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Albert Rösti assouplit une règle qui inquiète pour les rivières

La centrale nucléaire de Leibstadt (AG), située au bord du Rhin.
La centrale nucléaire de Leibstadt (AG), située au bord du Rhin.Image: Herbert Brändle / Imago

Albert Rösti assouplit une règle qui inquiète pour les rivières

La chaleur exceptionnelle de juin a ravivé le débat sur l'impact des centrales nucléaires suisses sur les rivières, après l'assouplissement de certaines valeurs limites par le département d'Albert Rösti.
08.07.2026, 18:5808.07.2026, 18:58
Matthias Niederberger

La vague de chaleur du mois de juin a contraint la centrale nucléaire de Beznau, en Argovie, à réduire sa puissance. Elle a même été temporairement arrêtée complètement, la température de l'eau de l'Aar ayant dépassé les 25 degrés. Malgré cette mesure, l'eau de refroidissement rejetée par l'installation aurait encore réchauffé la rivière, ce qui constitue un danger supplémentaire pour son écosystème, et en particulier pour les poissons.

Depuis le début du mois de juillet, le réacteur Beznau 2 est à nouveau raccordé au réseau, avec une puissance réduite, tandis que Beznau 1 reste à l'arrêt.

Les centrales de Leibstadt (AG) et de Gösgen (SO), elles, rejettent aussi de l'eau de refroidissement réchauffée dans les rivières, mais en quantités nettement plus faibles. Elles évacuent la majeure partie de leur chaleur résiduelle via des tours de refroidissement. C'est pourquoi elles n'avaient jusqu'ici guère été au centre de l'attention.

Fin juin, le Rhin a dépassé la barre des 25°C au niveau de Leibstadt, et l'Aar affichait elle aussi des températures élevées. Malgré cela, les deux centrales ont pu maintenir leur exploitation. Voici pourquoi.

Un assouplissement de règles en cause

Selon une enquête du Tages-Anzeiger, le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (Detec), sous la direction du conseiller fédéral Albert Rösti, a assoupli les règles. Le journal se base sur une décision qu'il a pu consulter, ainsi que sur une prise de position de la centrale de Leibstadt.

Auparavant, l'eau de refroidissement rejetée ne pouvait pas dépasser 30°C, et la température du Rhin ne devait pas excéder 25°C. Aujourd'hui, 33°C sont autorisés pour l'eau de refroidissement.

De plus, depuis 2025, la centrale Leibstadt est autorisée à continuer de rejeter de l'eau de refroidissement, même lorsque le Rhin dépasse les 25°C. Mais uniquement si elle a pris «toutes les mesures conformes à l'état de la technique visant à réduire l'apport de chaleur».

Interrogée par nos confrères, la direction de Leibstadt affirme que l'eau de refroidissement n'augmente que très légèrement la température de la rivière. Cela n'aurait aucun effet sur le cours d'eau, fait valoir sa propriétaire, Axpo. A Gösgen également, le réchauffement de l'Aar serait «négligeable».

Une décision critiquée et jugée opaque

Le fait que la température de l'eau n'augmente que très légèrement en raison de l'eau de refroidissement rejetée relève, pour Irene Kälin (les Verts), d'une minimisation du problème. Interrogée à ce sujet, la conseillère nationale affirme:

«On dit toujours que les effets sont minimes. Mais justement, lors de périodes de chaleur prolongées, il ne faut pas grand-chose pour atteindre le point de bascule.»

En période d'étiage (réd: le moment de l'année où le débit et le niveau d'un cours d'eau atteignent leur point le plus bas), même de petites quantités d'eau de refroidissement chaude pourraient mettre à mal un écosystème, selon Irene Kälin. Elle reproche, en outre, au Detec de ne pas avoir communiqué de manière transparente sur la levée des valeurs limites. Elle ajoute:

«Je veux savoir sur quelles bases scientifiques repose cette décision»

S'il s'avérait que cet assouplissement des valeurs limites n'a aucun effet sur l'écosystème, elle n'y verrait pas d'inconvénient, affirme en outre Irene Kälin avant d'estimer: «Mais il devait bien y avoir une raison pour laquelle elles avaient été introduites à l'époque.»

La conseillère nationale soupçonne que les prescriptions ont surtout été adaptées pour faciliter la poursuite de l'exploitation des centrales nucléaires:

«C'est de la politique par la petite porte, comme on en a l'habitude avec Albert Rösti»
Irene Kälin
La conseillère nationale des Verts, Irène Kälin, n'est guère favorable à cette modification de la réglementation.
La conseillère nationale des Verts, Irène Kälin, n'est guère favorable à cette modification de la réglementation.Image: Andrea Zahler

Un problème non exclusif aux centrales nucléaires

Le conseiller national Andreas Meier (Le Centre) se montre plus réservé. Il ne peut pas évaluer quels effets a l'eau de refroidissement rejetée à Gösgen ou à Leibstadt, nous indique-t-il.

Andreas Meier souligne toutefois que la situation n'est pas comparable à celle de Beznau, dont la centrale ne dispose pas de tour de refroidissement:

«Là-bas, une quantité nettement plus importante d'eau de refroidissement est rejetée dans la rivière, qui se réchauffe donc bien davantage.»

Les valeurs limites seraient en principe importantes pour protéger les écosystèmes, affirme Andreas Meier. Le rejet d'eau de refroidissement réchauffée ne serait toutefois pas un problème qui concerne exclusivement les centrales nucléaires. Il explique:

«Chaque centrale doit être refroidie, y compris les centrales au pétrole ou au gaz»

Il en va autrement pour les énergies renouvelables. Son idéal serait que les centrales nucléaires ne soient plus du tout nécessaires en été.

«Mais, pour l'heure, les installations éoliennes et photovoltaïques ne suffisent pas à couvrir les besoins en électricité.»
Andreas Meier
Andreas Meier, conseiller national argovien du Centre.
Andreas Meier, conseiller national argovien du Centre.Image: Severin Bigler
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