Interdire les réseaux sociaux aux ados? La réponse des Suisses est radicale
La Suisse doit-elle interdire les réseaux sociaux aux adolescents mineurs? La question est brûlante. L'année dernière, l'Australie a décidé de passer le pas, le premier pays au monde à le faire. l'Assemblée nationale française a suivi au mois d'août — avant de voir le projet de loi retoqué par le Conseil constitutionnel.
Nous vous avons donc demandé votre avis dans un sondage représentatif et pondéré, mené par l'institut Demoscope. Plus de 8300 personnes en Suisse, romands et alémaniques, y ont participé. Et les résultats sont parfaitement clairs, voire durs: 87% des Suisses se disent «pour» ou «plutôt pour» une telle interdiction.
Le chiffre est similaire à quelques pourcentages près en Suisse alémanique (88%) et en Romandie (87%), tout comme parmi les hommes (87%) et les femmes (90%). Toutes les tranches d'âges y sont favorables à plus de 86%.
Au niveau politique la faveur d'une interdiction va va de 82% des électeurs PLR à 92% des votants du Centre. On trouve aussi 84% d'avis favorables pour les personnes seules, 89% parmi les couples sans enfants et 90% dans les foyers avec enfants — les premiers concernés.
Les raisons en faveur d'une interdiction
Nous avons demandé aux sondés en faveur du principe d'une interdiction, les raisons qui motivaient leur choix. Les voici:
La santé mentale des jeunes est le premier sujet de crainte. Suivent l'addiction, la présence de contenus nocifs, mais aussi le harcèlement, la capacité d'attention ou le risque de prédation en ligne. La qualité du sommeil est le sujet qui inquiète le moins: seuls 53% de personnes interrogées jugent le sujet comme un problème.
Les raisons en défaveur d'une interdiction
De l'autre côté de notre questionnaire, les sondés minoritaires ont également donné leur avis. Pourquoi interdire les réseaux sociaux est une mauvaise idée? Voici les résultats:
Le résultat est sans appel: l'argument du contournement de l'interdiction est celui qui ressort le plus. Suivent le respect des libertés individuelles des ados, puis la consommation et l'échange d'informations. C'est aussi cet argument retenu par le Conseil constitutionnel français, qui estimait que le projet accepté par les parlementaires français «portait une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression et de communication».
Enfin, 40% des Suisses défavorables à une interdiction estiment que cela est une aide pour les ados plus timides ou introvertis. Près d'un quart pointe encore du doigt une autre raison tierce.
A partir de quel âge?
Nous avons également demandé à partir de quel âge une possible interdiction serait pertinente. Nous avons ici intégré une variable supplémentaire: avec ou sans l'accord des parents.
Un âge-clé se distingue: 16 ans. Ce moment, souvent considéré comme un âge de passage pour les mineurs, est aussi au centre de permissions supplémentaires: achat et consommation de bière, d'un scooter 50cm3 ou encore de certains films au cinéma. Environ 40% des votants estiment qu'avec ou sans l'accord des parents, c'est l'âge où les ados peuvent avoir accès aux réseaux sociaux.
En fonction de l'accord ou non des parents, les statistiques s'inversent avant et après cet âge-clé. De nombreux sondés estiment qu'avec l'accord des parents, les âges de 13, 14 ou 15 ans sont adaptés — total des votants pour ces trois âges combinés: 37%. Au contraire, sans l'accord des parents, c'est à partir de 16 ans que les réseaux sociaux sont perçus comme plus appropriés: 21% des sondés pensent que des jeunes de 17 ans peuvent y aller sans l'accord des parents.
Quels réseaux sont concernés?
Et puis, quels réseaux sociaux seraient concernés? Lors de l'envoi de notre sondage, nous avions donné une définition: une plate-forme ouverte de partage d'informations où l'interaction sociale est le but recherché: à l'aide d'un profil, on scrolle pour liker, commenter ou partager du texte, des photos ou des vidéos.
En ce sens, les canaux de discussion individuels ou de groupe (Whatsapp, Telegram) ne sont pas des réseaux sociaux dans notre définition. Mais c'est le cas d'Instagram, Facebook, Tiktok et consorts. Voici ce que nos sondés en pensent:
TikTok, le réseau où on scrolle à la vitesse de l'éclair, est le grand méchant loup de notre sondage. Instagram et Snapchat suivent non loin derrière. Le réseau X, parfois critiqué pour la qualité de ses informations, suit à 81%, ainsi que Facebook, à 79%.
Quelles autres mesures de protection?
Mais les enfants et les ados eux-mêmes ne sont pas complètement responsables de leur situation. Plusieurs experts dénoncent l'absence de régulation volontaire des plates-formes. Aux Etats-Unis, Meta et Mark Zuckerberg ont préféré payer une amende salée, après l'ouverture d'un procès qui les accusait de rendre les usagers accros, notamment les mineurs.
Nos sondés n'en pensent pas moins. Voici leur avis:
La régulation des plates-formes est en pole-position des autres mesures à prendre, 80% des votants estimant que Zuckerberg, Musk et compagnie devraient en faire plus. Les autres solutions ne sont pas en reste, comme au niveau scolaire ou parental, avec plus de 70% des votants en leur faveur. Près de 72% des sondés estiment aussi que les mécanismes de signalement et de protection contre le cyberharcèlement doivent être améliorés.
Quels outils pour vérifier l'âge?
Et puis, la question pratique. En cas d'interdiction, comment prouver son âge? Cette question délicate a été posée, voici les réponses:
Là, surprise, l'e-ID, accepté par le peuple suisse en novembre dernier, a les faveurs de nos sondés. Près de 72% d'entre eux estiment qu'on peut faire confiance à cette solution toute helvétique. La majorité de toutes les bases politiques confondues l'accepte, allant des sondés vert'libéraux (83%) aux UDC (67%). Une surprise, alors que le projet avait été accepté par le peuple sur le bout des lèvres, à 50,4%.
La copie de pièce d'identité ne convainc, elle, qu'un Suisse sur deux. Quant à l'utilisation d'un compte d'une grande plate-forme, on ne leur fait pas trop confiance: 16% des votants seulement favorisent cette solution. Les demandes d'âge simple ne convainquent quasiment personne.
