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Image: Montage Watson

Du Covid plein les bras, les enfants vont-ils gâcher Noël?

Actuellement, les 0-9 ans et les 10-19 ans sont les deux catégories d'âge les plus touchées par le Covid en Suisse. Les cantons romands commencent à prendre des mesures. Mais pourquoi avoir autant attendu? Et surtout, comment sauver les fêtes?
08.12.2021, 05:3808.12.2021, 17:58
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Dans quelques jours, les enfants pourraient bien jouer les trouble-fêtes de fin d'année. Enfin, plus que d'habitude. On ne parle pas ici de faire tomber le sapin ou de réciter des poèmes littéralement sans fin, mais bien de ramener leur nouveau copain Covid aux repas de famille avec grand-papa et grand-maman.

«Nous savons que le virus se propage fortement chez les enfants de 5 à 11 ans. Cette tranche d'âge est très touchée»
Virginie Masserey, OFSP

En effet, selon les derniers chiffres de la Confédération, les deux catégories d'âge les plus contaminées par le Covid fin novembre sont les 0-9 ans (747 cas pour 100 000 hab.) et les 10-19 ans (1219 cas pour 100 000 hab.). Avec 10 402 infections recensées du 22 au 28 novembre, ces derniers décrochent même le peu glorieux record du plus grand nombre de cas sur une semaine pour une tranche d'âge depuis le début de la pandémie.

Pourquoi n'a-t-on pas protégé les enfants plus tôt?

Une récente étude de l'Institut Pasteur l'a prouvé, avoir des enfants à la maison augmente de 30% vos chances d'attraper le Covid. Une situation qui n'étonne pas Olivia Keiser, professeur d'épidémiologie à l'Institut de Santé Globale de l'Université de Genève:

«Je suis inquiète pour les fêtes de fin d'année. Très peu de mesures ont été prises pour protéger les enfants. En tout cas pas celles qu'il fallait»
Olivia Keiser, professeur d'épidémiologie à l'Institut de Santé Globale de l'Université de Genève

Depuis le début de la semaine, certains cantons romands tentent de mettre en place des restrictions. Ainsi, Genève a imposé le masque dès 8 ans, Vaud dès 10 ans et Neuchâtel dès 12 ans. Mais vendredi dernier, sous la pression des cantons, le Conseil fédéral a renoncé à imposer des tests systématiques dans les écoles.

Mais pourquoi ne pas avoir agi plus vite? Olivia Keiser souligne que, dès le départ de la pandémie, la communication a été problématique sur la question des enfants. «Au début, on nous a dit qu'ils ne s'infectaient pas, puis qu'ils ne transmettaient pas aux adultes. Mais on constate aujourd'hui que ce n'est pas vrai.»

Tout en rappelant que le Covid long et les formes graves de la maladie sont moins fréquents chez les plus jeunes, la professeure d'épidémiologie précise qu'ils peuvent tout de même survenir. Elle ajoute:

«En transmettant le virus, les enfants contribuent beaucoup à l'épidémie que l'on connaît actuellement»
Olivia Keiser, professeur d'épidémiologie à l'Institut de Santé Globale de l'Université de Genève

A ses yeux, les discussions à ce sujet ont été brouillées par la politisation du débat et la forte résistance d'une partie des parents, notamment contre le masque. Un point de vue partagé par le pédiatre et infectiologue genevois Alessandro Diana. «Je comprends leur inquiétude, comme tous les mammifères, on essaie de protéger nos petits. Le réflexe de surprotection est inscrit dans nos gènes.»

De ce qu'il observe dans son cabinet, le pédiatre n'est pourtant pas certain que les enfants seraient si perturbés que ça de devoir porter le masque. «Est-ce que ce n'est pas plutôt une projection de nos craintes d'adultes? Et le masque me semble moins traumatisant qu'une hospitalisation ou la perte d'un parent ou d'un grand-parent.»

Le masque, mais dès quel âge?

Alessandro Diana prône donc, lui aussi, le port du masque pour les enfants dès maintenant. Sans articuler d'âge précis, l'infectiologue met en avant le cas des Etats-Unis, qui l'imposent dès deux ans, et celui de l'Italie où les élèves doivent le porter dès la primaire.

«On peut se dire: mettons le masque à ceux qui peuvent l'enlever par eux-mêmes s'il les dérange»
Alessandro Diana, pédiatre et infectiologue

Si elle confirme l'utilité du masque pour tous les enfants en âge d'aller à l'école, Olivia Keiser pointe également d'autres solutions pouvant être instaurées rapidement chez les plus jeunes, notamment une meilleure aération des classes, l'utilisation de capteur de CO2 ainsi que le recours à des quarantaines et à des tests systématiques des élèves deux fois par semaine. «Cela permettrait de détecter le virus beaucoup plus tôt. Si on attend que les symptômes apparaissent, c'est trop tard.»

Celle qui a copublié l'article A public health strategy for SARS-CoV-2, grounded in science, should guide Swiss schools through the coming winter («une stratégie de santé publique basée sur la science devrait guider les écoles suisses cet hiver») en octobre dernier propose même une mesure plus catégorique:

«Ce qui serait aussi efficace, ce serait de fermer les écoles plus tôt avant les fêtes. Cela permettrait de limiter les infections avant les repas de famille»
Olivia Keiser, professeur d'épidémiologie à l'Institut de Santé Globale de l'Université de Genève

Une stratégie déjà mise en place par la Belgique, par exemple, qui a décidé d'avancer ses vacances scolaires d'une semaine. Si Alessandro Diana confirme l'efficacité de la mesure, il souligne qu'elle n'est à utiliser qu'à bon escient. «Cela arrête de manière drastique la transmission, mais on le fait seulement quand on est au bord de la rupture du système sanitaire. Parce que cela pose d'autres problèmes: qui va garder les enfants?»

Refuser de vacciner les enfants serait «non éthique»

Même si elle n'aura pas d'influence directe sur les fêtes de fin d'année, la vaccination des 5-11 ans est une autre solution qui devrait être proposée dès que possible en Suisse, selon Olivia Keiser. «Aux Etats-Unis, des millions d'enfants ont été vaccinés et on observe encore moins d'effets secondaires que chez les adultes.» A ses yeux, cela permettrait aux parents qui le souhaitent de protéger leur progéniture. Elle précise:

«On vaccine les enfants contre beaucoup d'autres maladies moins graves que le Covid»
Olivia Keiser, professeur d'épidémiologie à l'Institut de Santé Globale de l'Université de Genève

Alessandro Diana approuve et va même un pas plus loin. «A mes yeux, il est non-éthique de ne pas offrir cette protection aux enfants dès cinq ans.» L'expert auprès de la plateforme Infovac invite toutefois à procéder à une sérologie avant, afin de savoir si l'enfant a déjà des anticorps ou pas. Et là se pose un sacré dilemme pour les parents. «Si mon enfant est séronégatif, en tant que parent, est-ce que je préfère l'exposer au virus ou au vaccin

Et le jour de Noël?

Mais dans l'immédiat, comment fêter Noël en sachant que les enfants risquent de débarquer avec un cadeau non désiré? «L'idéal serait d'éviter les grands repas de famille. De se voir dehors ou en petit groupe», détaille Olivia Keiser. Elle conseille également d'ouvrir les fenêtres régulièrement et de se faire tester avant les réunions sous le sapin. Invitant, lui aussi ,à respecter les gestes barrières et les distances, Alessandro Diana conclut:

«En tant que grands-parents non vaccinés, peut-être qu'il vaut mieux ne pas embrasser ses petits-enfants»
Alessandro Diana, pédiatre et infectiologue

Et si on devait porter le masque à vie? Décryptage en vidéo

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