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Des données fournies par l'administration fédérale des finances permettent d'identifier les secteurs d'activité susceptibles d'avoir passé commande d'or russe.
Des données fournies par l'administration fédérale des finances permettent d'identifier les secteurs d'activité susceptibles d'avoir passé commande d'or russe.image: shutterstock

On en sait plus sur ceux qui ont fait entrer l'or russe en Suisse

Des données fournies par l'administration fédérale des finances permettent d'identifier les secteurs d'activité susceptibles d'avoir passé commande d'or russe. Une part de mystère demeure pourtant sur cette transaction controversée.
23.06.2022, 20:1424.06.2022, 11:20

«Nous connaissons les identités de l’importateur et des destinataires de cet or, mais, pour des raisons liées à la protection des données, nous ne sommes pas autorisés à les communiquer au public.» Jointe jeudi par watson, l’Administration fédérale des douanes ne dévoilera pas les noms des clients suisses qui, le mois dernier, ont rompu le moratoire sur l’importation d’or russe, en vigueur dans notre pays depuis l’invasion de l’Ukraine par les chars de Poutine, fin février. En tout, 3,1 tonnes d’or d'une valeur de 194 millions de francs, exportées de Russie et ayant transité par la Grande-Bretagne, sont entrées en Suisse, comme l’a révélé le 21 juin le média anglophone Bloomberg.

Si les noms des clients demeurent pour l’heure inconnus, ce n’est pas le cas des secteurs d’activités auxquels ils appartiennent. Selon des données fournies à watson par l’Administration fédérale des douanes, les secteurs susceptibles d’avoir passé commande de cet or, sentant le souffre et arrivé en Suisse le 5 mai, sont les suivants:

  • Pour 2943 kg d’or, il s’agit de «raffineries» de métaux précieux et d’«entreprises industrielles» pouvant utiliser l’or comme composant, explique-t-on. La joaillerie et l’horlogerie ne sont ici a priori pas concernées.
  • Pour les 146 kg d’or restants, les secteurs d’activité mentionnés comme clients potentiels sont les «banques et autres institutions financières».

Des raffineries de métaux précieux, comme l’administration des douanes le suggère, pourraient figurer parmi les clients suisses de l’or en question. Curieux, car la faîtière suisse du secteur, l'Association suisse des fabricants et commerçants de métaux précieux, qui regroupe treize entreprises, affirme de son côté qu’aucun de ses membres ne s’est servi sur les 3,1 tonnes.

Le mystère des fondeurs

Y aurait-il en Suisse d’autres entreprises d’affinage d’or que celles regroupées dans la faîtière? Ce spécialiste, actif dans la communication d’entreprises et qui souhaite garder l’anonymat, en doute. A-t-il raison? Marc Ummel, responsable matières premières de l'ONG Swissaid, affirme que «la Suisse compte en tout 23 entreprises ayant la patente de fondeur, parmi elles, la majeure partie des 13 constituant la faîtière. Autrement dit, tout ou partie des 2943 kg d’or aurait pu être fondu par l'un ou l'autre des fondeurs. Et rien ne nous dit que la joaillerie et l'horlogerie n'en profiteront pas ultérieurement.»

Comme le rappelle la RTS sur son site, «les grandes raffineries suisses sont toutes sous l'autorité de la London Bullion Market Association (LBMA), une association qui interdit l'achat d'or russe depuis le début de la guerre».

Précisons cependant que les sanctions suisses frappant la Russie ne concernent pas l’or. Importer de l’or russe en Suisse n’est donc pas interdit, selon l’administration fédérale des douanes, mais en exporter de Suisse en Russie, oui.

Les lingots russes, c'est de la nitro

Autre question d’importance: qui est ou qui sont les exportateurs russes de ces 3,1 tonnes? L’administration fédérale des douanes apparemment le sait, mais elle invoque, là aussi, la protection des données pour ne pas répondre. La LBMA interdit pour sa part aux raffineurs occidentaux de se fournir auprès des principaux fondeurs russes. Les 3,1 tonnes d’or russe incriminées pourraient-elles provenir d’un des fondeurs visés par la LBMA? L’administration fédérale des douanes garde le silence.

Le risque serait que l’or importé en mai soit tout ou partie issu des stocks d’or de la Banque centrale russe, qui, contre la vente du métal jaune, obtiendrait des devises lui permettant de financer son effort de guerre. Un cas de figure qui passe mal en Suisse, où le souvenir de l'«or des nazis» reste vivace. Les lingots russes, c'est de la nitro.

Dubaï, un fournisseur douteux

Les entreprises suisses consommatrices du métal jaune se fournissent auprès de nombreux pays. Sauf que la Russie est l'un des trois principaux producteurs d'or du monde. Le sien voyage et il se peut que de l'or acheté ailleurs qu'en Russie soit russe en réalité. Ce soupçon pèse actuellement sur l'or importé des Emirats arabes unis. En mars et avril, sitôt après l'entrée en vigueur des sanctions contre la Russie, la Suisse en a acheté pour 56 milliards de francs à Dubaï, du jamais vu depuis six ans. De l'or à l'origine douteuse, en partie ou pour beaucoup peut-être bien russe ces mois-ci.

Un communicant proche du raffineur neuchâtelois Metalor, l'un des treize membres de la faîtière précitée, affirme que ce denier n'importe plus d'or des Emirats arabes unis «depuis dix ou quinze ans».

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