Les femmes semblent fuir les douanes suisses
Avant la grande réorganisation menée sous la houlette du controversé directeur Christian Bock, les douanes suisses étaient sur la bonne voie en matière d'égalité des chances entre hommes et femmes. Parmi les spécialistes des douanes en formation, la proportion de femmes dépassait légèrement 50% en 2019.
Même au sein du Corps des gardes-frontière, où la représentation féminine était particulièrement faible, la situation progressait: en 2019, les femmes constituaient près de 21% des aspirants, soit davantage que l'année précédente. Ces chiffres nous ont été communiqués à notre demande par l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF).
A l'époque, l'OFDF s'appelait encore l'Administration fédérale des douanes. Elle comptait alors quelque 2200 gardes-frontière et 2000 spécialistes des douanes. En appliquant cette répartition aux effectifs en formation, la proportion moyenne de femmes parmi les personnes formées par l'administration douanière atteignait environ 35%.
Sept ans plus tard, les femmes sont nettement moins présentes. «En ce qui concerne la proportion de femmes en formation, nous sommes retombés au niveau du Corps des gardes-frontière», constate un employé qui a lui-même travaillé au sein de cette unité.
Qu'en est-il des chiffres actuels? «En août 2026, les femmes représentaient 27,4% des aspirants en formation de base», précise un porte-parole des douanes. Il confirme:
Autrefois, les douanes comprenaient deux grandes catégories professionnelles: les spécialistes civils des douanes, chargés du dédouanement des marchandises commerciales, et le Corps des gardes-frontière, en uniforme et armé, qui assurait des missions policières et de sécurité, notamment le contrôle des personnes et des véhicules dans les zones frontalières.
Depuis la fin de l'été 2021, l'OFDF forme ses nouvelles recrues à une profession unifiée, celle de «spécialiste en douane et sécurité des frontières». Le port de l'uniforme et des armes fait désormais partie du métier. Selon les critiques, l'OFDF se transforme de plus en plus en une organisation de sécurité et d'intervention, au détriment des activités de dédouanement des marchandises commerciales.
Cette nouvelle profession attire surtout des aspirants au profil de garde-frontière, observe un collaborateur lui-même issu de ce secteur. Pour la plupart des jeunes recrues, l'essentiel est de «sortir sur le terrain», en uniforme, armés et avec un véhicule. Le travail de bureau ne les attire guère, pas plus que l'apprentissage par cœur des tarifs douaniers applicables aux marchandises. Beaucoup abandonnent leur formation lorsqu'ils découvrent que toute cette «paperasse» fait également partie du nouveau métier.
La nouvelle profession unifiée décourage les femmes des douanes
En 2025, Jean-Luc Addor, conseiller national de l'Union démocratique du centre (UDC) et président du syndicat douanier Garanto, avait lui aussi souligné que cette nouvelle profession, qui implique des interventions à presque toute heure du jour et de la nuit, était peu attrayante, notamment pour les familles et les femmes. Dans une lettre adressée à Karin Keller-Sutter, ministre des Finances chargée des douanes, il écrivait:
Les femmes ne sont pas seulement largement minoritaires parmi les personnes en formation. En août 2026, elles représentaient 27% de l'ensemble du personnel des douanes, contre environ 45% dans toute l'administration fédérale. Dans les postes appartenant aux classes salariales les plus élevées – de 30 à 38, avec des rémunérations annuelles maximales allant d'environ 217 000 à 406 000 francs –, leur proportion n'atteint actuellement que 16,6% aux douanes. Parmi les cadres exerçant des responsabilités hiérarchiques, elle s'établit à 18,2%, selon les chiffres de l'OFDF.
Les douanes sont-elles en train de devenir un repère de mâles? Cette évolution s'explique aussi, selon les critiques, par la transformation engagée depuis plusieurs années au sein de l'office fédéral, qui délaisse progressivement le dédouanement des marchandises commerciales pour devenir une «organisation de sécurité et d'intervention». Avec le départ des femmes, les douanes perdent également une grande partie de leur savoir-faire spécialisé.
Les douanes veulent inverser la tendance
Les douanes assurent prendre des mesures pour inverser la tendance. Selon un porte-parole, l'OFDF a «notamment lancé en 2025 différentes mesures visant à promouvoir l'égalité des chances». Parmi elles figurent «la création d'un réseau proposant des rencontres entre femmes cadres et la mise en place d'un programme de mentorat destiné à toutes les femmes de l'OFDF». L'objectif est de rendre «les parcours professionnels des femmes plus visibles».
Parallèlement, «le recrutement de nouvelles aspirantes fait l'objet d'un soutien ciblé afin d'élargir le vivier de futures femmes cadres». D'autres mesures, notamment pour améliorer la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, sont «en préparation».
Pour l'heure, l'évolution va pourtant dans le sens inverse. Les responsables des quatre nouvelles régions douanières sont tous des hommes, tout comme leurs suppléants, qui dirigent également les transformations en cours. Les femmes sont aussi peu représentées au deuxième échelon hiérarchique des régions, qui regroupe les responsables de l'organisation, des opérations, de l'audit et des secteurs: sur 27 postes de direction, quatre seulement sont occupés par des femmes. La situation est légèrement meilleure à Berne, au sein de la direction centrale entourant le directeur Pascal Lüthi. Sur ses huit membres, deux sont des femmes. (trad.hun)
