Une interdiction des réseaux en Suisse «procure un faux sentiment de sécurité»
Watson a mené un grand sondage représentatif avec l'institut Demoscope. Le verdict est sans appel: 87% des Suisses interrogés se disent en faveur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs. Près de 8300 personnes ont participé au sondage.
Qu'en pensent nos politiciens? La personne s'étant le plus penché sur la question à Berne est la conseillère aux Etats Maya Graf (Verts/BL). Le Parlement a approuvé en 2025 son postulat, qui demandait comment «protéger les enfants et les adolescents de l'utilisation nocive des réseaux sociaux». Contactée par watson à la suite de la publication du sondage, elle répond:
Maya Graf pointe nommément du doigt le Conseil fédéral, qui doit répondre à son texte dans un grand rapport sur la question. Celui-ci doit être publié en 2027, selon nos informations.
Si la sénatrice estime «qu'une interdiction seule ne suffit pas à protéger les jeunes», elle se veut toutefois critique envers un réseau social en particulier: TikTok. Pas moins de 97% de nos sondés sont eux aussi très critiques envers le réseau social chinois.
«Agir sur les mécanismes nocifs»
«Je partage pleinement l’inquiétude exprimée par la population. Les parents jouent un rôle central, mais ils ne peuvent pas lutter seuls contre des plateformes conçues pour capter et retenir l’attention des enfants», lâche, du côté romand, la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE).
La Genevoise, vice-présidente de l'UDC, reste toutefois opposée à une interdiction générale et dénonce une «fausse impression de sécurité», mais demande des ajustements pour les plateformes.
C'est aussi la position du conseiller national Damien Cottier (PLR/NE), qui «prend très au sérieux ce que ces plateformes font aux adolescents». Il estime qu'une interdiction «se contourne aisément — l'expérience australienne semble le confirmer — et risque de déplacer les jeunes vers des espaces encore moins surveillés.»
Céline Amaudruz «défend une réponse ciblée: agir directement sur les mécanismes qui rendent ces plateformes nocives et addictives». Elle rappelle avoir déposé une motion en décembre dernier, signée aussi par des représentants de la gauche et du centre, qui «vise précisément les algorithmes, l’autoplay, le défilement infini et les notifications nocturnes».
«C'est sur le "produit" qu'il faut agir», abonde Damien Cottier. «Les entreprises de la tech ne sont pas des acteurs neutres: elles hiérarchisent, orientent, sélectionnent.» Et de préciser un détail important pour lui: «Nos règles doivent aussi être compatibles avec ce qui se fait au niveau européen —sans pour autant copier les règles de l'Union européenne. Faute de quoi elles resteront sans effet face à des entreprises mondiales.»
Mais les choses bougent à Berne. Le Neuchâtelois rappelle que le Conseil des Etats a adopté, en juin, une motion demandant l'interdiction de la publicité personnalisée pour les mineurs et des systèmes de recommandation fondés sur le profilage. «Et le projet de loi sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche (LPCom) est en cours d'analyse, après une consultation achevée en février», explique-t-il.
La liberté des ados, à ne pas sous-estimer
Mais pour le chef de groupe PLR aux Chambres, un autre élément essentiel n'est pas à sous-estimer: les droits personnels des ados. «Il est important qu'ils puissent s'informer et échanger socialement. D'ailleurs, ce droit est garanti par la Convention des droits de l'enfant de l'ONU et l'Unicef. A Berne, la Commission fédérale de l'enfance et de la jeunesse a pris position contre une interdiction stricte». Et de noter que c'est pour cette raison que le Conseil constitutionnel français a censuré la loi votée par l'Assemblée nationale.
«Ce qui abîme les ados, ce n'est pas d'échanger avec leurs camarades, c'est le défilement sans fin, les algorithmes de recommandation calibrés pour capter l'attention, la publicité personnalisée et certains contenus poussés vers des jeunes vulnérables.» La conseillère nationale Min Li Marti (PS/ZH) estime par exemple que les réseaux sociaux sont «un espace important pour échanger» pour certains jeunes qui en ont besoin.
Un autre élément dérange la Zurichoise: la désinformation. «Les plateformes encouragent les contenus qui nuisent à la santé mentale, mais aussi la polarisation et la désinformation».
Enfants ou ados: faire la différence
Et puis, il y a la question de l'âge. Céline Amaudruz est opposée à un âge fixe et Damien Cottier se dit «sceptique»:
Min Li Marti, de son côté, tient à faire la différence entre les enfants et les adolescents: elle préconise une limite d'âge pour les tout-petits, tout en indiquant que cela doit se faire dans le respect de la protection des données.
Tous, enfin, rappellent aussi l'importance des parents et de l'école dans ce processus. «La responsabilité première demeure celle des parents, et de l'école, compétence cantonale, qui a un rôle décisif dans l'éducation aux médias», indique Damien Cottier.
