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Nucléaire: ce revirement du Parlement ne plaît pas à la gauche

Les centrales nucléaires sont un sujet qui occupe sans relâche le Parlement pendant la session d'été.
Les centrales nucléaires sont un sujet qui occupe sans relâche le Parlement pendant la session d'été.Image: Keystone

Trois voix ont fait basculer l’avenir du nucléaire suisse

Le Parlement ouvre la voie au retour du nucléaire en Suisse. Avec l'intention de la gauche et des écologistes de déposer un référendum, ce sera en définitive au peuple de décider.
18.06.2026, 16:5218.06.2026, 16:52
Julian Spörri

Et chaque jour, les centrales nucléaires refont surface: jeudi matin, le Parlement a de nouveau débattu de l'initiative Blackout et du contre-projet indirect. Celui-ci vise à lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, que le peuple avait approuvée en 2017.

Après un débat marathon, une faible majorité du Conseil national avait décidé lundi de renvoyer le dossier au Conseil fédéral. Le gouvernement devait approfondir les questions financières et les intégrer au contre-projet. Cette décision a incité, mardi, le Conseil des Etats, favorable au nucléaire, à une manœuvre habile.

Sa commission de l'énergie a chargé le département d'Albert Rösti d'élaborer, avant la fin de l'année, un rapport esquissant les coûts et différentes possibilités de financement d'une nouvelle centrale nucléaire, reprenant ainsi en partie la demande du Conseil national.

De grands débats en perspective

L'objectif: amener certains membres de la grande chambre à revenir sur leur décision. Car jeudi, le Conseil national devait décider s'il confirmait une seconde fois la motion de renvoi, la rendant ainsi définitive, ou s'il donnait au contraire le feu vert au retour du nucléaire.

En faveur du renvoi qu'elle avait demandé, la conseillère nationale du Centre Priska Wismer-Felder a plaidé:

«Imaginez que vous disiez aujourd'hui "oui" à un contre-projet, puis que vous lisiez, en fin d'année, dans le rapport, une variante qui vous semble inacceptable. Comment voulez-vous alors recommander en toute bonne conscience au peuple d'accepter le contre-projet?»

Le conseiller national du PS Jon Pult a même mis en garde contre une «dégradation». Il ne pouvait pas être question que le Conseil fédéral fournisse les bases d'une décision après que le Parlement avait déjà tranché. Cela lui a immédiatement valu des critiques de la droite du Parlement.

Il serait peu crédible de chanter aujourd'hui «les louanges» d'un financement solide, a estimé le conseiller national du PLR Christian Wasserfallen, alors que le PS, a-t-il rappelé, avait fait adopter, avec la 13e rente AVS, un projet «bien plus coûteux», sans se soucier de son financement.

La centrale nucléaire de Gösgen a dû être mise hors service pendant 10 mois.
De nouvelles centrales nucléaires bientôt en Suisse? Le Parlement a levé l'interdiction de construction.Image: Bruno Kissling

Quelques voix qui ont fait basculer la décision

Finalement, les adversaires du renvoi l'ont emporté: par 100 voix contre 98. Lundi encore, le résultat avait été de 97 voix contre 100. Ce revirement s'explique par le fait que la conseillère nationale vaudoise du PLR Jacqueline de Quattro et le politicien genevois du MCG Daniel Sormanni ne se sont plus abstenus, mais ont voté contre le renvoi.

Le conseiller national genevois du Centre, Vincent Maitre, a lui aussi basculé dans le camp des partisans du nucléaire. Son collègue de parti, le Thurgovien Christian Lohr, s'était quant à lui fait excuser pour la séance du jour.

Après ce revirement sur le renvoi, les choses se sont enchaînées rapidement. La majorité du Conseil national a rejeté plusieurs propositions du centre-gauche visant à atténuer encore le contre-projet indirect. Par exemple, le droit de veto pour les communes situées à proximité de nouvelles centrales nucléaires. Ou encore la limitation prévoyant que seules les centrales nucléaires de quatrième génération (les petits réacteurs modulaires, dits Small Modular Reactors) pourraient être autorisées.

Les opposants au nucléaire n'ont remporté qu'un seul succès: par 99 voix contre 98, le Conseil national s'est prononcé en faveur de la demande du conseiller national du Centre Stefan Müller-Altermatt, selon laquelle la Confédération ne pourrait pas autoriser de nouvelles centrales nucléaires au moins jusqu'à fin 2035. La satisfaction de la gauche, qui voyait dans ce moratoire un moyen de freiner au moins un peu le retour du nucléaire, n'a toutefois été que de courte durée. Le conseiller national de l'UDC Andreas Glarner a demandé la répétition du vote, car un collègue aurait appuyé sur le mauvais bouton. Lors du second vote, le résultat a de nouveau été de 99 voix contre 98, mais cette fois contre le moratoire.

La suite des événements

Le contre-projet indirect a finalement été adopté par 108 voix contre 87. Le PLR et l'UDC ont voté en bloc pour, le PVL, les Verts et le PS en bloc contre. Au Centre également, une majorité s'est prononcée en faveur de la levée de l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires.

L'initiative Blackout, en revanche, n'a comme prévu pas trouvé de majorité. Ses initiants ont déjà laissé entendre qu'ils la retireraient en faveur du contre-projet, celui-ci reprenant leur revendication centrale.

Les Verts et des organisations environnementales comme Greenpeace ont quant à eux immédiatement annoncé qu'ils lanceraient un référendum contre ce retour du nucléaire. Plus de 30 organisations participent à l'Alliance pour la sortie du nucléaire. Récolter les 50 000 signatures nécessaires ne devrait poser aucun problème pour elles. Le peuple aura donc le dernier mot.

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