Cet élu romand d'extrême gauche défend la stratégie policière de la nasse
Le 14 juin 2026, la manifestation No G7 a dégénéré dans les rues de Genève. Des membres du black bloc ont commis des déprédations et affronté les forces de l’ordre, avant de retirer ou de brûler leurs vêtements noirs pour se fondre parmi les autres participants. En début de soirée, la police a encerclé 549 personnes sur le quai Wilson.
Le groupe comprenait des manifestants pacifiques, des organisateurs et de simples passants, mais aussi des individus susceptibles d’avoir participé aux violences. Les contrôles se sont ensuite prolongés en pleine nuit. Les dernières personnes retenues n’ont été libérées qu’entre huit et dix heures plus tard, aux premières lueurs du matin. La durée et les conditions de l’opération, alors que de nombreux casseurs avaient malgré tout échappé au dispositif, ont provoqué polémique et incompréhension.
Mardi 21 juillet, une pétition munie de plus de 3200 signatures a été remise au Grand Conseil genevois. La Coordination genevoise pour le droit de manifester réclame que cette pratique, assimilée à une «punition collective», soit définitivement abandonnée à Genève.
Une position que ne partage pas Marc Vuilleumier. Ancien municipal lausannois chargé de la Sécurité publique, cet élu de la gauche radicale siège toujours comme député POP au Grand Conseil vaudois.
Déjà une nasse à Lausanne en mai 2008
Le 27 mai 2008, Marc Vuilleumier s'est trouvé au centre d’une controverse comparable. Ce soir-là, près de 200 personnes s’étaient rassemblées sans autorisation devant la gare de Lausanne pour protester contre la venue de Christoph Blocher, invité à une conférence de l’UDC sur les naturalisations.
Des manifestants masqués, dont certains portaient des barres de fer, avaient commis des déprédations et affronté les forces de l’ordre. Trois agents avaient été blessés. Le bilan établi par la suite fera état de 189 personnes interpellées et identifiées. Sous le commandement de la Police cantonale vaudoise, en collaboration étroite avec la Police municipale lausannoise, les forces de l’ordre avaient fini par encercler près de 200 personnes à l’avenue William-Fraisse, sous le pont des CFF. Le contrôle avait duré environ trois heures.
A l’époque, le mot «nasse» n’était pas encore utilisé en Suisse romande. Les policiers, les manifestants et les médias parlaient plutôt de personnes «prises en étau» ou «en tenaille». Mais le principe était le même: empêcher le groupe de se disperser, identifier les participants et isoler les auteurs de violences. Marc Vuilleumier avait alors pleinement assumé l’opération:
Selon lui et les autorités, la durée de trois heures avait été justifiée par le nombre de personnes à contrôler, dont certaines étaient récalcitrantes, et par la nécessité de mettre fin aux agressions. Un délai acceptable.
La différence avec ce qui s'est passé à Genève tient, à ses yeux, à la préparation du dispositif et à la durée interminable de cette nasse qui empêchait les gens de partir.
Six élus de gauche sur sept
En 2008, la Municipalité (l'Exécutif) lausannoise comptait six élus de gauche pour un seul représentant de droite, le radical Olivier Français. Le syndic Vert, feu Daniel Brélaz, avait lui aussi assumé la stratégie policière, tout en laissant Marc Vuilleumier, responsable du dicastère, la défendre publiquement.
La gauche de la gauche était pourtant divisée. Jean-Michel Dolivo, alors député au sein d'A gauche toute! et allié du POP, dénonçait une «volonté d’intimidation», une certaine disproportion du dispositif et une tendance à «criminaliser les manifestations». Le PS vaudois exprimait également ses inquiétudes face aux restrictions du droit de manifester. Dix-huit ans plus tard, Marc Vuilleumier maintient sa ligne: la nasse peut être légitime, mais seulement lorsqu’elle est préparée, proportionnée et suffisamment dotée en personnel.
Il nous confirme ne pas être opposé au principe de la nasse à condition d'avoir des moyens humains et matériels: «A Genève, cela a été totalement le contraire.»
A l’échelon cantonal, l’opération lausannoise avait également été défendue par Jacqueline de Quattro, alors conseillère d’Etat radicale chargée de la Sécurité. Elle estimait qu’il fallait adresser «un message sans ambiguïté» et se réjouissait de la fin de l’anonymat des personnes identifiées. Désormais conseillère nationale PLR, elle n’a pas pu répondre à nos questions, étant actuellement en vacances.
