplémentaire?

Du côté des organismes de prévention, on voit d’un oeil méfiant ces discussions à venir. «Il faut se mettre dans la peau des personnes alcooliques ou abstinentes: elles peuvent être heureuses de faire leurs achats quotidiens dans un magasin sans qu'on leur rappelle l’existence de l'alcool», souligne Monique Portner-Helfer, porte-parole d’Addiction Suisse.

Pour les experts en addiction, il est incontesté que la consommation d'alcool est stimulée lorsqu’il devient moins cher, plus attrayant ou plus facile d’accès. Pour Addiction Suisse, cela se vérifie dans les villages où Migros est parfois le seul magasin disponible: là, il faut faire davantage d’efforts pour se procurer des boissons alcoolisées.

Autre point qui préoccupe Monique Portner-Helfer: l’effet possible de l’économie de marché. «La guerre des prix pour l'alcool va-t-elle s'intensifier si un autre grand détaillant vend ces produits?», s’interroge-t-elle.

«Aujourd'hui, il est déjà possible de se saouler pour deux francs. Si les prix baissent encore, ce serait fatal du point de vue de la prévention»
Monique Portner-Helfer

Pourquoi maintenant?

L'ancien conseiller national socialiste Philipp Hadorn, qui siège au conseil d'administration de la Croix Bleue, est un peu plus diplomate. Il ne veut pas diaboliser la possibilité pour Migros de se repositionner sur cette question.

«Mais toute cette discussion surgit aujourd’hui sans aucune nécessité: Migros s'est bien portée pendant des années avec sa politique. Cela correspondait également à sa ligne sociale: Gottlieb Duttweiler voulait vendre de la nourriture à bas prix aux travailleurs», souligne-t-il.

Philipp Hadorn laisse ouverte la question de savoir si l’interdiction est nécessaire. Il conclut: «Nous ne devons pas oublier qu'il y a beaucoup de personnes dans notre pays qui, malheureusement, ne peuvent pas toujours contrôler leur consommation d'alcool. Migros les a aidés, pour ainsi dire, et jeter ça par-dessus bord maintenant? Je ne comprends pas.»

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Les intempéries en Suisse
source: sda / salvatore di nolfi
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