Ceux qui découvrent la Suisse pour la première fois se réjouissent sans doute à l'idée de respirer l'air pur des montagnes. Pourtant, en arrivant à l'aéroport de Zurich, ils risquent d'être déçus. Ce sont souvent des nuages de fumée qui accueillent les voyageurs dès l'ouverture des portes coulissantes de la zone d'arrivée.
En fait, les zones fumeurs commencent souvent juste à côté des entrées et des sorties des terminaux. Or les frontières tracées au sol n’agissent pas dans l’air. Et comme le montre une visite sur place cette semaine, même les zones interdites ne sont pas toujours respectées.
Il y a quelques semaines, l'aéroport a mis en service deux espaces fumeurs dans les halls d'arrivée. La porte-parole Andrea Bärwalde suggère qu'il souhaite ainsi prendre en considération les besoins des passagers incommodés par les fumeurs:
Actuellement, l'aéroport compte 16 espaces fumeurs. Il s'agit généralement de pièces ventilées avec des portes vitrées, situées au milieu des terminaux, dans lesquelles la consommation de cigarettes est autorisée.
A l'exception des deux nouveaux fumoirs, tous les autres sont sponsorisés par des fabricants de tabac, qui peuvent les aménager eux-mêmes. Andrea Bärwalde ne précise pas si la coopération ne vise qu'à couvrir les coûts ou si l'aéroport réalise un bénéfice grâce aux contrats publicitaires.
Dans un salon Camel récemment fermé, on peut lire: «Pour fumer, veuillez utiliser l'espace extérieur, à droite après le Starbucks, en direction de la station de taxis». Pourquoi n'est-il pas fait mention des deux nouveaux espaces intérieurs dans les halls d'arrivée? «Nous avons décidé d'indiquer l'espace fumeur le plus proche possible», justifie la porte-parole.
Selon une étude du ministère américain de la Santé de 2017, 46% des plus grands aéroports du monde étaient non-fumeurs. Le rapport, qui a retenu l'attention du secteur de l'aviation, indique que la fumée peut se propager des zones fumeurs, qu'elles soient en extérieur ou en intérieurs, vers les zones non-fumeurs et nuire à la santé des employés et des passagers des aéroports. Il est impossible d'inhaler sans risque la fumée du tabac, que ce soit de manière directe ou indirecte.
Toujours est-il que pour la Ligue pulmonaire, la situation à l'aéroport de Zurich n'est pas satisfaisante. L'association défend les intérêts des personnes souffrant d'un handicap respiratoire, de maladies pulmonaires ou de tuberculose. Claudia Künzli, responsable du secteur Prévention au sein de l'organisation, explique:
L'experte critique en outre l'emplacement bien visible des zones fumeurs. Celles-ci suggéreraient que fumer est la norme. Or, c'est le contraire qui est vrai: «76% de la population suisse ne fume pas». Elle souligne qu'il s'agit de bien plus qu'une «simple nuisance olfactive».
Claudia Künzli se montre ouverte à l'idée de mettre l'expertise de la Ligue pulmonaire à disposition de l'aéroport: «Nous sommes volontiers disposés à chercher de meilleures solutions avec les responsables». Reste à savoir si l'aéroport en ressent le besoin. Selon Andrea Bärwalde, il n'y a eu que deux plaintes au cours des deux dernières années.
Le débat sur le tabagisme ne se limite pas à l'aéroport. Claudia Künzli rappelle que la Ligue pulmonaire a eu des contacts répétés avec les CFF ces dernières années, car des voyageurs se plaignent régulièrement de l'exposition à la fumée passive dans les gares.
L'experte en prévention parle d'une «demi-mesure», d'une part parce que les fumeurs ne respecteraient pas ces zones dédiées, et d'autre part parce que la fumée passive dépasserait ces limites.
«Nous observons la même chose dans les stades de sport», déclare Claudia Künzli. «Dans l'intérêt de leurs supporters à risque, qui nous contactent fréquemment, nous demandons régulièrement aux exploitants de stades de rendre leurs installations entièrement non-fumeurs. Malheureusement, sans succès jusqu'à présent».
L'organisation à but non lucratif plaide également pour d'autres zones sans fumée, par exemple aux arrêts de bus et de tram ou sur les terrasses des restaurants, qui feraient l'objet de plaintes récurrentes. «Nous sommes en retard par rapport aux pays voisins», déplore Claudia Künzli.
L'Union des transports publics avait décidé en 2018 d'introduire dans toute la Suisse des «gares sans fumée avec des espaces fumeurs sur les quais». Cette mesure devait permettre d'améliorer la qualité de séjour de la clientèle grâce à une plus grande propreté et une odeur plus agréable.
Mais les nombreux panneaux d'interdiction - au sol, sur les poteaux ou les murs - ne sont pas pris au sérieux par tous les voyageurs. En témoignent les nombreux mégots de cigarettes sur le sol. Et parfois, malgré le panneau d'interdiction, un cendrier se trouve à quelques pas.
Pourtant, la porte-parole des CFF Fabienne Wittwer affirme:
Les voyageurs qui ne respectent pas la réglementation sans fumée sont abordés et informés des zones fumeurs signalées sur les quais ou près des accès, explique Fabienne Wittwer. Toutefois, les CFF «ne tiennent pas de statistiques sur le nombre de cas». Les retours négatifs de la part des clients restent limités.
Du point de vue de la Ligue pulmonaire, il y a néanmoins de l'espoir pour une protection plus stricte des non-fumeurs. Pour preuve, le canton de Genève a introduit au début de cette année une interdiction de fumer dans les lieux publics en plein air, comme les arrêts de bus, les aires de jeux et les écoles. Le non-respect de cette interdiction est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 1000 francs.
Traduit de l'allemand par Anne Castella