Suisse
Santé

Les CFF et l'Aéroport de Zurich ont un problème avec les fumeurs

Une passagère cigarette à la main.
Une passagère cigarette à la main. Image: dr

Les CFF et l'aéroport de Zurich ont un problème avec leurs fumeurs

Le plus grand aéroport de Suisse a lancé de nouveaux espaces fumeurs. La Ligue pulmonaire se montre critique à l'égard de cette mesure, qui concerne également les CFF.
14.10.2024, 05:55
Benjamin Weinmann / ch media
Plus de «Suisse»

Ceux qui découvrent la Suisse pour la première fois se réjouissent sans doute à l'idée de respirer l'air pur des montagnes. Pourtant, en arrivant à l'aéroport de Zurich, ils risquent d'être déçus. Ce sont souvent des nuages de fumée qui accueillent les voyageurs dès l'ouverture des portes coulissantes de la zone d'arrivée.

«Je tousse à chaque fois et je suis choquée que la Suisse n'ait pas de lois plus strictes sur le tabagisme»
Une Américaine qui se rend souvent en Suisse

En fait, les zones fumeurs commencent souvent juste à côté des entrées et des sorties des terminaux. Or les frontières tracées au sol n’agissent pas dans l’air. Et comme le montre une visite sur place cette semaine, même les zones interdites ne sont pas toujours respectées.

Fumeurs aéroport de Zurich
Une zone non-fumeur à l'aéroport de Zurich.

16 espaces fumeurs

Il y a quelques semaines, l'aéroport a mis en service deux espaces fumeurs dans les halls d'arrivée. La porte-parole Andrea Bärwalde suggère qu'il souhaite ainsi prendre en considération les besoins des passagers incommodés par les fumeurs:

«Dans l'idéal, il ne faut donc pas fumer directement à l'entrée et à la sortie de nos bâtiments»
Andrea Bärwalde, porte-parole de l'aéroport de Zurich

Actuellement, l'aéroport compte 16 espaces fumeurs. Il s'agit généralement de pièces ventilées avec des portes vitrées, situées au milieu des terminaux, dans lesquelles la consommation de cigarettes est autorisée.

Fumeurs aéroport de Zurich
Un espace fumeur de l'aéroport de Zurich. Image: Shutterstock

A l'exception des deux nouveaux fumoirs, tous les autres sont sponsorisés par des fabricants de tabac, qui peuvent les aménager eux-mêmes. Andrea Bärwalde ne précise pas si la coopération ne vise qu'à couvrir les coûts ou si l'aéroport réalise un bénéfice grâce aux contrats publicitaires.

Dans un salon Camel récemment fermé, on peut lire: «Pour fumer, veuillez utiliser l'espace extérieur, à droite après le Starbucks, en direction de la station de taxis». Pourquoi n'est-il pas fait mention des deux nouveaux espaces intérieurs dans les halls d'arrivée? «Nous avons décidé d'indiquer l'espace fumeur le plus proche possible», justifie la porte-parole.

Les fumoirs ne sont pas sans risques

Selon une étude du ministère américain de la Santé de 2017, 46% des plus grands aéroports du monde étaient non-fumeurs. Le rapport, qui a retenu l'attention du secteur de l'aviation, indique que la fumée peut se propager des zones fumeurs, qu'elles soient en extérieur ou en intérieurs, vers les zones non-fumeurs et nuire à la santé des employés et des passagers des aéroports. Il est impossible d'inhaler sans risque la fumée du tabac, que ce soit de manière directe ou indirecte.

«Nous n'avons pas connaissance de l'étude mentionnée. Nos espaces fumeurs sont parfaitement équipés en termes d'aération et sont fermés»
Andrea Bärwalde, porte-parole de l'aéroport de Zurich

Toujours est-il que pour la Ligue pulmonaire, la situation à l'aéroport de Zurich n'est pas satisfaisante. L'association défend les intérêts des personnes souffrant d'un handicap respiratoire, de maladies pulmonaires ou de tuberculose. Claudia Künzli, responsable du secteur Prévention au sein de l'organisation, explique:

«Les zones fumeurs devraient clairement être positionnées plus loin des entrées, afin que les autres passagers n'aient pas à subir la fumée passive»
Claudia Künzli, responsable du secteur Prévention

«La fumée passive est nocive»

L'experte critique en outre l'emplacement bien visible des zones fumeurs. Celles-ci suggéreraient que fumer est la norme. Or, c'est le contraire qui est vrai: «76% de la population suisse ne fume pas». Elle souligne qu'il s'agit de bien plus qu'une «simple nuisance olfactive».

«La fumée passive est nocive, car elle se compose de substances toxiques et cancérigènes pratiquement identiques à celles de la fumée du tabac. Même si la concentration de substances nocives est moins élevée en extérieur, elle continue tout de même à nuire à la santé».

Claudia Künzli se montre ouverte à l'idée de mettre l'expertise de la Ligue pulmonaire à disposition de l'aéroport: «Nous sommes volontiers disposés à chercher de meilleures solutions avec les responsables». Reste à savoir si l'aéroport en ressent le besoin. Selon Andrea Bärwalde, il n'y a eu que deux plaintes au cours des deux dernières années.

Fumeurs aéroport de Zurich
Un fumeur à l'aéroport de Zurich. Image: Shutterstock

Les CFF sont aussi concernés

Le débat sur le tabagisme ne se limite pas à l'aéroport. Claudia Künzli rappelle que la Ligue pulmonaire a eu des contacts répétés avec les CFF ces dernières années, car des voyageurs se plaignent régulièrement de l'exposition à la fumée passive dans les gares.

«Ces plaintes n'ont pas cessé, même après que les CFF ont introduit des zones fumeurs définies sur les quais»

L'experte en prévention parle d'une «demi-mesure», d'une part parce que les fumeurs ne respecteraient pas ces zones dédiées, et d'autre part parce que la fumée passive dépasserait ces limites.

«Comparé aux pays voisins, nous sommes à la traîne»

«Nous observons la même chose dans les stades de sport», déclare Claudia Künzli. «Dans l'intérêt de leurs supporters à risque, qui nous contactent fréquemment, nous demandons régulièrement aux exploitants de stades de rendre leurs installations entièrement non-fumeurs. Malheureusement, sans succès jusqu'à présent».

L'organisation à but non lucratif plaide également pour d'autres zones sans fumée, par exemple aux arrêts de bus et de tram ou sur les terrasses des restaurants, qui feraient l'objet de plaintes récurrentes. «Nous sommes en retard par rapport aux pays voisins», déplore Claudia Künzli.

«La loi fédérale sur la protection contre le tabagisme passif a été introduite en 2010 et n'a jamais été adaptée depuis à la nouvelle tendance sociale»
Künzli

L'Union des transports publics avait décidé en 2018 d'introduire dans toute la Suisse des «gares sans fumée avec des espaces fumeurs sur les quais». Cette mesure devait permettre d'améliorer la qualité de séjour de la clientèle grâce à une plus grande propreté et une odeur plus agréable.

Fumeurs aéroport de Zurich
Panneau d'interdiction de fumer.Image: Shutterstock

Mais les nombreux panneaux d'interdiction - au sol, sur les poteaux ou les murs - ne sont pas pris au sérieux par tous les voyageurs. En témoignent les nombreux mégots de cigarettes sur le sol. Et parfois, malgré le panneau d'interdiction, un cendrier se trouve à quelques pas.

Une loi plus stricte à Genève

Pourtant, la porte-parole des CFF Fabienne Wittwer affirme:

«La grande majorité des fumeurs respecte les règles du jeu»

Les voyageurs qui ne respectent pas la réglementation sans fumée sont abordés et informés des zones fumeurs signalées sur les quais ou près des accès, explique Fabienne Wittwer. Toutefois, les CFF «ne tiennent pas de statistiques sur le nombre de cas». Les retours négatifs de la part des clients restent limités.

Du point de vue de la Ligue pulmonaire, il y a néanmoins de l'espoir pour une protection plus stricte des non-fumeurs. Pour preuve, le canton de Genève a introduit au début de cette année une interdiction de fumer dans les lieux publics en plein air, comme les arrêts de bus, les aires de jeux et les écoles. Le non-respect de cette interdiction est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 1000 francs.

«Espérons que cet exemple fera bientôt école dans toute la Suisse»
Claudia Künzli

Traduit de l'allemand par Anne Castella

Cet avion a connu un atterrissage spectaculaire

Vidéo: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Des substances «très toxiques» menacent de plus en plus nos assiettes
La hausse des températures risque d'augmenter l'exposition des hommes aux mycotoxines, de dangereuses substances formées par les moisissures. Alors qu'un rapport européen tire la sonnette d'alarme, nous avons interrogé la Confédération.

La plupart des fois, elles sont invisibles, inodores et n'ont pas de goût. Ce qui ne facilite pas les choses lorsqu'il s'agit de les détecter ou de les éliminer. D'autant plus que la cuisson, le séchage ou la congélation n'ont aucun impact sur leur prolifération. On parle des «mycotoxines», des substances produites naturellement par certains champignons pouvant contaminer la nourriture. Et qui, comme leur nom l'indique, sont tout sauf inoffensives.

L’article