Suisse
Police

Un Romand piégé par de faux policiers a perdu 4000 francs

Un habitant d'Yverdon s'est fait dépouiller de 4000 francs par de faux policiers.
L'arnaque au faux policier continue de faire des victimes dans le canton de Vaud. La police parle d'une tendance à la hausse depuis le début de l'année 2026.

Un «policier» débarque à 23h50 chez lui: un Romand raconte le piège

L'arnaque aux faux policiers continue de faire des victimes en Suisse romande. Un homme que nous avons interrogé en a fait les frais: plusieurs milliers de francs subtilisés en une soirée. Témoignage et chiffres de la police vaudoise.
09.07.2026, 05:2709.07.2026, 06:53

Il est 22h12 ce jeudi 18 juin. Alain* reçoit un appel de la police yverdonnoise, du moins, c'est ce qu'il croit. Ce père de famille n'hésite pas et décroche. «On pense tout de suite à ses enfants, à la crainte qu'un accident soit arrivé à l'un d'eux», confie-t-il.

Mais à l'autre bout du fil, ce ne sont pas les forces de l'ordre: ce sont des escrocs, de faux policiers. «Après une longue discussion, ils m'ont expliqué qu'ils avaient arrêté des jeunes en possession de cartes de crédit clonées. Je leur répondais que mes cartes étaient chez moi, en ma possession», raconte Alain, qui précise avoir d'abord eu du mal à entendre son interlocuteur.

Une fois la communication meilleure, l'homme affirme que les cartes d'Alain ont été piratées. «Ils m'ont expliqué qu'ils travaillaient en collaboration avec la BCV. Ils me demandaient si quelque chose se passait sur mon compte, prétendant y voir des manœuvres suspectes.»

Au fil de la conversation, Alain sent que quelque chose cloche.

«Au fond, je n'y croyais pas, mais une partie de moi me retenait de raccrocher»
Alain, victime de faux policiers.

Pourquoi? «Parce qu'ils en savaient beaucoup sur moi.»

Un piège qui se referme

Plus le temps passe, plus le scénario se précise. Son interlocuteur annonce l'arrivée d'un «collègue» pour compléter les informations. Un deuxième individu entre alors en scène. «Je suis sorti, j'ai discuté avec lui dehors, il m'a montré une carte de policier sur son téléphone. Puis cet autre faux policier m'a dit de rentrer à l'intérieur, pour ne pas déranger le voisinage», poursuit Alain.

Il est environ 23h50. Alain découvre un jeune homme en civil, silhouette froide et taiseuse. «Il devait faire entre 1m68 et 1m72. Il ne parlait pas beaucoup, il avait les cheveux frisés, longs, âgé entre 20 et 30 ans», décrit-il.

Alain est encore au téléphone avec son premier interlocuteur, la voix qui, depuis plus d'une heure, tisse patiemment sa toile. «Une fois à l'intérieur, il m'a demandé de prendre mon téléphone, d'inscrire 2600 francs — le montant qui m'aurait théoriquement été volé — puis de composer mon code, suivi d'une étoile sur le clavier.»

Pendant ce temps, on occupe Alain autrement, on l'entraîne dans une mise en scène bien huilée. Il raconte:

«Pour m'occuper, il m'a fait remplir une fausse plainte. J'ai dû écrire ce qu'il me dictait»

Cette fausse plainte servira d'ailleurs de prétexte pour clore la manœuvre : le complice repart avec le document, la carte d'identité d'Alain et sa carte bancaire, soi-disant pour «tout scanner». «C'est à ce moment que j'ai commencé à comprendre que tout ça était une mascarade.» Un dernier détail lui échappe alors: au moment où il tapait son code, l'individu à ses côtés en profitait pour le photographier discrètement avec son propre téléphone.

La course contre la montre

Les escrocs à peine partis, c'est au tour d'Alain de passer à l'action. Il prend sa voiture avec sa compagne pour tenter de les rattraper, direction le bancomat de la Poste, le plus proche. Sans succès. Il alerte alors la police. «J'ai tout de suite appelé la gendarmerie, une patrouille est arrivée dans l'heure. Ils m'ont confié que leur propre numéro de téléphone avait été piraté par les escrocs pour usurper leur identité.»

Alain tente aussi de joindre la BCV pour faire bloquer ses cartes. «On me dit que le service est disponible 24h/24, mais il faut donner des codes et tout prend un temps fou», déplore-t-il.

Trop tard: 4000 francs sont retirés de son compte.

Alain enrage:

«A ce jour (réd: le 3 juillet), j'attends toujours mes cartes. En plus, ils me demandent 20 francs pour les nouvelles cartes et 40 francs pour la carte d'identité volée… On se prend un coup derrière la tête, et en plus on doit encore payer pour tout ça.»

C'est la première fois qu'Alain est victime d'une escroquerie. Bien que la police ait déjà communiqué sur ce type d'arnaque, il avoue ne «pas vraiment avoir entendu parler» de ce procédé avant d'en faire les frais.

En repensant à l'appel, Alain se souvient d'une question qui, rétrospectivement, sonne comme une provocation: le faux policier lui avait demandé s'il avait «déjà été victime d'une arnaque?» «J'ai répondu que je recevais beaucoup de mails frauduleux. Ils m'ont dit: "Soyez vigilant, monsieur."»

Une explosion des cas depuis 2022 et en hausse en 2026

La police a de nouveau communiqué, vendredi dernier, le 3 juillet, rappelant que l'arnaque au faux policier continue de sévir en Suisse romande. Depuis 2022, ce type d'escroquerie explose: les polices romandes ont enregistré plus de 5000 plaintes, pour un préjudice total dépassant les 18 millions de francs suisses, malgré de nombreuses interpellations et des campagnes de prévention régulières.

La police vaudoise confirme que le début de l'année 2026 s'inscrit dans la continuité de la hausse observée fin 2025.

Des chiffres en hausse:
Selon les données fournies par les forces de l'ordre vaudoises, les cas d’arnaque aux faux policiers ont connu une hausse de 153,7% (+557 événements). En 2023, moins de 40 cas avaient été enregistrés. En 2024, 369 événements ont été recensés, dont 140 réussites et 229 tentatives. En 2025, ce chiffre a atteint 936 événements, comprenant 265 réussites et 671 tentatives. En 2025, le préjudice financier s’élève à 1 428 850 francs contre 1 104 421 francs en 2024.

Les réflexes à avoir

La police rappelle qu'un vrai policier ne demande jamais de code bancaire par téléphone, ne se déplace jamais à domicile pour récupérer une carte d'identité ou une carte bancaire, et ne vous fait jamais taper un montant ou un code sur votre téléphone. En cas de doute, mieux vaut raccrocher et rappeler soi-même la police via un numéro officiel, plutôt que de rester en ligne avec son interlocuteur.

Les conseils pour éviter une mauvaise surprise

- Raccrochez immédiatement si un interlocuteur vous met sous pression au téléphone.
- Ne remettez jamais d’argent liquide, de cartes bancaires ou de bijoux à des inconnus, même s'ils se présentent comme des policiers.
- Ne laissez aucun inconnu pénétrer dans votre domicile.
- Ne communiquez jamais vos mots de passe ou vos coordonnées bancaires à des tiers.
- Parlez de ce phénomène à votre entourage et sensibilisez vos aînés.
- En cas de doute ou de sollicitation suspecte, composez le 117.

*Prénom d'emprunt.

E-cop François, un flic vaudois sur Tiktok
Video: watson
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