Les élus valaisans veulent assouplir certaines règles incendie après le drame
Trois mois se sont écoulés depuis la catastrophe de Crans-Montana. Jusqu’à présent, la classe politique valaisanne s’était gardée de presque toute déclaration sur l’incendie face aux journalistes. Le Grand Conseil se réunit pour la première fois depuis le 1er janvier. Après une minute de recueillement, il rompt le silence.
Lundi, les débats ont porté sur les aides financières aux victimes, à leurs proches et aux secouristes. Le gouvernement cantonal souhaite créer une fondation. Son capital de départ serait d'un million, et le gouvernement demande au parlement d’approuver un crédit supplémentaire de dix millions.
Il faut aller vite. Il s’agit d’un signe de solidarité inconditionnelle, a déclaré le président du gouvernement, Mathias Reynard. La fondation doit voir le jour avant la fin du mois, et les premiers versements devraient intervenir en avril.
Des critiques entre les lignes
Le parlement émet des réserves, sans pour autant s’opposer. La crédibilité cantonale est en jeu. Chaque prise de parole commence par des condoléances et l'expression d'une profonde tristesse. Mais tous les groupes portent le même message: les Valaisans ne se résigneront pas au débat public qui a surgi après la tragédie. Difficile néanmoins de changer la donne; les critiques, lorsqu’il y a en a, restent très prudentes.
Les réserves à l’égard du projet du gouvernement émanent surtout du camp bourgeois. Il estime que de nombreuses victimes n’ont pas bénéficié de la même attention médiatique ni du même soutien que celles de Crans-Montana. C'est ce que souligne, par exemple, la députée PLR, Sonia Tauss-Cornut. Pour la minorité de la commission des Finances, le calendrier serré donne l’impression du fait accompli. Dans l’ensemble cependant, les élus se montrent frileux. Et renvoient à des mesures concrètes qui devraient, espèrent-ils, être discutées jeudi.
Ils s'en tiennent à un postulat déposé en urgence et signé par toutes les présidences de groupe. Notre rédaction a pu consulter le texte. Il est lui aussi formulé avec prudence, son contenu s'avère donc d’autant plus sensible. Les signataires y réclament une loi «applicable» sur la protection incendie. Autrement dit: des assouplissements ciblés.
Contrôles tous les dix ans seulement?
Concrètement, une utilisation «plus efficace» des ressources du canton est exigée. Les élus veulent notamment davantage de responsabilités pour les propriétaires immobiliers, par exemple par l’introduction d’une obligation d’annonce pour les travaux de transformation, y compris à l’intérieur des bâtiments. Dans le même temps, ils souhaitent restreindre la quantité de bâtiments à contrôler par les communes. Les édifices privés pourraient être totalement exemptés, tandis que d’autres seraient contrôlés en fonction de leur niveau de risque.
Ceux qui resteraient soumis à une inspection devraient en outre être visités moins souvent. Les parlementaires proposent un «alignement sur les autres cantons». Dans la plupart d'entre eux, il n’existe actuellement pas d’obligation annuelle comme en Valais. Si le postulat passe la rampe, les contrôles s'espaceraient; le document évoque jusqu’à dix ans d'intervalle.
Déléguer certaines reponsabilités
Les autorités valaisannes cherchent-elles ainsi à se défaire de certaines responsabilités? Tant le parlement que le gouvernement veulent précisément montrer l'inverse. Mathias Reynard, souligne ainsi qu’il ne s’agit pas d’un aveu de culpabilité. Il répète: «Sur ce point, il n'y a que la justice pour trancher». Il ajoute que le ministère public recevra d'ailleurs du renfort.
Les députés acceptent presque sans broncher le crédit destiné à la fondation. Seules quelques propositions d'amendements ont été déposées, notamment concernant les rapports annuels et l’obligation d’information de la fondation. Ils seront examinés mercredi après-midi par la commission des finances et à nouveau discutées jeudi au Grand Conseil.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
