Ex-élu UDC accusé de viols et tentative de meurtre: un expert réagit
Dans la nuit du 4 septembre 2023, à Untersiggenthal, en Argovie, la police a arrêté un élu UDC, membre du Grand Conseil du canton. Deux semaines plus tard, le ministère public confirmait avoir ouvert une procédure pénale contre cet homme alors âgé de 54 ans pour actes d'ordre sexuel avec des enfants. Il avait déjà démissionné du parlement cantonal à ce moment-là.
Les accusations concrètes sont longtemps restées obscures pour le public. Après près de trois ans, le ministère public a désormais bouclé son volumineux dossier d'instruction. Il évoque, dans un communiqué, une «grave procédure pénale à caractère sexuel» contre ce Suisse aujourd'hui âgé de 57 ans.
Ce dernier est soupçonné d’avoir, pendant une longue période, rendu une femme et sa fille mineure incapables de se défendre à l’aide de GHB (aussi appelée «drogue du violeur»), puis d’avoir abusé sexuellement d’elles. Il aurait commis ce même acte une fois à l’encontre d’une autre femme.
Trempé de sueur et muni d'une caméra GoPro
Lors de cette nuit de septembre, Iwona L. avait surpris son compagnon dans la chambre de sa fille, Paula, alors âgée de 15 ans, raconte-t-elle au Tages-Anzeiger. Il était trempé de sueur comme après un marathon et avait dissimulé une caméra GoPro ainsi qu'une lampe dans son caleçon. Face à ses excuses, Iwona L. avait alerté la police à 3h11. Une fois sur place, celle-ci avait visionné les enregistrements de la caméra, puis l'avait arrêté.
Toujours selon le Tages-Anzeiger, les enquêteurs ont analysé 254 fichiers vidéo au total. Il aurait sédaté sa belle-fille 40 fois. Ces vidéos sont centrales dans l'acte d'accusation du ministère public.
Les victimes auraient été mises à plusieurs reprises en danger de mort, car, ainsi sédatées, elles étaient exposées à un risque important d'étouffement. Le chef d'accusation le plus grave retenu par le ministère public est donc la tentative de meurtre. S'y ajoutent le viol, la contrainte sexuelle, les actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance, ainsi que des actes d'ordre sexuel avec des mineurs.
Le ministère public requiert une peine privative de liberté à vie ainsi qu'une thérapie ambulatoire. La date du procès devant le tribunal d'arrondissement de Baden reste incertaine. Jusqu'à une condamnation définitive, la présomption d'innocence prévaut. Le prévenu, lui, conteste avoir sédaté des femmes à l'aide de cette substance. Selon son avocat, cité par le Tages-Anzeiger, il n'est pas d'accord avec la qualification juridique que le ministère public donne des faits.
Trouble sexuel, pédophilie ou une perversion?
Interrogé par CH Media (éditeur de watson), le psychiatre légiste Andreas Frei affirme:
L'expert se dit en revanche quelque peu surpris que le ministère public requière la perpétuité. «Mais le ministère part apparemment du principe qu'il a gravement mis en danger la vie des victimes», estime-t-il.
Dans un tel cas, se pose la question de savoir s'il existe un trouble sexuel, une pédophilie ou une somnophilie. Il s'agit, pour cette dernière, d'une perversion extrêmement rare, soit le désir d'avoir des rapports sexuels avec une personne endormie. Andreas Frei suppose que l'homme a enregistré ses vidéos et pris des photos de ses actes à des fins de masturbation. Il indique:
Il évoque le cas des exhibitionnistes, qui «mettent fortement en péril» leur existence professionnelle, et ajoute:
Associée à une personnalité narcissique, cela pourrait expliquer pourquoi, lors de tels actes, les pensées altruistes, telles que la compassion et le respect d'autrui, sont mises de côté.
Un passé qui questionne
Un expert va se pencher sur le passé sexuel de l'accusé, y compris sur son choix de partenaires. Andreas Frei explique que certains délinquants sexuels choisissent délibérément des femmes ayant des enfants, dans le but d'abuser de ces derniers. Cela se produit beaucoup plus fréquemment qu'un père abusant de sa propre fille biologique, précise-t-il.
D'autres criminels encore vont chercher des partenaires à l'étranger ou dans d'autres cultures, car ils espèrent ainsi exercer davantage de contrôle. De tels schémas sont connus en psychiatrie légale. L'expertise devra montrer s'ils s'appliquent au prévenu.
Le fait que l'ex-député cantonal se soit précisément mis en scène politiquement contre les pédophiles est en revanche difficile à expliquer. Andreas Frei renvoie aux connaissances issues de la recherche. Les personnes ayant de telles inclinations sont plus souvent issues d'un environnement à la morale sexuelle répressive. Un père sévère ou absent, des abus sexuels subis personnellement ou une éducation hostile à la sexualité peuvent également accroître les risques de déviances. Cela ne signifie toutefois pas que ces facteurs mènent nécessairement à des délits sexuels.
Et comment expliquer que cet homme de 57 ans conteste les accusations malgré les nombreux fichiers vidéo? Pour Andreas Frei:
L'accusé espère peut-être que le tribunal tranchera en sa faveur en cas de doute. (trad. ysc)
