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A Genève, un officiel russe clash Poutine et démissionne: «Offrons lui l'asile en Suisse»

Après sa démission fracassante ce lundi, le diplomate russe Boris Bondarev est inquiet. Il craint des représailles de Moscou. Le coprésident du Parti socialiste, Fabian Molina, estime qu'il devrait désormais obtenir l'asile dans notre pays. L'UDC craint qu'il soit un espion.
23.05.2022, 20:4624.05.2022, 15:02
Petar Marjanović
Petar Marjanović
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La démission du haut diplomate russe Boris Bondarev a fait l'effet d'un coup de tonnerre et a provoqué un séisme dans la Genève internationale. Motif de cette agitation? La longue lettre de démission du principal intéressé. Elle prend la forme d'un règlement de comptes avec le Kremlin et critique vertement la guerre russe en Ukraine. On y lit par exemple:

«Je n'ai jamais eu autant honte de mon pays que le 24 février de cette année»

Dans un premier temps, son texte n'a été envoyé qu'à une quarantaine de diplomates. Pourtant, en quelques minutes à peine, il s'est répandu comme une traînée de poudre dans les couloirs diplomatiques de Genève... ce qui a permis au public d'en prendre rapidement connaissance.

Le diplomate a même accordé une interview à un journaliste d'Associated Press. Bondarev s'y exprime sur les éventuelles réactions négatives de la part du Kremlin. Le diplomate confirme n'avoir eu aucun retour de Moscou pour l'heure, mais il déclare néanmoins:

«Suis-je inquiet d'une éventuelle réaction de Moscou? Je dois être inquiet»

Bondarev veut rester en Suisse... Le pays va-t-il l'aider?

La démission de Boris Bondarev a suscité l'admiration sur la scène internationale. Dans ce contexte, les premières réactions se font également entendre du côté de la politique suisse. Le socialiste Fabian Molina, spécialiste des Affaires étrangères et conseiller national, assène:

«Sa décision est très courageuse et ne doit pas le mettre en danger»

Il demande donc à la Suisse officielle de lui accorder l'asile. «Le motif de la menace de persécution politique est clair, c'est pour cela, je pense, qu'une telle demande à toutes ses chances», poursuit l'élu.

Fabian Molina.
Fabian Molina.Image: sda

Lundi, Boris Bondarev était injoignable pour commenter son coup d'éclat et la réaction suisse. Il a toutefois déclaré à Associated Press qu'il ne souhaitait pas quitter Genève. Quant à savoir si sa décision fera des émules en Russie, il donne quelques éléments de réponse en s'exprimant sur d'éventuelles poursuites dans son pays d'origine s'il y retournait:

«Si mon cas fait l'objet de poursuites pénales, d'autres personnes pourraient ne pas suivre»

En Suisse, que pense l'autre bord de l'échiquier politique d'un éventuel asile de Boris Bondarev? Le collègue de Fabian Molina, le conseiller national UDC Roland Rino Büchel, s'exprime plus prudemment:

«S'il y a un risque de persécution politique, il se peut que Monsieur Bondarev ait besoin de l'asile. Toutefois, ce n'est pas la politique qui en décide, mais une procédure d'asile minutieuse avec les clarifications nécessaires.»
Roland Rino Büchel.
Roland Rino Büchel.Image: sda

De quoi l'élu de la droite souverainiste a-t-il peur? Büchel s'explique:

«Il faut toujours être très attentif à ce genre de cas, où un diplomate fait un virage à 180 degrés. Le Service de renseignement de la Confédération devra également se prononcer à ce propos. Je pars du principe que Monsieur Bondarev y est connu. Il ne devrait donc pas s'écouler trop de temps avant qu'une base de décision soit disponible.»

Connu des espions suisses, pourquoi? Eh bien, les déclarations de Büchel sont une allusion directe aux conclusions des Renseignements helvétiques. En 2019, l'ancien chef du SRC, Jean-Philippe Gaudin, avait déclaré qu'environ un tiers des diplomates russes étaient des «espions». Et la situation n'aurait pas changé depuis car, en avril 2022, le Renseignement suisse lançait: «Depuis le début de la guerre en Ukraine, le SRC ne constate aucun changement dans la menace».

L'intégralité de la lettre de démission de Boris Bondarev

Cela fait longtemps qu'on attend, mais aujourd'hui je démissionne de la fonction publique. Trop, c'est trop.

Pendant les vingt ans de ma carrière diplomatique, j'ai vu différents tournants de notre politique étrangère, mais jamais je n'ai eu autant honte de mon pays que le 24 février de cette année. La guerre d'agression déclenchée par Poutine contre l'Ukraine, et en fait contre l'ensemble du monde occidental, n'est pas seulement un crime contre le peuple ukrainien, mais aussi, peut-être, le crime le plus grave contre le peuple russe, avec une lettre Z en gras barrant tous les espoirs et perspectives d'une société libre et prospère dans notre pays.

Ceux qui ont conçu cette guerre ne veulent qu'une chose: rester au pouvoir pour toujours, vivre dans de pompeux palais de mauvais goût, naviguer sur des yachts comparables en tonnage et en coût à l'ensemble de la marine russe, jouir d'un pouvoir illimité et d'une impunité totale. Pour y parvenir, ils sont prêts à sacrifier autant de vies qu'il le faudra. Des milliers de Russes et d'Ukrainiens sont déjà morts pour cela.

J'ai le regret d'admettre qu'au cours de ces 20 années, le niveau de mensonge et de manque de professionnalisme dans le travail du ministère des Affaires étrangères n'a cessé d'augmenter. Cependant, ces dernières années, la situation est devenue tout simplement catastrophique. Au lieu d'informations objectives, d'analyses impartiales et de prévisions sobres, on trouve des clichés de propagande dans l'esprit des journaux soviétiques des années 1930. On a construit un système qui se ment à lui-même.

Le ministre Lavrov est une bonne illustration de la dégradation de ce système. En 18 ans, il est passé d'un intellectuel professionnel et cultivé, que beaucoup de mes collègues tenaient en si haute estime, à une personne qui diffuse constamment des déclarations contradictoires et menace le monde (c'est-à-dire aussi la Russie) d'armes nucléaires! Aujourd'hui, le ministère des Affaires étrangères n'a rien à voir avec la diplomatie. Il ne s'agit que de bellicisme, de mensonges et de haine. Il sert les intérêts d'un petit nombre, d'un très petit nombre de personnes, contribuant ainsi à isoler et à dégrader davantage mon pays. La Russie n'a plus d'alliés, et il n'y a personne à blâmer si ce n'est sa politique imprudente et mal conçue.

J'ai étudié pour être diplomate et je le suis depuis 20 ans. Le ministère est devenu mon foyer et ma famille. Mais je ne peux tout simplement plus partager cette ignominie sanglante, sans esprit et absolument inutile.

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