L’armée suisse brûle ses anciens uniformes
La «tenue de sortie» de l'armée suisse n'a jamais eu la cote. Le veston en feutre était jugé rêche, et le pantalon gris clair était souvent trop large. Lorsque cet uniforme est tombé sous le coup des mesures d'économies au début de l'année dernière, les protestations ont été relativement limitées.
L'armée avait alors annoncé que la fameuse tenue A ne serait désormais remise qu'aux personnes qui en ont besoin à des fins de représentation, comme la fanfare militaire. L'armée pourrait ainsi économiser 55 millions de francs. Des milliers d'uniformes deviennent donc superflus.
Il s'avère désormais que même le recyclage de cet habit de sortie coûte trop cher à l'armée. Les vieux textiles finissent à la place à l'usine d'incinération.
Une vente inenvisageable
Selon nos informations, l'armée a sollicité plusieurs offres pour le recyclage des uniformes retirés du service, mais a finalement renoncé à cette option. Interrogée à ce sujet, elle confirme:
Autrement dit: le recyclage était trop complexe et trop coûteux. Car, pour y parvenir, il aurait notamment fallu rendre les uniformes et les insignes méconnaissables. Une vente n'était pas non plus envisageable, notamment en raison du risque d'abus, la tenue A étant encore utilisée aujourd'hui.
L'armée ne précise pas combien d'uniformes seront détruits au total, précisant que ce chiffre n'est pas répertorié. Les uniformes sont restitués au moment de la libération du service militaire. Fin 2025, cela concernait environ 13 000 personnes.
Les tenues sont ensuite triées et, dans la mesure du possible, remises en état afin de pouvoir être redistribuées en cas de besoin. Les uniformes qui ne peuvent plus être utilisés sont alors soit «valorisés thermiquement, soit incinérés».
Un débat qui n'est pas nouveau
Cette tenue impopulaire a régulièrement suscité des débats politiques par le passé. Dernièrement, la conseillère aux Etats du Centre Marianne Binder-Keller avait relancé la polémique en 2021 en demandant que l'on repense, sur le plan vestimentaire, l'«uniforme de sortie gris souris».
Son argument: un uniforme plus moderne pourrait motiver davantage les militaires. Il améliorerait en outre l'image de l'armée dans l'opinion publique.
Le Conseil fédéral avait alors répondu que le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) menait de «premières réflexions» sur l'avenir de l'uniforme. Celles-ci semblent désormais devenues superflues.
Jusqu'à 100 millions auraient pu être économisés
Dès l'introduction de cet habit de sortie, la polémique avait éclaté: en 1993, le Parlement avait décidé l'acquisition de 180 000 nouveaux uniformes de sortie pour un montant total de 114 millions de francs. Le ministre de la défense de l'époque, Kaspar Villiger, s'était engagé en faveur de cet achat. La NZZ écrivait alors:
L'UDC Ueli Maurer, qui deviendra plus tard conseiller fédéral, s'était en revanche montré critique. Le soldat se sentirait mieux dans sa tenue de service personnelle, avait-il argumenté, car il peut «retrousser ses manches, porter un T-shirt et ne pas avoir à nouer de cravate». L'habit de sortie serait en outre rapidement froissé dans le paquetage de combat et, après quelques années, «trop étroit au niveau de la taille».
Le Contrôle fédéral des finances s'était lui aussi mêlé du dossier par la suite. Les uniformes de sortie auraient été acquis trop rapidement, ce qui aurait contraint à liquider prématurément les stocks existants. Un meilleur échelonnement aurait alors permis d'économiser jusqu'à 100 millions de francs. (trad. ysc)
